Test Blu-ray : Les Vampires

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Les Vampires

Italie, France : 1957
Titre original : I Vampiri
Réalisation : Riccardo Freda, Mario Bava
Scénario : Riccardo Freda, Piero Regnoli, J.V. Rhemo
Acteurs : Gianna Maria Canale, Carlo D’Angelo, Dario Michaelis
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h22
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 23 octobre 1957
Date de sortie BR/DVD : 26 mai 2022

Paris. Un tueur en série s’en prend à des jeunes femmes qu’il vide de leur sang. Tandis que la police s’enlise, le journaliste Pierre Valentin mène sa propre enquête. Au contact d’une amie de la première victime, il apprend que toutes ont été suivies par un drogué. Sa piste le mène au Dr Du Grand dont les expériences sur la vie éternelle pourrait expliquer que sa supposée nièce Gisèle affiche une jeunesse insolente…

Le film

[4/5]

2022, année Bava ? En tous les cas, les éditeurs vidéo français semblent s’être donnés le mot cette année, puisque parallèlement à la sortie de trois films de Lamberto Bava (La Maison de la Terreur et le diptyque Démons / Démons 2), la carrière du grand Mario Bava est à nouveau placée sous le feu des projecteurs. Après Le Masque du démon, La fille qui en savait trop et Caltiki – Le monstre immortel, qui viennent tout juste de sortie en Blu-ray, Sidonis Calysta nous propose le 26 mai de redécouvrir trois autres films de Mario Bava : Les Vampires (1957), L’île de l’épouvante (1970) et Chiens enragés (1974).

Remettons cependant les choses à leur place : si Les Vampires vient ce mois-ci grossir les rangs de la « Collection Mario Bava » de Sidonis Calysta, tout comme Caltiki – Le monstre immortel, le film de 1957 n’est pas officiellement un film signé Mario Bava. La paternité des Vampires est ainsi à partager entre Riccardo Freda, qui en aurait tourné la moitié, et Bava, qui se serait assuré de terminer le film une fois que Freda eut quitté le tournage en cours de route. Ainsi, si on ne saura jamais réellement à qui attribuer la mise en scène du film, les experts et autres historiens du cinéma s’accordent tous pour considérer que l’apport de Mario Bava sur Les Vampires est sans doute moins spectaculairement évident que sur Caltiki – Le monstre immortel.

Pour autant, la présence de Mario Bava aux manettes des Vampires semble évidente. Comme toujours, son sens aigu de l’image est à l’honneur, et c’est sans doute une des raisons qui fait que le film, qui ne se démarque pas particulièrement pas son scénario, fonctionne si bien. L’atmosphère est soignée, la photo et les décors sinistres à souhait, et confèrent aux images une aura très particulière, flirtant avec le gothique et le baroque, ce qui est particulièrement remarquable dans le sens où les premiers chefs d’œuvres gothiques de la Hammer Films (Frankenstein s’est échappé et Le Cauchemar de Dracula) ne sortiraient que quelques mois après Les Vampires. Précurseur de la grande révolution européenne du cinéma d’horreur, le film de Bava et Freda semble être arrivé un poil trop tôt.

Les Vampires n’en est pour autant pas moins un film fantastique élégant, qui s’impose encore quelques soixante-cinq années après sa sortie dans les salles comme en tous points classieux. Si l’intrigue du film tend un peu à partir dans tous les sens, et si la notion de « vampire » se rapporte plutôt ici à une référence à l’histoire de la Comtesse Élisabeth Báthory, l’ensemble comporte quelques jolis moments de tension magnifiquement photographiés par Mario Bava, le tout étant proposé dans un flamboyant CinemaScope noir et blanc.

Tout le monde s’accordera à dire que le point culminant des Vampires réside dans les séquences de transformation du personnage de Gianna Maria Canale, aux effets spéciaux encore très impressionnants. On notera par ailleurs que le film de Riccardo Freda et Mario Bava a pu être une influence pour Georges Franju sur Les yeux sans visage : les deux histoires présentent en effet quelques similitudes (les expériences sur des jeunes femmes afin de restaurer la beauté d’une autre femme, le scientifique et son serviteur pourvoyeur de victimes, etc), même si évidemment Franju améliorera tous les éléments du scénario pour finalement signer un chef d’œuvre absolu.

Le Combo Blu-ray + DVD

[4,5/5]

Disponible chez Sidonis Calysta au sein d’une nouvelle vague de sa « Collection Mario Bava », Les Vampires s’offre donc un extraordinaire lifting Haute Définition sur galette Blu-ray. Et côté master, le rendu est littéralement sublime : le film est proposé au format 2.35 respecté et encodé en 1080p, et affiche un niveau de détail très accru, tout en respectant scrupuleusement le grain pellicule d’origine. Le piqué est d’une étonnante précision et les contrastes pointus accentuent l’impression de profondeur de l’ensemble, tout en soulignant les qualités de la photo noir et blanc de Mario Bava : c’est du très beau travail. Le mixage audio est proposé VF / VO et en DTS-HD Master Audio 2.0, et dans les deux cas, le rendu acoustique s’avère clair, équilibré, sans souffle ni craquement disgracieux : même si l’on n’est naturellement pas en présence d’un film ultra-spectaculaire du strict point de vue sonore, le tout est excellent et irréprochable.

Côté suppléments, l’éditeur nous propose tout d’abord un très intéressant entretien avec Christophe Gans (45 minutes). Le cinéaste remettra le film dans son contexte de tournage, appuyant sur le fait qu’il n’y avait pas de cinéma fantastique italien à l’époque, et que le film est finalement né d’un concours de circonstances assez amusant, au détour d’une partie de poker. Il reviendra sur la localisation de l’intrigue en France, qu’il voit comme un hommage à Louis Feuillade ainsi qu’au théâtre de Grand-Guignol. Il reviendra également sur la rencontre et sur les relations entre Riccardo Freda et Mario Bava, sur la carrière de Bava et l’influence de son père Eugenio Bava sur son travail, évoquera les effets spéciaux et quelques thématiques du film, telle que celle de la duplicité féminine, et le fait que la beauté est souvent chez Bava synonyme de masque de mort. On continuera ensuite avec une présentation du film par Olivier Père (23 minutes), qui proposera une remise en contexte intéressante quoi que finalement assez redondante avec les propos de Christophe Gans. On notera d’ailleurs qu’Olivier Père fait dans sa présentation une erreur pointée du doigt avec humour par le réalisateur de Crying Freeman. On terminera enfin avec la traditionnelle bande-annonce, qui s’accompagnera d’une série de scènes coupées (11 minutes), ou plus exactement de scènes « rajoutées » au film pour son exploitation américaine, et n’ayant été tournées ni par Riccardo Freda, ni par Mario Bava. On notera également la présence d’un livret inédit de 24 pages sur le film, signé par l’indéboulonnable Marc Toullec.

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