À la une DVD — 03 février 2019
Test Blu-ray : Massacre à la tronçonneuse 2

 
États-Unis : 1986
Titre original :
Réalisation :
Scénario : L.M. Kit Carson
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h41
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 21 janvier 1987
Date de sortie DVD/BR : 12 décembre 2018

 

Douze ans après le massacre d’un groupe de jeunes au Texas, la tronçonneuse vrombit à nouveau dans les mains de Bubba, le tueur masqué, la famille Sawyer ayant désormais trouvé refuge dans un parc d’attractions abandonné. Mais l’arrivée du shérif Lefty Enright, oncle de deux des victimes de Leatherface, va changer la donne, d’autant que l’homme de loi est aussi un maniaque de la scie à moteur…

 


 

Le film

[4/5]

Pour celles et ceux qui, à l’image de l’auteur de ces lignes, n’avaient pas eu l’opportunité de revoir Massacre à la tronçonneuse 2 depuis sa sortie en salles dans les années 80, préparez-vous à un choc. Vous vous souveniez sans doute d’un film bien barré : il l’est resté, définitivement. En revanche, ce qui surprendra énormément le spectateur contemporain redécouvrant en 2019 le film de Tobe Hooper, c’est sa modernité, et l’influence qu’il a pu avoir sur l’un des plus grands cinéastes du genre horrifique depuis le tournant des années 2000 : . Curieusement, la filiation entre Massacre à la tronçonneuse 2 et La maison des 1000 morts, qui paraît pour le moins évidente à la revoyure du film de Hooper, ne nous était jusqu’ici jamais apparue – aujourd’hui, elle nous saute littéralement au visage. Bien sûr, il ne s’agit pas de la seule source d’influences de Rob Zombie, mais elle est tout de même extrêmement présente : on retrouvera dans le design des souterrains où officie le Dr. Satan des réminiscences du repaire de la famille « Tronçonneuse », et d’une façon plus générale, le ton du film de Rob Zombie, ainsi que la mise en place de sa famille de chtarbés, fera également écho au film de Tobe Hooper. Néanmoins, La maison des 1000 morts conserve une originalité et une classe folles, déployant de plus un travail sur l’image et le son qui l’ont transformé en classique immédiat. Ce statut de classique du genre horrifique, Massacre à la tronçonneuse 2 aura en revanche mis quelques années avant d’y accéder : le film a longtemps été considéré comme trop « fou », et surtout trop éloigné du premier film de la franchise.

Ceci étant établi, rassurez-vous : on vous épargnera ici le lieu commun selon lequel Massacre à la tronçonneuse 2 n’a absolument rien à voir avec le film original (et mythique) tourné par Tobe Hooper quelques douze ans auparavant : si vous atterrissez sur cette page, on suppose que vous êtes parfaitement au courant de cet état de fait. A la tension et l’ambiance suffocante du premier, Tobe Hooper privilégie ici la bouffonnerie et l’agressivité hystérique, brocardant au passage bon nombre d’institutions américaines. D’ailleurs, contrairement à d’autres sagas horrifiques (Halloween, Vendredi 13, Freddy, etc) qui ont toujours proposé des films sur un schéma plus ou moins calqués sur celui qui avait fait le succès du film original, on ne pourra pas reprocher à la franchise Massacre à la tronçonneuse de proposer au spectateur des films se ressemblant les uns les autres. En effet, chaque film de la saga possède ses qualités et ses défauts, mais tous font preuve d’une certaine originalité dans leur approche de la « mythologie Leatherface » ; on en veut pour preuve un flagrant manque de cohérence dans la continuité entre les films, que l’on avait un peu essayé – en vain malheureusement – de dépatouiller l’année dernière dans notre long article consacré à la vague de « reboots » (post-2003) de la saga.

 

 

Évoluant globalement sur le ton badin de la comédie, Massacre à la tronçonneuse 2 accorde une grande place à sa galerie de personnages, tous plus foutraques les uns que les autres. D’un côté, nous avons donc Dennis Hopper, qui campe « Lefty », un ex-flic bien déterminé à venger la mort de sa famille et jouant au cow-boy justicier, persuadé d’être investi d’une véritable mission divine : il déclamera ainsi de nombreux versets de la bible, la tronçonneuse à la main, avant de traiter le mal par le mal, se rendant finalement un meurtrier tout aussi aveugle, implacable et avide de sang que les tueurs qu’il traque. Une manière pour Tobe Hooper et son scénariste M. Kit Carson de pointer du doigt l’hypocrisie et les dérives, très américaines, des puissants lobbies religieux à travers le Pays, tout autant que la mode des « vigilantes » de cinéma, qui battait son plein à l’époque, notamment grâce à la Cannon, qui produisait les films de Chuck Norris, de Charles Bronson… Mais qui produisait également Massacre à la tronçonneuse 2 – voilà donc un cinéaste qui n’avait pas peur de mordre gentiment la main qui le nourrissait ! On insiste bien cela dit sur le « gentiment », parce que la tonalité générale du film de Hooper est quand même à la franche gaudriole. De l’autre côté de la barrière de la loi (qu’elle soit la loi des hommes ou la loi « divine »), on trouvera bien sûr la fameuse famille Tronçonneuse, recomposée pour l’occasion, et qui sera ici beaucoup plus développée que dans le film précédent. Et quel développement ! Bien sûr, il y a l’inénarrable « Chop-Top », incarné par (autre point commun évident avec La maison des 1000 morts !), qui déverse une véritable logorrhée verbale tout au long du film, en se grattant avec un cintre chauffé à blanc la plaque de métal rivée à son cuir chevelu. Il y a le « cuisinier » (Jim Siedow), grand vainqueur du championnat texan de chili grâce à sa recette à base de viande humaine, qui se réservera les passages les plus ouvertement comiques du métrage ; il y a aussi le « grand-père », qui comme dans le premier film n’apparaitra que pour mettre à mort la jeune héroïne à coups de marteau mal assurés. Et bien sûr, il y a « Jed », aka Leatherface, dont la personnalité est radicalement différente de l’objet de terreur, du bloc de marbre taciturne et meurtrier qu’il pouvait représenter dans le premier Massacre. Ici, il devient un désaxé sexuel semblant avoir le Q.I d’un enfant en bas âge, et sera l’objet des moqueries de son entourage proche, au point que le spectateur finisse quasiment par le prendre en pitié. Humilié par les autres membres de la famille, il aura le plus souvent un comportement du dernier pathétique. Ainsi, lors de sa première apparition dans le film, il interrompra sa traque meurtrière en découvrant les jambes nues de l’héroïne, ruisselées de gouttes de sueur, et éjaculera même carrément suite à un simulacre de masturbation avec sa tronçonneuse… Entre ces deux représentations décalées et ô combien excessives du bien et du mal, on en oublierait presque l’héroïne, « Stretch », interprétée par Caroline Williams, qui se verra immortalisée dans l’esprit du spectateur grâce à une improbable « danse de la tronçonneuse » dans le dernier plan du film. Si elle est essentiellement connue pour sa participation à Massacre à la tronçonneuse 2, on la retrouverait néanmoins quelques années plus tard dans un petit rôle d’Halloween II (réalisé en 2009 par devinez-qui ? Rob Zombie) et reprendrait le rôle de Stretch pour un caméo dans Sharknado 4 (2016).

 

 

Parallèlement aux ressorts comiques liés à cette galerie de personnages dégénérés, Hooper et son scénariste tirent à boulets rouges sur le libéralisme économique made in U.S.A. Déjà, ils se régalent à dresser, lors de la première séquence du film, un portrait bien peu flatteur des yuppies, fils à papa et autres arrivistes de l’économie américaine, présentés comme des gamins littéralement incontrôlables agissant dans l’impunité la plus totale. Mais de plus, avec leur entreprise de chili « familiale » tranquillement installée dans le sous-sol d’un centre d’attractions à tendance patriotique, la famille tronçonneuse s’intègre finalement parfaitement dans la société américaine, qui vénère les entrepreneurs et autres self-made men. La satire est féroce, et même poussée dans ses retranchements les plus absurdes, elle atteint parfaitement son but : celui de livrer un film complètement branque, s’affichant comme un « ride » horrifique drôle, de mauvais goût, audacieux, gore et cartoonesque en forme de gros doigt d’honneur à la société.

Admirée par certains, conchiée par d’autres, cette propension de Massacre à la tronçonneuse 2 à verser dans l’hystérie la plus grotesque ne fera pas que des heureux parmi les fans de la saga. Pour autant, une chose est certaine : cette ambiance tirant sur le cartoon live était un des éléments auxquels les auteurs du premier Massacre, Tobe Hooper et Kim Henkel, tenaient beaucoup, et sur lequel ils regrettaient de n’avoir pas d’avantage appuyé dans le premier film. Ainsi, quelques années plus tard, quand Kim Henkel reprendrait les rennes de la saga avec Massacre à la tronçonneuse – La nouvelle génération (1994), il laisserait à nouveau libre cours à cette ambiance de folie furieuse, tout en donnant par ailleurs naissance à l’un des meilleurs opus – si ce n’est le meilleur – de la saga.

 

 

Le Combo Blu-ray + 2 DVD

[5/5]

On ne se lasse décidément pas de clamer haut et fort tout le bien que l’on pense du Chat qui fume, un des derniers éditeurs vidéo indépendants en France, et assurément le plus passionnant d’entre eux. Ainsi, même s’il est occasionnellement la cible de quelques maniaques du pixel sur des forums déconnectés de la réalité du marché de la vidéo physique dans l’hexagone, Le chat qui fume est plus que jamais vénérés par les fans de cinéma de genre et les vrais connoisseurs, d’autant que l’animal prend toujours grand soin de proposer de « beaux objets », propres à fasciner les collectionneurs. A ce titre, et comme d’habitude, le packaging de l’édition combo Blu-ray + 2 DVD de Massacre à la tronçonneuse 2 est probablement ce qui se fait de mieux dans l’hexagone en matière de soin éditorial apporté à un coffret ; c’est d’autant plus remarquable quand le film ne fait pas forcément l’unanimité dans le cœur des amoureux du genre. Cette édition s’affiche donc dans un digipack trois volets contenant les trois galettes, le tout étant bien sur surmonté d’un étui cartonné. On a donc vraiment entre les mains une édition collector de grande classe, un packaging qui en impose grave sa mère avant même le visionnage, nanti d’un visuel signé Fred Domont qui dépouille le cul. Voilà encore un film (et une édition) que l’on sera très fier de voir trôner sur nos étagères.

 

 

Techniquement, l’éditeur n’est pas en reste puisque les transferts, qu’il s’agisse des Blu-ray ou des DVD, s’avère vraiment de toute beauté, composant habilement avec les limites de chaque support. Coté Blu-ray, le travail de remasterisation effectué sur Massacre à la tronçonneuse 2 s’avère réellement impressionnant : le film s’impose avec faste et élégance, dans des conditions complètement inédites. La granulation d’origine a été préservée, le niveau de détail et la profondeur de l’image sont excellents, en particulier sur les scènes tournées en lumière naturelle. Le piqué est d’une précision étonnante, et les gros plans sont particulièrement payants à ce niveau ; les contrastes sont stables tout au long du film, et les couleurs sont éclatantes. Pendant les séquences plus sombres, et notamment dans l’antre de la famille Tronçonneuse, on pourra remarquer un léger bruit, mais l’ensemble est excellent, et la stabilité globale de l’image est remarquable. Quelques petites taches dues au temps demeurent visibles, mais le résultat est globalement impressionnant : de la crasse sur la tronçonneuse de Leatherface aux routes ensoleillées du Texas, le Blu-ray édité par Le chat qui fume nous propose un rendu impressionnant. Côté son, les deux bandes sonores sont encodées en DTS HD Master Audio 2.0 et font le boulot sans problème, avec des dialogues – et des cris – toujours parfaitement clairs et distincts. Le doublage français d’époque est toujours aussi savoureux, pour les nostalgiques l’ayant découvert en salles ou en VHS dans les années 80/90. Pas de remixage débile en 5.1 à l’horizon : Massacre à la tronçonneuse 2 est une œuvre frontale, brute de décoffrage, et elle conserve ainsi son punch d’origine. Rien que pour ça, on tire à nouveau notre chapeau à l’éditeur.

 

 

Comme à son habitude, Le chat qui fume a tout particulièrement soigné sa section suppléments, qui nécessitera presque six heures pour être explorée dans son intégralité. On commencera donc avec deux commentaires audio, enregistrés en 2006, et naturellement tous deux sous-titrés en français. Le premier est assuré par Tobe Hooper lui-même, qui assurera le boulot avec l’aide de David Gregory, réalisateur du documentaire Massacre à la tronçonneuse : L’effroyable vérité (2000). Ils y évoqueront assez largement l’histoire de la production du film, et reviendront également de façon occasionnelle sur le premier film de la saga. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, si vous deviez n’écouter qu’un seul commentaire audio, ruez-vous séance tenante sur celui assuré par les acteurs Caroline Williams et Bill Moseley, également en compagnie du maquilleur Tom Savini. Si elle est certes loin d’être aussi informative que la première, cette piste audio s’avère un grand moment de délire, un excellent moment pour tous les fans du film. Impayable, Bill Moseley y retournera dans la peau de son personnage « Chop-Top » pour notre plus grand plaisir ; le tout sera animé par un Michael Felsher absolument hilare de bout en bout.

On continuera ensuite avec une série de documentaires assez passionnants. Le plus « gros » morceau parmi les suppléments est sans doute le making of rétrospectif « C’est de famille » (1h27), riche documentaire divisé en six parties thématiques revenant sur l’histoire de la production du film, et contenant des entretiens avec – entre autres – le scénariste M. Kit Carson, le directeur de la photo Richard Kooris, les acteurs Bill Johnson (Leatherface) et Caroline Williams, ou encore le maquilleur Tom Savini. Tom Savini, décidément omniprésent sur cette galette, sera également un des intervenants du documentaire sur les effets spéciaux « La maison de la douleur » (42 minutes), qui nous proposera, outre des entretiens avec l’équipe déléguée aux effets spéciaux (Bart Mixon, Gabe Bartalos, Gino Crognale, John Vulich), de découvrir quelques images du tournage. On y reviendra par ailleurs de façon approfondie sur la création du look de Chop-Top et de Leatherface.

 

 

Le troisième documentaire est une présentation du film par Julien Sévéon, intitulée « Le Texas De Tobe » (33 minutes), au cœur duquel il fera plus ou moins le tour de la question du film, revenant notamment sur sa production contrariée et les multiples péripéties de tournage. Il terminera son intervention en citant ses trois films préférés au sein de la saga. S’il défend à demi-mots le formidable quatrième opus, ce dernier ne fait pourtant pas partie de son trio de tête : il préférera en effet mettre en avant le dernier film en date de la franchise, le Leatherface de Julien Maury et Alexandre Bustillo. Un peu maladroit de sa part si l’on considère que Bustillo est un de ses anciens collaborateurs au sein de la revue Mad Movies, et que les deux lascars sont probablement amis…

Avant de terminer, on aura à nouveau l’occasion de retourner au film en lui-même avec une série d’un peu plus de onze minutes de scènes coupées, présentées « dans leur jus », dans un état de conservation plutôt moyen ; néanmoins, elles demeurent globalement sympathiques et méritent le coup d’œil, ne serait-ce que pour prolonger un peu le plaisir pris devant le film. On finira le tour du propriétaire avec la bande-annonce d’origine de Massacre à la tronçonneuse 2, qui s’accompagnera de bandes-annonces de films à venir chez Le chat qui fume.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles