Critique : The last tree

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Grande-Bretagne : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Shola Amoo
Interprètes : , , ,
Distribution :
Durée : 1h39
Genre : Drame
Date de sortie VOD : 26 mars 2021

4/5

Britannique d’origine nigérienne, Shola Amoo a réalisé son premier long métrage en 2016 : A moving image, un film de fiction sur la transformation de type gentrification du quartier de Brixton, au sud de Londres, quartier longtemps considéré comme la « capitale » de la communauté jamaïcaine de Londres. The last tree, film qualifié de semi-autobiographique, est donc son 2ème long métrage. Le 3ème, actuellement en préparation, sera l’adaptation de “Sting Like a Bee: Muhammad Ali vs. The United States of America”, livre de Leigh Montville consacré au refus du boxeur, en 1967, d’être incorporé dans l’armée américaine durant la guerre du Vietnam. 

Synopsis : Jeune britannique d’origine nigériane, Femi a connu une enfance heureuse en famille d’accueil dans la campagne du Lincolnshire. Quand il doit tout quitter pour aller vivre avec sa mère biologique dans un HLM à Londres, c’est un vrai déchirement. Entre les codes culturels de sa mère qui lui sont étrangers et ce nouvel environnement citadin difficile, Femi doit déterminer quel genre d’adulte il veut devenir…

Un film en trois parties

Dans une période qui ne nous est pas précisée mais que, grâce à quelques chansons, on peut situer vers la fin du 20ème siècle et le début du 21ème, The last tree nous raconte l’histoire d’un jeune garçon aux origines nigériennes et qui vit en Angleterre. Son nom : Olufemi Olawale, Olufemi signifiant « Dieu m’aime » en Yoruba, une des 3 langues du Nigéria. En fait, ce sont même trois périodes qui ne sont pas précisées car le film est partagé en trois parties bien distinctes. Dans la première, quelque part entre 1990 et 1995, Femi (c’est ainsi qu’il préfère qu’on l’appelle), âgé d’une dizaine d’années, mène une vie agréable dans la campagne anglaise, dans le Lincolnshire, élevé dans une famille d’accueil réduite à sa plus simple expression : Mary, une femme aimante qui lui prodigue de façon intelligente une excellente éducation.

Tout change lorsque Yinka, la mère de Femi, se sent prête à reprendre son fils auprès d’elle : une mère qui se montre très maladroite dans sa façon de prendre en main ce fils qu’elle découvre alors qu’il arrive à un âge souvent difficile en matière d’éducation, plus un environnement urbain remplaçant les collines du Lincolnshire, plus un environnement humain très différent de celui qu’il connaissait à la campagne. La deuxième période nous fait retrouver Femi, plusieurs années plus tard, devenu un jeune homme qui rejette sa mère, qui a un pied dans la délinquance et la violence, auprès de Mace, le chef de bande de son quartier, et l’autre dans ce qui est sa vraie nature, plus douce, plus sentimentale, apte à défendre Tope, une jeune fille qui est l’objet de mauvais traitements de la part de ses condisciples. Quant à la troisième période, il s’agit d’un voyage à Lagos, effectué par Femi et sa mère, un voyage qui permet à Femi de découvrir ses racines et de rencontrer son père, un homme qui l’a abandonné, un pasteur immensément riche qui vit dans un petit palais avec une autre femme et deux enfants, Sade, une fille, et Ade, un fils.

Une crise d’identité

The last tree est un film qui demande une bonne attention de la part des spectateurs. En effet, des éléments importants se nichent parfois dans ce qui peut sembler être des détails. Certes, ce n’est pas le cas de la comparaison, très évidente, qu’on peut faire entre la vie heureuse et insouciante que Femi menait dans la campagne anglaise au début du film et celle qui devient la sienne lorsque sa mère le reprend auprès d’elle. Dans le Lincolnshire, bien qu’étant le seul noir du coin, il était parfaitement intégré par ses copains blancs au sein du « Clan des Loups ». A Londres, il n’est plus du tout le seul noir du coin et c’est cela qui est source de problèmes. En plus, l’ascenseur qui sent l’urine est loin d’avoir le charme des prairies campagnardes, fussent elles très boueuses. Quant à la présence de Yinka auprès de Femi, une mère qui cumule deux boulots, elle n’a pas la chaleur que communiquait Mary, une femme qui prend des enfants sous son aile « parce qu’ils la rendent fière ».

Il faut par contre être attentif pour réaliser ce que le réalisateur a voulu dire, concernant la crise d’identité que traverse Femi, au travers de la musique qu’il écoute au casque : alors qu’il écoute The Cure, proche de sa vraie nature, plutôt douce et calme, il prétend se passionner pour le rap, histoire d’afficher un côté « bad boy », un côté violent. Une crise d’identité qui le voit hésiter entre Mace, le dealer en chef, et Mr Williams, un professeur conscient des capacités de Femi pour les études. Alors que le film avance, trois figures féminines sont susceptibles d’influencer la vie future de Femi : Mary, qui l’a élevé et qu’il garde toujours dans son cœur ; Yinka, une mère qui s’est montrée maladroite avec lui, mais qu’il pourrait quand même aimer, d’autant plus s’il apprenait les problèmes, similaires aux siens, qu’elle a connus ; Tope, une jeune fille avec qui une éventuelle relation amoureuse pourrait l’amener à choisir son camp en le conduisant définitivement sur le bon chemin.

Une grande tension

Difficile de savoir ce qui est autobiographique et ce qui est pure fiction dans ce film de Shola Amoo. Un film qui est loin d’être le premier traitant des affres d’un adolescent partagé entre les études et la délinquance, le rejet de la famille et le lien affectif avec elle, la violence et un sentiment amoureux. Toutefois, The last tree a des particularités qui, dans ce domaine, en font un film à part. Bien sûr, le fait que la vie de Femi se passe sans aucune aspérité lorsqu’il est dans un environnement totalement blanc à la campagne et devient beaucoup plus difficile lorsqu’il est un noir parmi les noirs, place le film à part dans un pays où le communautarisme est important. Mais les qualités les plus notables de The last tree, ce sont la beauté des images et la tension presque permanente que ce film dégage. Cette tension, ce n’est pas à des effets plus ou moins artificiels qu’on la doit, bien au contraire : en toute simplicité, elle vient principalement d’une certaine lenteur calculée de la part du réalisateur et de , son Directeur de la photographie, qui privilégient des mouvements lents de la caméra lors des travellings ou lorsqu’elle tourne autour des personnages, grâce aussi à l’utilisation fréquente du grand angle et à l’utilisation particulière de la musique, arrivant le plus souvent brutalement après un passage sans aucune musique d’accompagnement. Aucun doute : Shola Amoo a les qualités pour devenir un grand réalisateur.

Même s’il parait un peu trop âgé pour interpréter le rôle de Femi dans la deuxième et la troisième partie du film, le film doit beaucoup à Sam Adewunmi et à la façon dont il arrive à dégager un mélange de violence rentrée et de douceur fragile. Dans une distribution très homogène, on remarque particulièrement , attachant dans le rôle de Femi jeune,  Nicholas Pinnock dans le rôle de Mr Williams, Gbemisola Ikumelo dans celui de Yinka, Denise Black, remarquable dans le rôle de Mary, et la jeune Ruhtxjiaïh Bèllènéa, interprète d’une grande sensibilité de Tope.

 

Conclusion

Grâce, en particulier, à la beauté des images et à la tension qui se dégage tout au long du film, The last tree arrive à surprendre le spectateur alors que l’histoire racontée n’est pas vraiment une nouveauté dans l’histoire du cinéma. A coup sûr, Shola Amoo est un réalisateur à suivre dans le futur.

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