Test Blu-ray : Fanfan la tulipe

0
711

Fanfan la tulipe

France, Italie : 1952
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , , Henri Jeanson
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h40
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 30 mars 1952
Date de sortie DVD/BR : 9 avril 2021

Le sergent recruteur “La franchise” sillonnait la Normandie accompagné de sa fille, la belle Adeline, afin de recruter de nouveaux soldats prêts à aller mourir sur les champs de bataille du roi Louis XV. La tâche s’avérant de plus en plus difficile, ce racoleur avait mis au point un fin stratagème. Adeline, déguisée en bohémienne, arrêtait d’un sourire les garçons et lisait dans leur main une incroyable destinée : ils seraient les meilleurs soldats du royaume et épouseraient l’une des filles du roi. Fanfan la Tulipe, un jeune coq de village, passa par là..

Le film

[5/5]

Joyau impérissable du cinéma populaire, à la fois drôle et spectaculaire, Fanfan la tulipe a rencontré un tel succès lors de sa sortie en 1952 qu’il a permis à et de devenir deux des personnalités incontournables du cinéma français des années 50. Du haut de ses presque sept millions de spectateurs, Fanfan la tulipe est ainsi devenu une référence instantanée, le « mètre-étalon » du cinéma d’aventures à la Française.

En effet, et son équipe sont parvenus, en l’espace d’un film, à imposer ce qui deviendrait un véritable « modèle » en termes de cinéma de divertissement. En effet, pendant presque vingt ans, le film de serait copié à d’innombrables reprises en France et en Europe, contribuant à sa manière au bonheur de plusieurs générations de cinéphiles s’évadant par le biais de leurs cinémas de quartier tout au long des années 50 et 60.

Bref, Fanfan la tulipe est une véritable référence, qui n’acquit pas son prestige avec le temps comme le font d’autres films, mais qui fut immédiatement reconnue pour ses qualités à travers le monde – il s’agit d’ailleurs du premier film français à avoir été doublé en chinois ! Tourné à une époque où les plus prestigieuses distinctions honorifiques du cinéma étaient également accordées au cinéma populaire, Fanfan la tulipe a par ailleurs obtenu plusieurs récompenses en 1952 : prix de la mise en scène pour au Festival de Cannes 1952, et Ours d’argent au Festival de Berlin.

Et que dire 70 ans plus tard, si ce n’est que cet engouement unanime était parfaitement justifié ? Si on aborde Fanfan la tulipe par le prisme technique, on ne peut en effet que s’esbaudir devant l’énergie déployée par , qui a non seulement soigné la direction artistique de son film, mais a également réalisé un véritable tour de force visuel, déployant une mise en scène énergique renforcée par un sens du cadre étonnant et des placements de caméra d’une précision redoutable.

Véritable modèle de mise en scène, Fanfan la tulipe a développé une influence couvrant plusieurs décennies, dont on retrouvera les inspirations formelles jusque dans le cinéma d’un Sergio Leone à la fin des années 60, ou même d’un Jackie Chan dans les années 80. La plupart des séquences de Fanfan la tulipe sont couvertes sous des angles intéressants du point de vue de la narration par l’image pure, et chaque plan est parfaitement cadré et composé.

s’offre également une poignée de mouvements de caméra absolument splendides, tels que ce travelling en contrebas introduisant le personnage d’Adeline () est ainsi une merveille de fluidité. Les décors, naturels ou reconstitués en studio, sont tout aussi impressionnants, de même que les costumes du film, qui dénotent d’un réel sens du détail. Enfin, comment oublier la bande originale signée Maurice Thiriet et Georges van Parys ? Trente ans après avoir vu le film, vous vous surprendrez encore régulièrement à fredonner « En avant Fanfan la tulipe, en avant Fanfan en avant »…

Comédie d’aventures légère, aux accents doucement romantiques, Fanfan la tulipe enchaîne donc dans le moindre temps mort les scènes comiques, dramatiques et les scènes d’action enlevées et excitantes. Les combats à l’épée ne sont certes pas du dernier réalisme, mais sont en adéquation avec la tonalité du film, emprunte d’exotisme de bande dessinée. Dans sa dernière ligne droite, le film vire même carrément au slapstick, multipliant les courses-poursuites et les bagarres en mode bon enfant.

Pour autant, et au-delà de sa dimension ouvertement fantaisiste, Fanfan la tulipe possède également une petite dimension critique, voire même politique. Ainsi, le roi Louis XV (« Monsieur Quinze ») et son penchant pour la guerre y sont largement tournés en ridicule. Son état major, constitué d’officiers de haut rang et de tacticiens à la petite semaine sont également largement moqués, le film ne cessant et dès ses premières minutes (par l’intermédiaire de sa voix off), de dénoncer l’absurdité de la guerre, et son coût en termes de vies humaines.

Du côté des acteurs, impossible de ne pas citer la performance tout en décontraction de , à la fois charmant et plein de malice. Artiste complet, il affichait non seulement un sourire ravageur et un jeu simple et naturel, mais également de solides dispositions athlétiques. A ses côtés bien sûr, il faut également saluer la présence à l’écran de qui, même si elle était doublée, parvenait à imposer une expressivité remarquable, alliée à une certaine grâce naturelle : sa prestation est convaincante.

On citera aussi d’excellents seconds-rôles, parmi lesquels Nerio Bernardi (La Franchise), l’amusant Olivier Hussenot (Tranche-Montagne) ou encore le toujours excellent Noël Roquevert (Fier-à-bras). Pour l’anecdote, Noël Roquevert reprendrait un rôle très similaire à celui qu’il incarne ici dix ans plus tard dans le très réussi Cartouche, qui comporte de très nombreuses similitudes avec le film de et s’avère incontestablement comme un des enfants illégitimes de Fanfan la tulipe.

Bref, avec Fanfan la tulipe, parvenait à livrer au spectateur un mélange extrêmement divertissant d’aventures, de comédie et de romance. Impeccablement réalisé, donnant à voir au spectateur des décors somptueux et des scènes de combats chorégraphiées de main de maître, le film possède suffisamment de qualités et d’énergies pour réunir à la fois petits et grands devant l’écran. Un classique intemporel du cinéma populaire français !

La collection « La séance »

Depuis l’automne 2018, l’éditeur propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire, en peu de temps, une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier. Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas de Fanfan la tulipe, il s’agit d’une restauration 4K réalisée par TF1 Studio avec la participation du CNC, de et d’OCS.

La septième vague de la collection « La séance » sera disponible à partir du 9 avril 2021 chez tous vos dealers de culture habituels. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 43 titres. Les six films de cette « nouvelle vague » sont donc Souvenirs perdus (, 1950), Fanfan la tulipe (, 1952), Brelan d’as (Henri Verneuil, 1952), Les grandes manœuvres (, 1955), La poudre d’escampette (, 1971) et (, 1973). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

C’est donc à que nous devons l’immense plaisir de redécouvrir Fanfan la tulipe sur support Blu-ray, et dans un nouveau master 4K absolument flamboyant. Le master encodé en 1080p et format 1.37 :1 respecté est en effet quasiment irréprochable. Le piqué et les contrastes retrouvent une nouvelle jeunesse, tout en respectant scrupuleusement le grain argentique d’origine. Certains plans sont plus doux que d’autres, mais cela est dû aux conditions de tournage en elles-mêmes – on ne va pas chipoter, le rendu Haute-Définition est inespéré, c’est une totale redécouverte. Niveau son, le film de est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, et s’avère tout aussi éblouissante d’un point de vue acoustique que du côté de l’image.

Dans la section suppléments, l’éditeur nous propose, outre la traditionnelle et inévitable bande-annonce du film, de reconstituer chez soi l’intégralité d’une séance de cinéma d’époque. On commencera donc avec les Actualités Pathé de la 13ème semaine de l’année 1952 (10 minutes). Une fois n’est pas coutume, la moitié du journal de la semaine sera constituée de brèves sportives : le rugby avec le tournoi des Nations opposant la France au Pays de Galles, le vélo avec le Milan – San Remo, la découverte du Karaté au Japon (avec le fameux cassage de briques à mains nues), le patin à roulettes avec un ballet acrobatique « sur roulement à billes » et enfin la corrida. On continuera ensuite avec quelques nouvelles du monde : l’exode de Tignes après son engloutissement par les eaux au mois de mars 1952, la guerre en Malaisie et les expérimentations américaines concernant une nouvelle arme à base de bidons de napalm, dont on entendrait beaucoup parler durant la guerre du Viet Nam à venir. Enfin, un amusant micro-trottoir reviendra sur l’expérience Piney de « Défense du Franc », visant à baisser les prix afin d’augmenter le pouvoir d’achat.

Après la bande-annonce de Brelan d’as (dont nous venons d’évoquer la sortie dans nos colonnes), l’éditeur nous propose de continuer notre immersion dans le passé avec une page de réclames publicitaires de cette année 1952 (9 minutes). On y trouvera tout d’abord les incontournables esquimaux Gervais, puis on retrouvera le personnage de mademoiselle Dentblanche, cette fois en visite au cirque, pour le Super Dentifrice Colgate. Un petit tour du côté de chez Toulouse-Stylos, puis la marque Thomson vous présentera ses quatre « valets » : frigo, cuisinière, fer à repasser et une très étrange machine à laver, au design fort éloigné de celles que nous utilisons 70 ans plus tard. On continuera avec le gel Vitabrill, la margarine Astra et les meubles Couret (« le spécialiste du meuble de bon goût »). Enfin, Clair-éclat proposera aux dames de retrouver les « cheveux de leurs seize ans ». Tout un programme !

On notera également la présence en supplément d’une version colorisée de Fanfan la tulipe, proposée en définition standard. Si elle demeure clairement anecdotique, cette version est le vestige d’une époque pas si lointaine où de nombreux classiques du cinéma populaire s’étaient vus colorisés pour des rediffusions à la TV. Techniquement, le travail est honorable, les costumes et les décors profitent globalement du ravalement de façade ; en revanche, les tons de peau tirent tous sur l’orange. Si la colorisation n’a plus le vent en poupe de nos jours (on aurait même tendance à dire qu’elle dénature en partie l’œuvre originale), il n’y a en revanche pas à douter que les résultats que l’on obtiendrait aujourd’hui seraient bien supérieurs.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici