Test Blu-ray : Angel – La trilogie

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L’explosion de Netflix et de quelques autres services de SVOD en France a, en l’espace de quelques années seulement, considérablement affaibli le secteur de la vidéo physique en DVD et Blu-ray. Aujourd’hui, les éditeurs vidéo doivent avoir recours à différentes astuces afin de maintenir les consommateurs dans leur giron : présence accrue sur les réseaux sociaux, éditions collector en pagaille, « beaux objets » sous forme de coffrets ou de Steelbooks…

On peut également ressentir un virage dans le choix des films édités : si le DTV a quasiment disparu, le film « de catalogue » des années 70/80/90 a en revanche le vent en poupe sur les linéaires de vos boutiques préférées. La raison est liée au marché : grosso modo, on va dire que les films tournés avant 2000 intéressent en général peu les aficionados de la SVOD, et touchent au contraire un public ayant grandi avec le support physique, en VHS, éventuellement en LaserDisc, puis en DVD et Blu-ray.

Cela fait un moment que l’on peut suivre cette évolution du marché aux Etats-Unis, où tous les nanars bénis de l’époque de la VHS, même les plus improbables ou les plus méconnus, voient le jour en Haute-Définition. Une bonne affaire pour des cinéastes tels que Fred Olen Ray, David DeCoteau, Jim Wynorski, Andy Sidaris, Rick Sloane, Kevin Tenney, Douglas Hickox ou Albert Band, hier méprisés, aujourd’hui largement remis sur le devant de la scène…

Si on est loin, très loin, d’en être au même point en France, les éditeurs ont tout de même largement fait le choix de se tourner vers le passé, quitte à exhumer de petits films que l’on n’aurait jamais cru voir débarquer en France il y a encore quelques années. Dans les 80’s, le crédo des éditions René Chateau était de nous donner à découvrir « les films que vous ne verrez jamais à la télévision ». Se posant dans la continuité de l’éditeur historique, les éditeurs vidéo semblent aujourd’hui bien déterminés à offrir au consommateur « les films que vous ne verrez jamais sur Netflix ».

Les films

[4/5]

États-Unis : 1984
Titre original : –
Réalisation : Robert Vincent O’Neil
Scénario : Robert Vincent O’Neil,
Acteurs : , ,
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h33
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 29 août 1984
Date de sortie DVD/BR : 28 avril 2021

Molly Stewart, 15 ans, mène une double vie. Lycéenne modèle le jour, elle devient à la nuit tombée , une prostituée officiant sur Hollywood Boulevard. Alors qu’un dangereux tueur en série fait son apparition dans les rues de Los es, assassinant sauvagement deux de ses amies, refuse de céder à la peur…

 

Dans ce contexte, la sortie du coffret – La trilogie en Blu-ray, sous les couleurs de Carlotta Films, n’a finalement rien d’étonnant. Elle permet de plus à Carlotta de ressusciter sa « Midnight Collection » consacrée aux classiques américains de vidéoclubs des années 80/90. Relativement peu connue en France, la franchise compte en réalité non pas trois mais quatre longs-métrages : , sorti dans les salles en France en 1984 avec une accroche comme on n’oserait plus en faire (« Bonne élève le jour, bonne p… la nuit »), – La vengeance, sorti dans les salles en 1986. Suivront I : le chapitre final en 1988, et 4 – Undercover en 1994, tous deux inédits dans les salles obscures.

Le coffret – La trilogie édité par Carlotta Films réunit donc, comme son titre l’indique, les trois premiers longs-métrages de la franchise, en reprenant les masters restaurés et les bonus proposés par les américains de Vinegar Syndrome l’année dernière. Si ces films n’ont probablement eu que très peu de résonance lors de leur sortie initiale, ils deviendraient en revanche de véritables « hits » de vidéoclub, de ces films aux ambiances – et aux jaquettes – sordides et de mauvais goût qui faisaient fureur auprès des ados et des cinéphiles un peu déviants.

Il est vrai qu’avec , le scénariste / réalisateur Robert Vincent O’Neil semble avoir pris un malin plaisir à se vautrer dans la fange d’un certain cinéma d’exploitation fleurant bon la crasse et la complaisance. Un tueur psychopathe surnommé le « Tueur de putes », une intrigue traitant de prostitution adolescente, des personnages hauts en couleurs de travestis ou de lesbiennes complètement décomplexés, les inévitables séquences de vestiaires et une intrigue tournant au récit de vengeance… Pas de doute, on est bien dans les années 80 !

Pour autant, et malgré ses défauts, présente un certain nombre d’originalités qui finissent par le rendre sympathique. On peut déjà signaler que le film ne se déroule pas dans la ville de New York, qui était à l’époque régulièrement choisie pour illustrer le phénomène de l’insécurité urbaine. On pense par exemple à des films tels qu’Un justicier dans la ville, Maniac, Vigilante, L’ange de la vengeance, Maniac Cop, Exterminator… Alors que le crime et la délinquance semblaient presque seulement être l’apanage de la Grosse Pomme, nous emmène quant à lui à Los es, sur Hollywood Boulevard, où une faune bigarrée se livre à toutes sortes de larcins et d’activités prohibées, mais dans une bonne humeur et une décontraction de façade qui finira par devenir communicative.

Aussi excentrique que badass, est en effet un film posant un regard bienveillant sur les noctambules hantant le pavé d’une ville qui semble ne jamais trouver le sommeil. Ainsi, les personnages campés par les vétérans et sont présentés sous un jour très chaleureux et positif, de la même façon que la plupart des putes et des excentriques alpaguant les touristes pour une poignée de monnaie. Ils représentent la dernière lueur d’humanité au cœur d’une ville sclérosée par les administrations. Une ville où l’empathie et le sens commun plient sous le joug de législations aveugles qui veulent mettre Kit Carson () en maison de retraite, placer Molly / () à l’assistance publique, ou encore qui empêchent la « famille » de la rue d’une prostituée assassinée de récupérer son corps afin de lui offrir l’enterrement qui lui aurait rendu un semblant de dignité.

Comparée à cette bureaucratie galopante, la menace constituée par le « Tueur de putes » semble finalement peser bien peu, et cela ne sera finalement que dans le dernier acte du film que le tueur reprendra réellement ses droits, menant à un climax pas piqué des hannetons voyant la frêle Molly arpenter Hollywood Boulevard un 44. Magnum dans la pogne. Véritable petit plaisir régressif, fait également partie de ces films que l’on trouvera « encore meilleurs » en VF, tant l’adaptation française des dialogues joue la carte de la provocation débridée. Les répliques déjantées fusent, et les voix /expressions typiques des années 80 (le doublage est assuré, entre autres, par Jean-Claude Michel et Maïk Darah) contribuent également à leur manière au plaisir déviant pris devant le film.

: La vengeance

États-Unis : 1985
Titre original : Avenging
Réalisation : Robert Vincent O’Neil
Scénario : Robert Vincent O’Neil, , Sandra K. Bailey
Acteurs : Betsy Russell, , Susan Tyrrell
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h34
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 29 août 1984
Date de sortie DVD/BR : 28 avril 2021

Désormais étudiante en droit, Molly Stewart a définitivement tiré un trait sur son passé de prostituée. Son seul lien avec cette époque révolue est le lieutenant Andrews, l’homme qui lui a sauvé la vie il y a quatre ans et dont elle est restée très proche. Lorsque ce dernier se fait assassiner en service, Molly décide de partir à la recherche du meurtrier sous les traits d’

 

Suite au succès surprise du premier film au box-office US, décision fut vite prise de battre le fer tant qu’il est chaud, et de tourner une suite le plus tôt possible. Lié contractuellement à la production, Robert Vincent O’Neil reprit donc l’écriture et la réalisation d’ – La vengeance. Malheureusement, ne put reprendre le rôle principal, qui fut finalement attribué à Betsy Russell, future actrice de la saga Saw. Le changement d’actrice à chaque nouveau film deviendrait de fait une des caractéristiques de la franchise, qui en quatre films nous proposerait quatre actrices différentes pour incarner Molly / .

Le succès public d’ permit à Robert Vincent O’Neil d’accéder à un budget plus confortable quant à la mise en chantier de cette suite. Ce budget gonflé sera visible dès les premiers plans d’ : placement de produit pour Adidas, morceau de Bronski Beat sur-utilisé tout au long du film (« Tell me whyyyyyyyyyyyyyyy »), scènes d’action solides avec de gros gunfights typiquement 80’s, cascades en voitures… Par bien des aspects, le film prendra donc les atours d’un actioner tout à fait classique, très similaire à tous les autres tournés durant cette période.

Du côté du casting, outre le changement d’actrice dans le rôle-titre, le rôle du lieutenant Andrews passera de à Robert F. Lyons. En revanche, les personnages campés par , Susan Tyrrell et Steven M. Porter reprennent du service sous les mêmes traits, et se voient même promus à des rôles plus importants, puisqu’ils seconderont dans sa tâche vengeresse.

Cependant, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’étrange magie du premier film n’opère pas du tout sur – La vengeance. On attendait une suite en mode « Bigger and louder », et finalement, l’ensemble revêtira rapidement une tonalité ouvertement humoristique qui ne sied pas du tout au récit de vengeance qui nous est raconté ici. Sur le papier, il semble que Robert Vincent O’Neil et son complice veulent singer Le flic de Beverly Hills, le gros succès de l’année précédente dans les salles du monde entier, et qui était également un récit de vengeance prenant les atours d’une comédie policière.

Malheureusement, ils se plantent totalement, ne parvenant pas à trouver le bon équilibre entre la noirceur et la bouffonnerie, et font finalement de leur film une triste parodie du premier. Restent cependant quelques scènes amusantes, un personnage principal en mode Pam Grier, une apparition d’Ossie Davis et une ambiance générale allant chercher du côté du cartoon live – autant d’éléments qui permettent à – La vengeance d’assurer le spectacle sans générer le moindre ennui. C’est déjà ça !

I : Le chapitre final

États-Unis : 1988
Titre original : I – The final chapter
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h39
Genre : Thriller
Date de sortie DVD/BR : 28 avril 2021

Molly Stewart est installée à New York où elle est photographe. Lors d’un vernissage, elle croit reconnaître parmi la foule sa mère disparue. Après avoir obtenu quelques informations sur cette Gloria Rollins, Molly décide de la confronter et s’envole pour Los es. Sa mère lui apprend que Michelle, sa petite sœur dont elle ignorait l’existence, court actuellement un grand danger. Le soir même, Gloria est retrouvée morte…

 

Trois ans après, et malgré le plantage du deuxième épisode au box-office, New World Pictures ne souhaite pas encore lâcher son concept aux œufs d’or, et met la main au portefeuille pour produire I : le chapitre final. Aucun membre du casting ni de l’équipe technique des deux premiers films ne sera convié à la fête, mais honnêtement, le scénariste / réalisateur parvient tout de même en partie à effacer les affronts faits au public par le deuxième épisode de la saga.

Affichant bien plus d’années d’expérience dans le porno gay que dans le cinéma traditionnel, s’était néanmoins déjà fait remarquer du public des vidéoclubs avec Hell night en 1981, puis avec la comédie de prison Reform school girls – alias Les anges du mal 2 (1986), qu’il citerait d’ailleurs sans vergogne dans I par le biais d’une affiche visible dans l’appartement d’un des personnages du film. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son expérience dans l’industrie du cinéma pour adultes lui permet sans aucun doute de tirer le meilleur de son budget de série B, qui nous propose une descente aux enfers typiquement 80’s dans les horreurs de l’exploitation sexuelle.

Dans le rôle de Molly / , on trouvera cette fois , actrice éphémère s’étant principalement fait connaître grâce à son rôle du sergent Rita Lee Lance dans la série Les dessous de Palm Beach (1991/1995). Production Corman oblige, on trouvera également au casting d’I quelques acteurs un peu plus célèbres que dans les deux premiers : on pense bien sûr à Dick Miller, éternel complice de Joe Dante, qui s’octroie une petite apparition au début du film, à Richard Roundtree, inoubliable interprète de Shaft depuis 1971, ou encore, dans le rôle de la méchante Maud Adams, connue pour avoir été James Bond Girl à deux reprises, tout d’abord dans L’homme au pistolet d’or (1974), puis dans Octopussy (1983).

Bref, I : le chapitre final baladera le spectateur de New York aux bas-fonds du monde de la pornographie et la traite des blanches à Los es, avec à la clé le démantèlement d’un gros réseau criminel. L’intrigue est cousue de fil blanc, suivant la ligne directrice de la série B d’action de la fin des années 80, même si le film ne joue pas la carte de l’action décomplexée du deuxième épisode. L’héroïne Molly devra un temps retrouver les frusques de son alter-ego , et sera également confrontée aux retrouvailles avec sa mère, même si celles-ci sont de courte durée. Une série B honnête.

Le coffret Blu-ray

[5/5]

Ce mois-ci, Carlotta Films ressuscite donc sa « Midnight Collection » avec le coffret – La trilogie et nous invite à (re)découvrir les trois premiers films de la saga sur support Blu-ray. Le bond qualitatif par rapport aux masters que l’on connaissait des films – qui dataient de l’époque de la VHS – est assez bluffant. Le travail de restauration – 4K pour le premier film, 2K pour les deux suivants – est en effet pour le moins notable. De fait, les copies sont de toute beauté, respectueuse du grain d’origine mais permettant au piqué s’exprimer toute sa précision, le tout étant surmonté de couleurs naturelles et de contrastes solides. Les films de la saga sont par ailleurs naturellement proposés au format 1.85 respecté, la définition ne pose pas de souci et les noirs sont denses et remarquablement gérés. Du très beau travail technique en somme… Côté son, dans le cas des trois films, nous aurons droit à deux mixages DTS-HD Master Audio 1.0 à la fois en VF et en VO, proposant une excellente restitution acoustique de l’ambiance du film. L’ensemble est par ailleurs mixé sans souffle ni bruits parasites, les dialogues sont parfaitement clairs, et les sous-titres ne souffrent d’aucun problème particulier. La VF d’origine, pleine de charme et de voix connues, surtout en ce qui concerne le premier long-métrage de la série, ravira les amateurs de versions françaises surannées.

Du côté des suppléments, l’éditeur Carlotta Films semble avoir pris en considération les remarques qui lui avaient été faites par le passé concernant les films édités sous le label « Midnight Collection », et nous propose cette fois l’intégralité des suppléments disponibles sur l’édition US de chez Vinegar Syndrome. On commencera donc avec un entretien avec le réalisateur Robert Vincent O’Neil (À la découverte d’un ange, 30 minutes). Celui-ci reviendra sur son parcours technique avant de passer derrière la caméra, puis, entre autres, sur sa volonté de tirer le meilleur parti d’un budget limité ainsi que sur le défi que représentait le fait de tourner sans autorisation sur Hollywood Boulevard, ce qui nécessitait la coopération des forces de police sur place.

On continuera ensuite avec un entretien avec l’actrice (Jouer sur les deux tableaux, 12 minutes), qui se remémorera son audition et son implication dans le rôle – elle est même allée jusqu’à fréquenter des prostituées de Hollywood Boulevard afin d’apporter d’avantage d’authenticité à sa prestation. Elle évoquera également le rythme effréné du tournage, bouclé en quatre semaines, ainsi que les défauts du film, tel que sa complaisance vis-à-vis de la nudité féminine, jamais réellement justifiée par le script. Le script du film sera également abordé dans un entretien avec le coscénariste Joseph Cala (Rencontre fortuite, 17 minutes), qui reviendra sur sa collaboration avec O’Neil, et on terminera le tour des suppléments consacrés au premier film avec un entretien avec le compositeur Craig Safan (Le thème d’, 10 minutes), dont on retiendra surtout qu’il a composé le score entier en l’espace de cinq jours. Quelques scènes coupées (7 minutes) sont également de la partie, présentées sans le moindre son en revanche.

Sur la galette d’ – La vengeance, on trouvera également un nouvel entretien avec Robert Vincent O’Neil et Joseph Cala (À la poursuite de l’Ange, 9 minutes), qui reviendront essentiellement sur le fait qu’ils étaient liés contractuellement à la production pour la mise en chantier de cette suite qu’ils ne désiraient pas faire, et que cette dernière est totalement ratée. Les deux lascars évoqueront également l’existence des deux autres suites, qu’ils n’ont ni l’un ni l’autre éprouvé le besoin de découvrir. On terminera enfin avec un entretien avec l’actrice Betsy Russell (Enfant de la balle, 10 minutes). Elle évoquera ses débuts en tant qu’actrice, sa participation à ainsi que son parcours et son retour récent au cinéma, par le biais de la saga Saw. Intéressant. Des bandes-annonces fermeront le bal, et aucun supplément ne reviendra de façon approfondie sur I : le chapitre final.

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