Test Blu-ray : Le Salaire de la violence

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Le Salaire de la violence

États-Unis : 1958
Titre original : Gunman’s walk
Réalisation : Phil Karlson
Scénario : Frank S. Nugent
Acteurs : Van Heflin, Tab Hunter, Kathryn Grant
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h37
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 6 février 1959
Date de sortie DVD/BR : 1 juillet 2022

Lee Hackett, rancher brutal, à la limite de la violence, a deux fils qu’il essaie d’éduquer à son image. Il a pleinement réussi avec l’ainé d’entre eux, puisque ce dernier est accusé de meurtre. En revanche, le plus jeune prend le contrepied de son père, allant jusqu’à être attiré par la sœur de la victime. Pour Lee, les temps commencent à changer et les deux frères vont devoir s’opposer…

Le Film

[3,5/5]

« Complexe du fils indigne en perspective dans ce western, qui interroge pas sans habileté quelques codes de la virilité, encore d’actualité dans les années 1950. Le triangle aux doses de testostérone inégalement réparties, composé d’un père autoritaire et de ses deux fils, qui ne ressemble pas du tout à la progéniture qu’il espérait avoir, implose en effet sans ménagement dans Le Salaire de la violence. Les grands espaces, où l’opéra de chevaux célèbre généralement l’esprit pionnier, deviennent le terrain miné de reproches familiaux sans espoir de conciliation dans le film de Phil Karlson. Ce démontage en règle de tout ce qui faisait autrefois la fierté des pères de la nation américaine nous inciterait presque à tolérer le sexisme et le racisme, à l’œuvre pendant les premières minutes du film, quoique associés au personnage le plus ténébreux de l’intrigue.

Tab Hunter, le beau gosse de la génération de vos grands-parents, voire de vos arrière-grands-parents, dont le sourire désarmant faisait son petit effet dans des comédies romantiques des années 50 et 60 aujourd’hui largement tombées dans l’oubli, est exceptionnellement autorisé à jouer au dur à cuire sans scrupules ici. Un contre-emploi plutôt réussi, qui vaut de surcroît son pesant d’or, si l’on tient compte de la double vie de l’acteur, jeune premier et gendre idéal dans la vie publique, homosexuel fermement tenu dans le placard en privé. Or, son frère aîné à l’ambition criminelle immodérée, toujours en quête d’occasions afin de se mesurer à son père – un puissant baron fermier dont les mœurs n’ont pas su s’adapter à un style de vie aux angles plus arrondis – , n’est pas vraiment le personnage le plus complexe du film.

Son lourd bagage psychologique est en fait à peine moins élaboré que celui de son cadet, la brebis galeuse d’une famille ne jurant que par les armes et une pureté raciale et sociale fâcheusement rétrograde. James Darren, le futur chanteur de variété au physique diamétralement opposé à celui de Hunter, s’acquitte assez bien de ce rôle. Son personnage laisse présager l’Amérique de demain, plus ouverte d’esprit et paradoxalement plus adulte que celle qui l’a précédée. Avec Kathryn Grant en métisse indienne vaguement crédible, il forme le genre de couple qui aurait dû faire la différence. Son existence même restait hélas l’exception à l’époque de la production du film. Ce qui ne signifie guère que ce western, aussi solide que modeste d’un point de vue formel, aurait un quelconque cahier de charges progressiste à défendre.

Car le point crucial du récit est le père, cette figure par essence contradictoire, plus haïe qu’admirée par ses fils. Ceux-ci se montrent moins ingrats qu’étouffés par la stature hors pair de leur paternel. A son tour, le patriarche Hackett a du mal à cacher la déception qu’ils lui inspirent, chacun à sa façon. C’est l’éternelle histoire du relais entre générations qui échoue lamentablement. A cause du père qui ne donne qu’une forme factice de liberté à ses enfants. Et en raison de ces derniers, qui lui rendent mal son éducation maladroite, en mettant trop de temps à s’émanciper. Van Heflin se montre tout à fait à la hauteur de ce personnage plus grand que nature. Son sens du devoir et de l’honneur devra passer par l’épreuve ultime d’un parent, avant de pouvoir prétendre à la rédemption. Un propos étonnamment radical pour une simple production de studio hollywoodien de cette époque-là, sinon globalement acquise au consensus bourgeois ! »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Tobias Dunschen. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien !

Le Blu-ray

[4/5]

C’est à Sidonis Calysta que nous devons le plaisir de redécouvrir Le Salaire de la violence sur support Blu-ray. Le master encodé en 1080p et format 1.66:1 respecté n’est certes pas irréprochable (quelques poussières et autres griffes subsistent), mais le piqué, les couleurs et les contrastes s’en voient très nettement améliorés, et le grain argentique d’origine ne semble pas avoir trop souffert de la restauration. Certains plans sont plus doux que d’autres, on dénote toujours par ci par là un peu de bruit vidéo, mais l’ensemble est bien tenu, c’est globalement tout à fait réussi. Côté son, VF et VO anglaise sont proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, la version française s’avérant un peu plus étouffée que sa grande sœur anglaise, avec un léger souffle persistant, mais rien de dramatique là non plus.

Dans la section suppléments, comme à son habitude, l’éditeur français nous propose tout d’abord de retrouver deux sujets assurés par les spécialistes de la collection « Western de légende », tous deux hérités du DVD du film sorti en 2010. Très complète, la présentation du film par Bertrand Tavernier (25 minutes) reviendra sur le talent du réalisateur Phil Karlson, sur les acteurs Tab Hunter et Van Heflin, ainsi que sur les différentes thématiques qui émaillent le film. En comparaison, la présentation du film par Patrick Brion (6 minutes) fait vraiment office d’improvisation un peu légère ; il abordera néanmoins l’aspect psychologique de l’intrigue, la fin du film ainsi que les autres films de Phil Karlson. Mais pour la sortie du Salaire de la violence en Blu-ray, Sidonis Calysta nous offre également un peu d’inédit, avec une présentation du film par Jean-François Giré (20 minutes) qui s’avérera assez complète : le critique y abordera le cinéma de Phil Karlson, les acteurs (Van Heflin notamment), mais également l’intrigue, la psychologie des personnages ou encore la musique de George Duning.

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