Test Blu-ray : Furia

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Furia

France : 2000
Titre original : –
Réalisateur : Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja, Grégory Levasseur
Acteurs : Stanislas Merhar, Marion Cotillard, Wadeck Stanczak
Éditeur : ESC Éditions
Durée : 1h39
Genre : Science-fiction, Thriller
Date de sortie cinéma : 9 août 2000
Date de sortie DVD/BR : 1 décembre 2021

Dans une civilisation dévastée par une guerre passée, un univers sans liberté où écrire sur les murs conduit à la torture et la mort, Théo, 20 ans, sort dans les rues chaque nuit pour dessiner. Une nuit, il rencontre Elia, une jeune fille qui dessine elle aussi. Commence alors, au rythme des dessins, une étrange histoire d’amour…

Le film

[3,5/5]

Malgré l’immense popularité du duo Alexandre Aja / Gregory Levasseur après le choc thermique provoqué par la découverte de Haute tension en 2003, puis par son puissant remake de La colline a des yeux en 2006, les premiers films écrits et réalisés par le duo n’avaient pas tous connu les honneurs d’une sortie au format Haute-Définition en France. Un peu plus de dix ans après Piranha 3D, la « hype » autour d’Alexandre Aja et Gregory Levasseur étant considérablement retombée, le public français s’était fait une raison, se lamentant secrètement de devoir passer par la case « Import » ou par la dématérialisation pour pouvoir revoir des films tels que Furia, Haute tension et Deuxième sous-sol en Haute-Définition.

C’était sans compter sur le flair et l’audace éditoriale d’ESC Éditions, grand défenseur du cinéma de genre made in France, qui a surpris tout le monde début décembre en sortant Furia, le premier long-métrage d’Alexandre Aja, au format Blu-ray, rendant enfin un hommage mérité à la réussite et à l’ambition de ce qui s’impose aujourd’hui clairement comme une œuvre de jeunesse. Car Furia a bel et bien été réalisé par Alexandre Aja alors que celui-ci n’avait que 20 ans. Soit un âge auquel tous les étudiants en cinéma se contentent soit de rêver d’un poste de stagiaire en bédave sur les bancs de la fac, soit de se mettre minable en boite avant de bégère tripes z’et boyaux. Un long-métrage « pro » à 20 ans, c’est un exploit que même les prodiges Stanley Kubrick et Steven Spielberg n’ont pas réussi à réaliser. C’est juste incroyable.

De fait, Furia ne constitue certainement pas la claque formelle de Haute tension, et ça serait mentir que d’affirmer que le premier film d’Alexandre Aja est parfait. Cependant, il dénote déjà d’un certain talent de technicien autant que de conteur. L’histoire joue la carte de l’anticipation post-nuke en mode no budget, et a pour cadre un monde où les libertés d’expression sont tellement réduites que même le fait de dessiner est sévèrement réprimé par les autorités : exprimer ses idées ou peindre sur les murs est considéré comme un crime grave. Cette intrigue, emprunte d’un certain romantisme révolutionnaire (typique de la jeunesse !), est inspirée d’une nouvelle de Julio Cortázar, et permet à Alexandre Aja et son compère de toujours Gregory Levasseur de se concentrer sur les personnages plutôt que sur leur décor, qui, aussi soigné soit-il, ne constitue pas le cœur du métrage.

Furia pourra donc se résumer en quelques phrases : Théo peint. Théo rencontre Elia. Elia change Théo, et ce changement se reflète dans ses dessins. Elia disparaît… Porté par les prestations enfiévrées de Stanislas Merhar et Marion Cotillard, le film d’Alexandre Aja ne joue pas la carte de l’action frénétique, et prend le temps, en flânant au plus près de ses personnages, d’explorer ce monde décadent en mode détendu, sans jamais trop s’éloigner de son sujet. Tourné au Maroc, Furia impose des paysages variés et étonnants, qui donnent l’impression que le film pourrait se dérouler n’importe où. Cette universalité, probablement recherchée par Alexandre Aja, est profondément liée à l’humanité du film, au fait que ses personnages existent à l’écran, ce qui permettra au spectateur de ne jamais trouver le temps long.

Probablement conscient des limites de son budget, et de la retenue technique dont il devrait faire preuve avec ce premier film, Alexandre Aja s’était entouré sur Furia d’un grand professionnel de l’image en la personne du directeur photo Gerry Fisher, collaborateur régulier de Joseph Losey et véritable légende dans son domaine, que le cinéaste avait rencontré l’année précédente sur le plateau de K réalisé par son père Alexandre Arcady. Fisher contribuera grandement, par son expérience, à donner à Furia le cachet visuel rugueux et brut de décoffrage qui en fait une expérience passionnante, quasi-hypnotique. Le travail sur les couleurs est remarquable, et le talent d’Alexandre Aja pour les compositions de plans fait le reste. Parvenir ainsi à adapter sa vision aux limites de son budget est sans doute le signe qu’Aja et Levasseur avaient su s’entourer des meilleurs.

La tonalité et l’humeur de l’image (teints ocres, granulation accentuée…) s’adaptent parfaitement au thème et à l’ambiance de l’histoire, et Alexandre Aja développait déjà un sens de l’image acéré. Pour autant, et comme on le disait en préambule, Furia n’en demeure pas moins un film de jeunesse, avec ce que cela implique de défauts techniques et narratifs : on ne s’y ennuie pas, mais rien ne parvient non plus à nous saisir, à nous interpeller, à nous communiquer le sentiment d’urgence qui aurait été nécessaire à une immersion totale. Pour autant, le talent à venir d’Alexandre Aja est déjà clairement perceptible au cœur de Furia. A (re)découvrir donc !

Le Blu-ray

[4/5]

Plus de vingt ans après sa (discrète) sortie dans les salles, Furia vient donc d’arriver sur support Blu-ray sous les couleurs d’ESC Éditions, et le film s’offre une galette en tous points remarquable. L’image extrêmement granuleuse du film est respectée à la lettre, la définition et les contrastes sont solides et les couleurs affichent une pêche assez admirable. Rien à dire non plus sur le rendu des noirs, très profonds. Du beau travail technique, que l’on retrouvera également côté son, le film étant proposé dans un puissant mixage DTS-HD Master Audio 2.0, très efficace dans sa restitution vigoureuse des scènes d’action. Le rendu acoustique est à l’image du film : brut de décoffrage, chargé d’effets et de sons lourds, tout en laissant une jolie place à la musique de Brian May. Bref, dans le genre, ça se défend bien, et cela dénote d’une post-production soignée, peut-être afin de masquer le plus possible le manque de budget.

Du côté des bonus, outre la traditionnelle bande-annonce du film, on trouvera un passionnant entretien avec le réalisateur Alexandre Aja (34 minutes), au cœur duquel le cinéaste reviendra sur ses débuts ainsi que sur le tournage et la sortie de Furia. Honnête et sans langue de bois, il reviendra dans un premier temps sur son adolescence et son amitié de toujours avec Gregory Levasseur. Il expliquera que l’idée du film est venu de leur découverte, au lycée, d’une nouvelle de Julio Cortázar qu’ils avaient étudié, et qu’ils avaient l’idée d’adapter sous forme de moyen-métrage. Ils y ont ensuite ajouté un background au personnage d’Elia, de façon à « gonfler » la durée du film. Un peu plus de vingt ans après la sortie du film, Aja semble toujours éprouver une tendresse particulière vis-à-vis de Furia : s’il le referait complètement différemment aujourd’hui, il reconnaît dans son film « les erreurs et les qualités de la jeunesse ». Dans la deuxième partie de l’entretien, le cinéaste abordera toutes les facettes de son œuvre : de l’influence du directeur photo Gerry Fisher aux décors, en passant par la direction d’acteurs (qu’il a l’impression d’avoir négligé), la musique de Brian May ou le montage (à la base, le film était construit « façon puzzle » et non de façon linéaire), tous les aspects techniques de Furia seront abordés dans le détail. Enfin, il terminera en évoquant l’exploitation et le naufrage du film au box-office : lâché par son distributeur, refusé à Cannes, en sélection officielle et à la Quinzaine (les responsables de la sélection sont restés une Quinzaine… de minutes devant le film avant de quitter la salle), le film sortirait finalement dans un circuit de salles très restreint, ce qui donnerait à Alexandre Aja et à son compère Gregory Levasseur un sentiment d’échec assez cuisant, dont ils mettraient quelque temps à se relever.

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