Test Blu-ray : La poursuite implacable

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Italie, France, Allemagne : 1973
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h51
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie cinéma : 2 octobre 1974
Date de sortie DVD/BR : 28 mars 2019

 

Anna, l’épouse de Cipriani, vice-directeur de la prison de Milan, est kidnappée. Pour la retrouver, Cipriani doit faire s’évader le voyou Milo Ruiz. Il s’exécute mais réalise bientôt que Ruiz et lui-même ne sont que des pions dans un vaste complot qui mêle intérêts politiques et forces de police autour d’un attentat contre un magnat du pétrole…

 


 

Le film

[4,5/5]

On ne se lassera jamais de répéter à quel point le cinéma de , quasiment inconnu en France, mériterait d’être apprécié / réévalué à sa véritable valeur. Fier et intelligent artisan du cinéma populaire italien des années 60 / 70, le cinéaste est de nos jours surtout connu pour les trois westerns spaghetti qu’il a réalisé et qui l’ont imposé, avec les deux autres Sergio (Leone bien sûr et Corbucci), comme l’un des trois plus grands réalisateurs de westerns de l’époque. Mais le talent de Sollima ne s’arrêtait pas uniquement au western, et l’a bien compris, puisque l’éditeur français nous propose aujourd’hui de découvrir dans un superbe Digibook contenant le film en Blu-ray et en DVD accompagné d’un très intéressant livret.

Au début des années 70 en Italie, le western ne remplit plus les salles : les événements sociaux et culturels de la fin des années 60 lui ont donné un « coup de vieux », et le public se tourne plus volontiers vers d’autres genres du cinéma d’exploitation, plus contemporains et plus politisés, tels que le « polizziotesco » ou néo-polar italien, également connu sous le nom de polar bis italien. Encore assez peu connu en France (malheureusement, bien peu de néo-polars italiens ont été à ce jour édités en DVD), ce genre volontiers extrêmement violent, putassier et démagogique s’attachait à relater sur un ton noir et sans concessions des faits divers sanglants, le plus souvent traités de façon outrancière. En effet, les flics y étaient montrés comme de véritables cowboys, solitaires et adeptes de la loi du talion, tandis que les truands prenaient souvent des allures de salopards intégraux, dont la plus infime trace de valeur morale avait été réduite à néant par des années de soumission à la société capitaliste. Politiquement, ces films au demeurant le plus souvent absolument jouissifs jusque dans leurs excès – violence, gore, nudité, usage de drogues, viols, rackets, homophobie – s’avèrent difficiles à cerner : le néo-polar propose en effet une vision de la société italienne de l’époque en totale déliquescence sociale et morale, corrompue par la lutte des classes et sans juste milieu entre une bourgeoisie insouciante (et forcément décadente) et le reste de la population, obligé de survivre dans la misère. Parfois considéré comme un cinéma à tendance anarchiste, ou à contrario fasciste, voire « je-m’en-foutiste » ou apolitique, le néo-polar véhicule tout un tas d’idées contradictoires, issues de la gauche comme de la droite. Le mieux est sans doute d’y voir un cinéma de « personnages », de pur divertissement, sans se soucier du discours sous-jacent : ainsi, les personnages peuplant le genre sont le plus souvent de parfaits anti-héros, inadaptés au système et à leur époque, racistes, homophobes, et même parfois ouvertement bas de plafond, voire même parfaitement antipathiques.

Si le polizziotesco demeurait un genre très populaire, dominé par l’action et peu enclin à s’attarder sur la psychologie de ses personnages, on verra également apparaître à cette époque une série de films politiques, ouvertement contestataires, destinés à faire bouger les choses et les mentalités, dans le sens où ils mettent en scène des machinations ou des manipulations destinées à sauvegarder le système en place, et parfois même à opprimer le peuple : on pense forcément à des films tels que Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Elio Petri, 1970), à Confession d’un commissaire de police au procureur de la république (Damiano Damiani, 1971) ou encore à Chronique d’un homicide (Mauro Bolognini, 1972).

se situe à la croisée des chemins entre ces deux genres, et parvient même à ajouter une troisième influence au cœur de son film : celle du western. Ou plus exactement de « sa » conception du western, puisque le film de 1973 reprendra le schéma narratif au centre de et du Dernier face à face, les deux plus célèbres de ses trois glorieuses contributions aux grandes heures du spagh’. En effet, mettra à nouveau en scène deux personnages de classes et de cultures différentes qui seront obligées de coopérer et de se découvrir l’un l’autre : l’occasion pour les deux personnages de comprendre une morale et des valeurs qui leur sont étrangères, et qui les pousseront à remettre les leurs en perspective. Et si les personnages ont chacun leur propre conception de la liberté, ils se rejoindront finalement sur le terrain de l’amitié – une façon pour de placer la notion d’individualité et de « sentiment » dans un système social aliénant, au cœur duquel les mondes de la pègre et de la politique ont fini par converger, et ne représentent plus au final que les deux faces d’une seule et même pièce. Sombre, amer et désespéré, s’impose comme le constat d’échec de toute une génération ayant cru aux utopies et aux idéaux sociaux brandis comme des étendards à travers le monde entier à la fin des années 60 : ce film post-soixante-huitard marque la déception et la résignation face à la victoire sur l’homme d’une société corrompue, gangrénée, dont les institutions ne sont plus garantes de la justice et de la morale.

Rabaissés au statut de simples « pions » au cœur d’une machination qui les dépasse complètement, les personnages campés par et – tous deux absolument parfaits – se découvriront donc au final plus de points communs qu’ils ne l’imaginaient : profondément humains, jusque dans leurs faiblesses les plus intimes, ils composent une des grandes forces du film de . L’autre grande qualité de bien sûr, c’est son statut unique, à mi-chemin entre le brûlot politique et le pur cinéma de divertissement. On est en effet bien loin de l’assommant « pensum » intellectuel et politisé que l’on aurait pu redouter : le film de Sollima est vif, nerveux, jamais ennuyeux et propose de jolis et réguliers moments de bravoure, rythmés par l’entêtante musique d’Ennio Morricone. Une sacrée réussite.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

Disponible dès aujourd’hui chez tous vos dealers de culture sous les couleurs de , débarque dans un superbe Combo Blu-ray + DVD + Livret de 24 pages prouvant une fois de plus que l’éditeur français est bien déterminé afin de fournir au consommateur des éditions qui soient également de « beaux objets » de collection. Le film de se voit donc accompagné d’un luxueux livret rédigé par Émilie Cauquy (Cinémathèque Française), bourré d’informations passionnantes sur le tournage du film.

Côté Blu-ray, la copie de ces est d’excellente tenue, avec un grain cinéma parfaitement respecté, des couleurs fidèles aux teintes d’origine et des contrastes finement travaillés. La restauration a fait place nette des tâches, rayures et autres griffes disgracieuses, et propose une image très stable, avec néanmoins quelques fourmillements discrets sur certaines séquences. Côté son, l’éditeur nous propose VF et VO en DTS-HD Master Audio 1.0 mono, sans souffle ni bruits parasites. Les dialogues sont parfaitement clairs, on appréciera la VF d’époque un brin surannée et les sous-titres ne souffrent d’aucun problème particulier.

Côté suppléments, l’éditeur ne se sépare pas de ses excellentes habitudes, avec la traditionnelle bande-annonce du film, qui s’accompagnera d’une captivante présentation du film signée Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque française («  et le néo-polar », 26 minutes), qui s’efforcera de mettre en parallèle la carrière de et l’évolution de la société italienne des années 60/70. Bien vu, complet et très intéressant !

 

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