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Comédie Critiques de films — 02 février 2019
Critique : Tout ce qu’il me reste de la révolution

Tout ce qu’il me reste de la révolution

France : 2018
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Judith Davis,
Interprètes : Judith Davis, , ,
Distribution :
Durée : 1h28
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 février 2019

4/5

C’est presque que par hasard que Judith Davis s’est retrouvée à faire du théâtre, puis du cinéma. En fait, sa vocation première, c’était la philosophie et il a fallu une soirée comme spectatrice au théâtre et son coup de cœur pour la troupe flamande « tg STAN » pour que germe en elle l’envie de monter un collectif dédié au théâtre. Ce souhait s’est matérialisé en 2008 sous la forme de la troupe « L’avantage du doute », fondée avec , , Claire Dumas et , des comédiens rencontrés lors d’un stage au sein de « tg STAN » et qu’on retrouve dans son premier long métrage, Tout ce qu’il me reste de la révolution.

Synopsis : Angèle avait 8 ans quand s’ouvrait le premier McDonald’s de Berlin-Est… Depuis, elle se bat contre la malédiction de sa génération : être né « trop tard », à l’heure de la déprime politique mondiale. Elle vient d’une famille de militants, mais sa mère a abandonné du jour au lendemain son combat politique, pour déménager, seule, à la campagne et sa sœur a choisi le monde de l’entreprise. 

Seul son père, ancien maoïste chez qui elle retourne vivre, est resté fidèle à ses idéaux. En colère, déterminée, Angèle s’applique autant à essayer de changer le monde qu’à fuir les rencontres amoureuses. 

Que lui reste-t-il de la révolution, de ses transmissions, de ses rendez-vous ratés et de ses espoirs à construire? Tantôt Don Quichotte, tantôt Bridget Jones, Angèle tente de trouver un équilibre…

Une battante

Créé à la Comédie de Béthune durant l’hiver 2008, « Tout ce qu’il nous reste de la révolution, c’est Simon » est le premier spectacle monté par le collectif « L’avantage du doute« . Si le film n’est pas l’adaptation fidèle de ce spectacle pour le cinéma, il s’en inspire très largement tant au niveau des thématiques abordés que de l’esprit dans lequel il baigne.

Ce fameux Simon, on le retrouve d’ailleurs dans le film. C’est le père d’Angèle, une urbaniste idéaliste qui rêve d’avoir des idées pour améliorer le quotidien des gens, pour mettre l’humain au cœur de la ville, et de pouvoir les appliquer concrètement dans la réalité. Dans la famille d’Angèle, une famille située très à gauche au départ, seul son père Simon est vraiment resté fidèle à ses idéaux passés, ceux de mai 68, au point d’avoir fait une croix sur son confort personnel et de vivre chichement dans un HLM. Diane, sa mère, a fini par lâcher le combat politique pour aller s’installer à Pourchères, un petit village de l’Ardèche. Quant à Noutka, sa sœur, elle a choisi le monde de l’entreprise et elle est mariée à Stéphane, un cadre qui joue à la perfection le rôle imposé par son métier, sauf qu’il est au bord du burn-out !

Quant à Adèle, elle se cherche, elle se bat, elle n’abdique jamais, à la fois très proche de son père, reprenant les idées de sa mère pour que Paris ne soit plus une île coupée de la banlieue par le périphérique, révoltée par le comportement de son patron qui la licencie sans ménagement alors qu’il se targue d’être de gauche, n’hésitant pas à se balader en plein Paris en arborant une chapka russe et intégrant un groupe d’expression collective regroupant des gens cherchant à changer le monde. Un groupe fonctionnant sans hiérarchie, qui interdit à ses membres de s’interrompre les uns les autres et qui prône la règle de l’enthousiasme obligatoire : toute idée, quelle qu’elle soit, mérite d’être accueillie avec enthousiasme, … du moins dans un premier temps. Et la vie sentimentale, dans tout ça, quand, parfois, il reste un peu de temps ? Le doux et pondéré Saïd, peut-être !

Un film qui fait chaud au cœur

Judith Davis entre dans cette catégorie de jeunes réalisateurs et réalisatrices français.es qui se refusent à entrer dans le moule du tout formaté. De toute façon, elle se sent incapable d’écrire un scénario en restant bien sagement assise à son bureau, face à un ordinateur. Pour que ses personnages existent, son truc à elle, c’est de les jouer ! S’ensuit un mélange des genres, un film répertorié comme comédie mais qui incite au moins autant à la réflexion qu’au rire, et un résultat qui fait chaud au cœur, même si (ou, peut-être, parce que !), parfois, il peut sembler foutraque.

Dans ce film dont le cœur du sujet tourne autour de la vie dans la cité et des rapports dans le monde du travail, en particulier sur savoir que faire aujourd’hui face à l’héritage de mai 68, les scènes mémorables ne manquent pas. On se contentera d’en évoquer trois : la diatribe lancée par Léonor, la meilleure amie d’Angèle, devant une agence de pôle emploi : une improvisation grandiose de l’actrice Claire Dumas : la rencontre d’Angèle et de Saïd accompagné par les enfants de sa classe devant un distributeur de billets : mais que représente donc le dessin que vient de faire Angèle ? ; le pétage de plomb de Stéphane, son beau-frère, en plein repas de famille : grande fatigue !

Judith et ses acolytes

On ne sera pas vraiment surpris que ce film ait été produit par Agat Films, le collectif de producteurs dont fait partie Robert Guédiguian ! Un film dont le financement n’était pas évident au départ, ne serait-ce que par l’absence de grands noms dans la distribution.

Une distribution dans la quelle Judith Davis interprète elle-même le rôle principal, celui d’Angèle. Franchement, on ne peut que se féliciter que son entourage ait réussi à la convaincre de se glisser dans la peau d’Angèle, ce qui n’était pas prévu au départ. Autour d’elle, une époustouflante Claire Dumas interprète le rôle de Leonor, Mélanie Bestel celui de Noutka, Simon Bakhouche celui de Simon et Nadir Legrand celui de Stéphane : Les 4 acolytes de Judith Davis au sein de « L’avantage du doute« . Quant à Malik Zidi, Saïd dans le film, il n’est pas membre de ce collectif mais on sent qu’il en a bien saisi l’esprit et, par exemple, il est irrésistible lorsqu’il se met à se trémousser sur la danse du Grand Calumet de la Paix des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau.

Et puis, magnifique cadeau que nous offre ce film, la présence de Mireille Perrier qui joue le rôle de la mère d’Angèle, une comédienne toujours aussi émouvante, aussi juste et qu’on regrette de ne pas voir plus souvent au cinéma.

Conclusion

C’est avec grand plaisir qu’à l’occasion de son premier film, on accueille Judith Davis dans la famille du cinéma français, elle et ses acolytes de « L’avantage du doute » : une équipe qui ne tient surtout pas à rentrer dans une case, qui s’écarte donc du tout formaté et qui prouve que rire et réflexion vont très bien ensemble, surtout si on sait insuffler une irrésistible pêche à sa production.

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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles