Test Blu-ray : Le Manoir des fantasmes

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Le Manoir des fantasmes

Royaume-Uni : 1973
Titre original : Dark places
Réalisateur : Don Sharp
Scénario : James Hannah Jr, Don Sharp
Acteurs : Christopher Lee, Joan Collins, Herbert Lom
Éditeur : ESC Éditions
Durée : 1h31
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 31 octobre 1979
Date de sortie Blu-ray : 10 mai 2023

Un couple d’escrocs pense pouvoir retrouver l’argent caché dans une vieille maison. Malheureusement, cette dernière est hantée…

Le film

[3,5/5]

Avec son histoire de magot caché, de folie galopante et de manoir pseudo-hanté, Le Manoir des fantasmes évoque fortement les whodunits britanniques dérivés, dans les années 60, du succès de Psychose et des Diaboliques. On veut bien sûr parler de ces films de « machination » extrêmement psychologiques au cœur desquels la folie et les fantômes d’un passé trouble ne sont jamais très loin. La Hammer notamment avait largement utilisé ces intrigues « à la Daphné Du Maurier » ou « à la Boileau-Narcejac » dans des films tels que Hurler de peur (1961), Paranoïaque (1963), Maniac (1963), Meurtre par procuration (1964), Confession à un cadavre (1965), Hysteria (1965) ou encore Fanatic (1965), délaissant pour un temps les artifices formels du cinéma gothique pour se concentrer sur des intrigues contemporaines mettant en scène des machinations diaboliques orchestrées comme de véritables plongées au cœur des tourments de la folie humaine.

S’il s’agit d’un film assez solide et tout à fait intéressant, Le Manoir des fantasmes a probablement beaucoup souffert de sa mise en chantier tardive, presque anachronique : le cinéma fantastique avait subi de nombreuses mutations en l’espace de dix ans, et le film de Don Sharp se retrouvait dès lors en concurrence directe avec des films plus modernes dans leur approche du genre, tels que L’Exorciste (1973) ou Massacre à la tronçonneuse (1974). Ce décalage vis-à-vis de l’époque à laquelle il a été tourné fait sans aucun doute du Manoir des fantasmes un film dont on percevra mieux les qualités avec plusieurs décennies de recul.

En dépit de la présence au casting de plusieurs acteurs renommés (Christopher Lee, Joan Collins, Herbert Lom ou encore une toute jeune Jane Birkin), Le Manoir des fantasmes est principalement porté par la performance de Robert Hardy, un habitué de la Hammer, qui interprète un intéressant double-rôle, les deux personnages qu’il incarne à l’écran – Edward Foster et Andrew Marr – évoluant à des époques différentes. Le premier acte de cette histoire à tiroirs verra le personnage de Foster hériter d’un manoir délabré et réputé hanté, mais au cœur duquel on soupçonne l’existence d’un « magot » caché par l’ancien propriétaire des lieux, Andrew Marr.

La première scène, et les circonstances au cours desquelles Foster a hérité des lieux, seront par la suite l’objet d’une habile remise en contexte, qui dirigera finalement le spectateur vers un deuxième puis un troisième acte versant de plus en plus dans la folie. Aux commandes de ce récit passant sans prévenir d’une époque à une autre, Don Sharp parvient avec beaucoup d’habileté à télescoper les deux identités de Robert Hardy, si bien que les différents flashbacks qui s’enchaînent tout au long de l’intrigue du Manoir des fantasmes prendront rapidement des allures de crise identitaire pour le personnage principal, qui perd peu à peu pied avec la réalité.

Le Manoir des fantasmes rajoute cependant une dimension supplémentaire à l’intrigue principale suivant la dérive mentale d’Edward Foster. En effet, une poignée de notables véreux bien décidés à mettre la main sur le trésor caché dans la maison opéreront dans l’ombre pour tenter de précipiter le départ de cet intrus, voire même d’orchestrer sa chute dans la démence. L’ancien médecin d’Andrew Marr, Ian Mandeville (Christopher Lee), accompagné de sa sœur Sarah (Joan Collins) avec qui il semble entretenir des relations troubles, ne reculeront devant aucune manœuvre pour retrouver le magot, tout comme Prescott (Herbert Lom), le notaire, qui semble vouloir utiliser des recours légaux et/ou administratifs pour récupérer le manoir et les secrets qu’il renferme. Bien sûr, la folie et/ou la possession croissante de Foster se mêlera aux manigances des Mandeville et de Prescott, ce qui nous mènera bon gré mal gré à un final haut en couleurs, et achèvera de faire de ce Manoir des fantasmes une redécouverte tout à fait sympathique, à réhabiliter au plus vite.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Manoir des fantasmes vient donc d’arriver sur les linéaires de vos meilleurs dealers de culture, sous les couleurs d’ESC Éditions, qui enrichit avec ce titre sa collection « British Terrors » initiée à l’automne 2018. Comme d’habitude, côté master, le rendu Haute Définition proposé par ce Blu-ray du film de Don Sharp est excellent, doté d’une parfaite stabilité et d’une propreté surprenante, le tout nous offrant un niveau de détail que nous n’attendions pas pour une production aussi rare et méconnue. Le piqué est précis, les couleurs ravivées, les noirs denses et les contrastes fermes, même si on pourra déplorer une pixellisation occasionnelle sur les surfaces sombres. La granulation a été préservée, et sied par ailleurs parfaitement au côté forcément old school de l’ensemble. Côté son, le film est proposé en VF / VO et DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine). Le rendu acoustique est net, clair et précis, et propose un bon équilibre entre la musique, les voix et les effets sonores.

Dans la section suppléments, on notera la présence d’un commentaire audio de Nathaniel Thompson et Troy Howarth, spécialistes du cinéma d’horreur (VOST). On trouvera ensuite une présentation du film par Nicolas Stanzick (22 minutes), au cœur de laquelle il replacera Le Manoir des fantasmes dans son contexte de production tardif et évoquera les qualités et les défauts du film. On continuera avec Nicolas Stanzick pour un intéressant retour sur la carrière de Don Sharp (11 minutes), puis on enchaînera avec un entretien avec Jonathan Rigby (24 minutes), auteur du livre « Christopher Lee: The Authorised Screen History » (Reynolds & Hearn, 2001) qui reviendra – imitations à l’appui – sur ses différentes rencontres avec Christopher Lee. On terminera enfin avec une poignée de bandes-annonces.

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