Test Blu-ray : L’important c’est d’aimer

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L’important c’est d’aimer

France, Italie, Allemagne : 1975
Titre original : –
Réalisation : Andrzej Zulawski
Scénario : Christopher Frank, Andrzej Zulawski
Acteurs : Romy Schneider, Fabio Testi, Jacques Dutronc
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h53
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 2 février 1975
Date de sortie DVD/BR : 15 février 2022

Sur le tournage d’un film, Nadine Chevalier est humiliée par la réalisatrice, sous les yeux de Servais Mont, un photographe indépendant. Ému par le traitement indigne infligé à l’actrice, il passe la voir dès le lendemain à son domicile. Il y rencontre Jacques, son mari, un homme excentrique dissimulant un mal profond. Le jour d’après, Nadine et Servais se revoient. Une amitié profonde naît entre ces deux êtres que la vie a fragilisés. Sans lui en parler, Servais décide d’offrir à Nadine un premier rôle dans une pièce de théâtre. Mais, pour ce faire, il est obligé d’emprunter une grosse somme d’argent à Mazelli, un maître chanteur…

Le film

[5/5]

Sorti sur les écrans français en février 1975, le film d’Andrzej Zulawski L’important c’est d’aimer avait fait forte impression sur le public ainsi que sur la critique en général : le film réunirait en effet presque 1,6 millions de spectateurs dans les salles, et lors de la première cérémonie des César du Cinéma Français début 1976, le film permit à Romy Schneider de recevoir le tout premier César de la meilleure actrice. Pour autant, la renommée de L’important c’est d’aimer tient également un peu à Nicolas Boukhrief et à son « Ciné-Club » sur Canal+, qui contribuerait en 1997 à faire découvrir le film de Zulawski à une nouvelle génération de cinéphiles, trop jeunes pour avoir pu le découvrir au cinéma. 25 ans plus tard, c’est Le Chat qui fume qui va aujourd’hui permettre aux cinéphiles de la génération Z de découvrir ce qui – et on peut sans trop s’avancer déclarer qu’il existe un véritable consensus sur ce sujet précis – s’impose sans le moindre doute possible comme le meilleur film de toute la carrière d’Andrzej Zulawski.

Lors de sa sortie en 1975, L’important c’est d’aimer avait été « classé X », et donc interdit aux moins de 18 ans. La bande-annonce du film contenait d’ailleurs un texte d’avertissement mettant en garde le spectateur, « en raison de plusieurs scènes d’une exceptionnelle cruauté, qui sont susceptibles d’être mal supportées par un public sensible, même adulte ». La classification initiale a cependant été réévaluée en 1998 pour une interdiction aux moins de 12 ans. Sans vouloir jouer au vieux con de service, il semble cependant assez clair que L’important c’est d’aimer demeure encore aujourd’hui un film particulièrement glauque, et il ne nous viendrait pas forcément à l’idée de le donner à voir à des gamins de 12 ans. Entendons-nous bien : il n’y a rien de porno à proprement parler, ni de violence graphique extrême dans le film de Zulawski. Cependant, et comme d’habitude avec le cinéaste d’origine polonaise, les sentiments y sont poussés dans leurs derniers retranchements : l’intensité des actes et des psychologies est amenée jusqu’au point de non-retour, quitte à paraître outrancière. Il y a ainsi des moments choquants dans L’important c’est d’aimer, mais ces derniers sont à tel point enveloppés dans le mélo que les problèmes émotionnels mis en scène par le film se voient littéralement décuplés, extrêmes, créant un sentiment de malaise parfois tellement fort qu’il développe presque un sentiment diffus de voyeurisme.

Cette impression de voyeurisme est d’ailleurs au centre de la thématique de L’important c’est d’aimer, qui est adapté d’un roman de Christopher Frank intitulé « La Nuit américaine » (aucun rapport avec le film de Truffaut), et aborde donc de front le monde du cinéma. Par conséquent, le film de Zulawski nous propose une réflexion sur la notion de regard, qui hante littéralement le récit, et que l’on retrouvera dès la première séquence du film, qui met en scène une actrice nommée Nadine (Romy Schneider), en plein tournage d’une scène d’amour, harcelée par une réalisatrice hystérique qui lui gueule dessus, et prise en photo par Servais (Fabio Testi), que l’on imagine d’abord être un photographe de plateau. Le visage de Romy Schneider, pleurant face caméra, supplie Fabio Testi de ne pas prendre de photos d’elle, elle, l’actrice réduite à tourner des scènes de sexe pour gagner sa vie. « Ne faites pas de photos, s’il vous plaît. Non, je suis une comédienne, vous savez. Je sais faire des trucs bien. »

L’amour, la mort, la passion, l’autodestruction et autres sentiments exacerbés sont au cœur de L’important c’est d’aimer, qui emmène le spectateur de situation bizarre en situation bizarre, à grands renforts d’ellipses et d’incohérences narratives qui tendent à placer la narration choisie par Andrzej Zulawski dans le registre de l’onirisme, du rêve éveillé, comme le montre la relation qui se tisse peu à peu entre Nadine et Servais, l’actrice l’autorisant à prendre des photos d’elle alors même que son mari Jacques (Jacques Dutronc) est à côté en train de faire des bruits bizarres. On apprendra par la suite que le personnage incarné par Fabio Testi a une dette envers un gangster du nom de Mazelli (Claude Dauphin), et qu’il a été chargé de divers travaux peu recommandables pour rembourser cette dette : on le verra ainsi filmer du porno gay et des partouzes, prenant des photos qui pourront être utilisées à des fins de chantage.

On pourra d’ailleurs dresser un parallèle entre ces deux personnages de L’important c’est d’aimer, dans le sens où d’un côté, Nadine se voit contrainte de jouer dans du porno pour joindre les deux bouts, et de l’autre, Servais est lui-même forcé d’en filmer pour honorer sa dette. Mais l’idée maîtresse de L’important c’est d’aimer semble surtout être celle selon laquelle l’amour et la douleur sont inextricablement liés l’un à l’autre, et le triangle amoureux composé par Nadine, Servais et Jacques sera de fait l’objet d’un mélodrame intense et déchirant, qui mettra en évidence les relations dysfonctionnelles unissant les différents protagonistes du drame, qui diffèrent d’une histoire d’amour à une autre dans le sens où la façon dont Nadine et Jacques s’affrontent est radicalement différente de celle dont Nadine et Servais s’affrontent. Le tout est par ailleurs renforcée par une intrigue secondaire autour de la pièce Richard III, qui tendra à installer une confusion entre la réalité et la représentation de la réalité telle qu’elle est proposée au cinéma. On pense notamment au personnage de Jacques, qui préfigure une partie de l’intrigue pendant les répétitions de Richard III, et bien sûr à la scène finale, qui fait écho à la toute première.

Le Blu-ray

[5/5]

Jusqu’ici uniquement disponible au format DVD, dans une édition estampillée StudioCanal au master fatigué, L’important c’est d’aimer est donc revenu il y a quelques semaines hanter les linéaires de vos meilleurs dealers de culture, sous les couleurs du Chat qui fume. Éditeur digne de tous les superlatifs, Le Chat qui fume nous propose, comme à son habitude, un Blu-ray bénéficiant d’un superbe master et présenté dans un magnifique digipack trois volets surmonté d’un étui rigide et dans une édition limitée à 1000 exemplaires. Comme d’habitude, l’excellent Frédéric Domont se cache derrière la conception graphique de ce bel objet de collection, qui s’intégrera parfaitement sur vos étagères au reste de vos sorties du Chat qui fume. Du beau boulot !

Côté master, le rendu Haute-Définition proposé par ce Blu-ray de L’important c’est d’aimer est excellent, doté d’une parfaite stabilité et d’une propreté surprenante, le tout nous offrant un niveau de détail que nous n’attendions pas pour une production aussi rare et méconnue. Le piqué est précis, les couleurs ravivées, les noirs denses et les contrastes fermes – seuls quelques plans à effets seront logiquement toujours marqués par une légère baisse de définition. La granulation d’origine semble avoir été préservée avec un soin maniaque, et sied par ailleurs parfaitement à la patine volontiers sombre et désespérée l’ensemble. Côté son, le film est proposé en version française uniquement, et DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine). Le rendu acoustique est irréprochable : net, clair, précis dans ses effets, relativement riche, et proposant un équilibre quasi-parfait entre la musique de Georges Delerue, les voix et les effets sonores.

Dans la section suppléments, en plus de la traditionnelle bande-annonce, on commencera tout d’abord avec une featurette d’époque (4 minutes), nous donnant à voir une poignée de moments volés sur le tournage, entrecoupés de courts entretiens avec l’équipe (Romy Schneider, Jacques Dutronc, Andrzej Zulawski). On s’amusera du gros #Spoiler involontaire lâché par Jacques Dutronc. On continuera ensuite avec un entretien avec le réalisateur Andrzej Zulawski (24 minutes). Pas forcément très agréable dans son genre, le cinéaste – décédé en 2016 – reviendra un peu sur le tournage de L’important c’est d’aimer et sur la place qu’occupe le film dans sa carrière. Par la suite, il s’attardera essentiellement sur la personnalité, la présence et le charisme de son actrice principale Romy Schneider, avant d’évoquer les coupes qui lui avaient été imposées par la production.

On continuera ensuite avec un entretien avec Fabio Testi (15 minutes). L’acteur italien évoquera donc rapidement son expérience sur L’important c’est d’aimer, de sa rencontre avec le réalisateur Andrzej Zulawski et Romy Schneider au tournage du film, qui fut visiblement pour lui tout particulièrement anxiogène. Il n’hésitera pas non plus à revenir sur ses doutes ainsi que sur le réalisme du film, et se remémorera l’excellent accueil qui fut réservé au film par la critique et le public. Enfin, on terminera le tour des bonus avec le plus passionnants des entretiens disponibles sur cette galette : foncez donc sur l’entretien avec Laurent Ferrier, assistant réalisateur (42 minutes). Ce dernier évoquera tout d’abord son parcours professionnel atypique et les différents métiers qu’il a exercés avant de se lancer dans le cinéma, avant de se lancer dans « son » récit du tournage de L’important c’est d’aimer, qui s’avère bien loin des sentiers battus et des entretiens consensuels genre « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Les anecdotes sont nombreuses, et font le portrait d’un tournage bien plus agité que ne le laissaient entendre les propos de Zulawski et de Fabio Testi. L’entente n’était ainsi pas au beau fixe entre l’acteur italien et Romy Schneider, et l’animosité manifeste que se vouaient ces deux personnalités du 7ème Art fut visiblement entretenue par le cinéaste lui-même, qui aimait créer des conflits sur le plateau car ceux-ci se répercutaient par une tension palpable au moment du tournage. Pas forcément tendre avec ses anciens collaborateurs, et refusant toute langue de bois, Laurent Ferrier décrit ainsi Zulawski comme un génie volontiers colérique et méprisant avec ses équipes, et Klaus Kinski comme une personnalité épouvantable. Il évoquera également les tensions avec les producteurs du film, et révélera l’existence d’un premier montage d’une durée de trois heures, qui avait la particularité de comporter plusieurs scènes porno.

Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site du Chat qui fume.

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