Test Blu-ray : Dr Jekyll et Sister Hyde

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Royaume-Uni : 1971
Titre original : Dr. Jekyll and Sister Hyde
Réalisation :
Scénario : Brian Clemens
Acteurs : , Martine Beswick, Gerald Sim
Éditeur :
Durée : 1h37
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 11 juin 1975
Date de sortie DVD/BR : 30 novembre 2020

Londres, 1888. Le jeune Docteur Jekyll poursuit ses recherches sur une potion qui prolongera la vie. Essayant la potion sur lui-même, il s’aperçoit avec horreur et consternation qu’il s’est transformé en une belle jeune femme : ainsi naît Sister Hyde. Jekyll décide qu’il lui faut ravir une vie humaine pour faire avancer ses recherches. Il arpente les rues à la recherche de ses victimes potentielles…

Le film

[4/5]

La figure du scientifique qui se transforme en monstre est un grand classique du cinéma de genre, notamment par le biais des différentes adaptations au fil du temps de l’histoire imaginée par . Le mythe de Docteur Jekyll et Mister Hyde sur les deux faces d’une même personnalité s’est inscrit, au moins depuis les débuts du cinéma parlant, dans le catalogue des craintes collectives, mis à jour successivement par les soins de Rouben Mamoulian, Victor Fleming ou encore Jean Renoir. Cette version-ci, produite par la au début des années 1970, se distingue par son jeu habile sur la question des identités masculine et féminine. Et c’est même cette réflexion plutôt avare en préjugés qui lui assure une certaine modernité de nos jours, quand la perception des attributs propres à l’homme ou à la femme a grandement évolué. Sinon, le film de est un conte d’épouvante aussi sobre qu’efficace, sans signe particulier de distinction.

Lui et elle

La transformation d’homme en femme et inversement a pendant longtemps été une source d’humour passablement graveleux au cinéma. Même dans les films les plus délicats de ce point de vue-là, qui voyaient des réalisateurs de la trempe de Billy Wilder (Certains l’aiment chaud) ou Blake Edwards (Dans la peau d’une blonde) s’amuser avec des travestissements plus ou moins définitifs, un ton railleur prévaut qui n’incite guère à prendre au sérieux cette question de mœurs et de moralité. Dans Docteur Jekyll et Sister Hyde, le trouble s’installe davantage du côté de la sensualité, plus ou moins bien assumée selon les changements de sexe cycliques. Le va-et-vient entre l’homme, complètement absorbé par son travail et par conséquent assez indifférent aux avances de la voisine du dessus, et la femme, mettant au contraire en valeur son corps qui lui sert d’arme de séduction massive, instaure ainsi le climat d’un érotisme à peine jouissif. A aucun moment, le personnage principal n’a en effet le droit de s’adonner aux plaisirs de la chair, puisque sa mauvaise conscience caricaturale le rappelle régulièrement à l’ordre. Au lieu d’élargir cette contradiction des désirs et des fantasmes vers le champ d’une sexualité débridée, le scénario préfère privilégier le revirement psychologique vers une concurrence meurtrière qui borde à l’autodestruction et qui se solde, sans surprise, par la mort.

L’Angleterre selon son studio le plus mythique

Si le fond de ce film d’épouvante britannique se prête donc à une étude stimulante sur la représentation de genres sexuels en pleine fluctuation, sa forme se montre tout de suite plus sage et conventionnelle. Le décor de la ville de Londres plongée dans un brouillard épais participe ainsi autant à cette impression d’un classicisme un peu poussiéreux que les transitions narratives dans le temps, pratiquement toutes agencées de la même façon. Les gueules effrayantes et vicieuses qui pullulent dans les rôles secondaires font heureusement oublier que la distribution est quasiment exempte d’acteurs de renom, même si , Martine Beswick et Gerald Sim s’acquittent avec une certaine adresse de leurs emplois potentiellement ingrats. En somme, il s’agit du type de production sur lequel la maison a en quelque sorte bâti sa réputation, à savoir un film de genre entièrement fidèle aux règles d’une fiction effrayante, mais qui sait se démarquer par certains aspects – ici de l’ordre de la démystification des stéréotypes masculins et féminins – plus astucieux que dans d’autres films de série B comparables.

Les histoires les plus en phase avec la contradiction inhérente à la condition humaine disposent d’un éventail inépuisable de variations. Il n’est ainsi guère étonnant que, quarante ans après le Docteur Jekyll et Mister Hyde avec Fredric March, des choses pertinentes et moins dans l’air du temps que profondément universelles restaient à dire sur le dispositif de la science au service de la folie propre à l’homme … et à la femme. Docteur Jekyll et Sister Hyde n’est certes pas un chef-d’œuvre de l’écurie , mais pas non plus un film d’exploitation sans classe, qui serait seulement intéressé à tourner en dérision une thématique transgenre presque téméraire pour l’époque.

Critique de notre rédacteur Tobias Dunschen. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien.

Le Blu-ray

[5/5]

A ce jour, est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret, disponible chez depuis le 30 novembre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2 000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio dans les années 70, dans de superbes versions restaurées, scannées en 4K et restaurés en 2K sous la supervision de Mark Bonnici. Plutôt que d’évoquer la sortie de ce coffret majeur dans un papier lapidaire qui nous aurait contraint à évoquer les films de façon trop rapide, on a pris le parti d’évoquer chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraitront dans les jours et semaines à venir. Sur les sept films qui composent le coffret , seuls six étaient jusqu’ici disponibles en France au format DVD, chez StudioCanal. Les films disponibles au sein du coffret sont les suivants : Les horreurs de Frankenstein (1970, inédit en DVD), (1970), (1971), (1971), (1972), (1973) et (1976).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par sur les films composant le coffret est tout simplement magnifique et remarquable. Chaque film nous est proposé dans une superbe copie restaurée, respectueuse du grain d’origine, avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient littéralement plein les mirettes. La restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’époque (quand celle-ci existe) sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), et le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. Dans le cas de , VF et VO sont disponibles.

C’est bien entendu du côté des suppléments que chaque galette Blu-ray diffère un peu de sa voisine. Sur le Blu-ray de , on trouvera tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« La croisée des chemins », 36 minutes). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Nicolas Stanzick est « LE » grand spécialiste français de la , auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la (éditions Bord de l’Eau, 2010). Il reviendra de façon didactique et claire sur le léger déclin de la au début des années 70, et sur la « panne sèche » d’idées pour renouveler le genre.

Il nous expliquera qu’il s’agit de la troisième version du mythe du Dr Jekyll et Mister Hyde produite par la (après The ugly duckling en 1959 et Les deux visages du Dr Jekyll en 1960), et que l’idée du film est à l’origine venue d’une plaisanterie. Une grande liberté sera donc laissée au scénariste Brian Clemens (Chapeau melon et bottes de cuir), et trouvera dans l’histoire une belle manière d’aborder un de ses thèmes de prédilection, à savoir l’homosexualité. Il reviendra également sur le casting du film, et notamment sur , qui aurait aimé incarner tout à la fois Jekyll et Hyde, mais trop tard ! La avait d’ores et déjà lancé un casting international pour trouver « la plus belle femme au monde », rôle qui échut finalement à Martine Beswick. Très amoureux du film, il n’hésite pas à affirmer que est un des derniers grands chefs d’œuvre de la période « décadente », notamment dans la façon dont propose avec ce film une véritable « hybridation des genres », cinématographiques et sexuels. Il soulignera également la grande maîtrise formelle du cinéaste, qui parvient à filmer la scène de la métamorphose de Jekyll en Hyde en un seul plan-séquence absolument remarquable. Il salue également l’habileté avec laquelle le réalisateur joue avec la thématique du miroir, jusqu’à atteindre « la force d’une véritable tragédie transsexuelle ».

On continuera avec une intéressante featurette intitulée « Bourreau des cœurs » (20 minutes), qui reviendra sur l’histoire de la production du film, rythmée par des entretiens avec les historiens du cinéma Kevin Lyons, John J. Johnston, Alan Barnes et Jonathan Rigby. Ils y reviendront sur l’histoire du film, qu’ils considèrent tous comme une des grandes réussites du studio. Les anecdotes proposées ici complètent de belle manière la présentation du film assurée par Nicolas Stanzik, même si bien sûr quelques-unes sont un peu redondantes. Ils aborderont également l’ambiance victorienne du film, la musique, les seconds-rôles ou encore l’humour de l’ensemble.

Avant de terminer avec la traditionnelle bande-annonce du film, on s’arrêtera sur un épisode de « , l’horrifique histoire » par Bruno Terrier (4 minutes), consacré aux « années 70 ». Le talentueux Bruno Terrier reviendra donc sur les caractéristiques des films produits par la durant la décennie 70’s, époque durant laquelle le studio devait rivaliser avec une nouvelle vague de cinéma d’horreur ainsi qu’avec la télé couleurs. Il évoquera tout particulièrement Les horreurs de Frankenstein, et .

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