Test Blu-ray : A bras ouverts

0
786

A bras ouverts

France, Belgique : 2017
Titre original : –
Réalisation : Philippe de Chauveron
Scénario : Guy Laurent, Marc de Chauveron
Acteurs : Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein
Éditeur : M6 Vidéo
Durée : 1h32
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 5 avril 2017
Date de sortie DVD/BR : 9 août 2017

Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « À bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

Le film

[3/5]

En 1982, l’humoriste Pierre Desproges posait au cœur de son Tribunal des flagrants délires deux questions restant, 35 plus tard, tristement d’actualité : « Premièrement, peut-on rire de tout ? Deuxièmement, peut-on rire avec tout le monde ? » A la première question, Desproges répondait « Oui, sans hésiter ». A la deuxième en revanche, ses propos étaient plus partagés : « Personnellement, il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C’est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d’un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine, et la présence à mes côtés d’un militant d’extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie ».

Si en France les humoristes semblent avoir retrouvé depuis quelques années une certaine tranquillité d’esprit grâce à la personnalité de Dieudonné, qui concentre à lui-seul toute l’attention des médias dominants (et même des politiques), la situation est encore un peu différente à la télévision et au cinéma : depuis quelques mois, le présentateur / producteur Cyril Hanouna paie le dur prix de son succès et se voit crucifié en place publique par le CSA et les réseaux sociaux pour une série de vannes considérées comme stigmatisantes et homophobes, et le cinéaste Philippe de Chauveron est devenu la victime des foudres des critiques avec Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (2015) et A bras ouverts (2017), considérés comme de dangereux pamphlets racistes, donnant du grain à moudre aux extrémistes de tous poils.

Pourtant, on crie au génie quand Trey Parker et Matt Stone (South Park), Seth MacFarlane (American dad, Family Guy) ou encore Sacha Baron Cohen (Borat, Brüno) rient sans ambages des minorités, rejetées ou non, dans leurs films et séries TV. On est certes toujours le « beauf » de quelqu’un, mais en quoi l’esprit franchouillard de Philippe de Chauveron serait-il plus « nocif » que ses équivalents étrangers ? S’il s’avère certes un brin plus opportuniste, en quoi l’humour du scénariste / réalisateur français serait-il plus « douteux » que son équivalent outre-Atlantique ? Pourquoi devrait-on, en France, poser des limites à l’humour ? Prétendre cela, c’est en quelque sorte combattre le rire lui-même.

Mais que l’on parle de Cyril Hanouna ou d’A bras ouverts, l’explication à un tel déchainement de la part des médias dominants se situe probablement dans leur popularité : on considère probablement que parmi les deux millions de fidèles de TPMP ou sur le million de français s’étant déplacés dans les salles pour voir le dernier film de Clavier se cachent probablement de potentiels extrémistes, aux idées racistes, homophobes, antisémites (rayez la mention inutile), qui se voient de fait confortés dans leurs idées d’un autre âge. Mais qu’il soit grand ou petit, le public de telle ou telle œuvre est en général le simple reflet de la société. Se poser en moralisateur et prétendre qu’un film tel qu’A bras ouverts puisse attiser les haines à l’encontre de la communauté rom semble ainsi assez hypocrite : un spectateur lambda, qu’il soit raciste, homophobe ou pas avant la projection du film, sortira de la salle de cinéma avec exactement les mêmes idées en tête – c’est la société qui forge les opinions, si honteuses puissent-elles paraître, et ce n’est pas un simple divertissement qui changera cet état de fait.

On considère peut-être également qu’au sein des spectateurs constituant le public de ces œuvres se trouvent peut-être des membres de ces minorités moquées, qui risqueraient d’être blessés ou offensés par un peu d’humour à leur endroit. Mais peut-on réellement blâmer un artiste se gaussant des clichés au nom de quelques individus n’ayant pas le recul suffisant pour adopter une certaine forme d’autodérision, et prenant non seulement le quolibet pour argent comptant, mais également à titre personnel ? Quand les Monty Python se moquaient ouvertement des français et de leur notion de l’hygiène dans le Monty Python’s Flying Circus il y a cinquante ans, fallait-il nous en sentir blessés ? Charles Aznavour dès 1972 avait déjà su mettre des mots sur le recul à adopter face aux clichés : « On rencontre des attardés qui, pour épater leur tablée, marchent et ondulent, singeant ce qu’ils croient être nous et se couvrent, les pauvres fous, de ridicule… ».

Alors bien sûr, on ne va pas avancer ici qu’A bras ouverts est la comédie de l’année, mais on lui a fait un faux procès (d’intention). Après tout, on peut tout à fait critiquer le film, comme l’a brillamment fait notre chroniqueur Tobias Dunschen dans sa critique : en restant dans le domaine de l’analyse, de l’Art, et non de la morale ou de la politique. Le film de Philippe de Chauveron ne méritait ni un tel déchainement de mépris condescendant, ni d’être comparé à un tract néo-nazi. A bras ouverts a certes beaucoup de défauts, mais le film est globalement bien rythmé, occasionnellement amusant, et porté par la composition pour le moins énergique d’Ary Abitan, qui fait globalement passer la pilule même si on sourit beaucoup plus souvent qu’on ne rit réellement. Très représentatif de la comédie française actuelle, A bras ouverts n’est peut-être pas tout à fait recommandable, mais il s’agit d’un bon « petit » film familial, pas aussi nul ni aussi honteux qu’on a voulu nous le vendre ; on peut ainsi se laisser aller à en rire sans arrière-pensée, et sans avoir à en rougir. Car finalement, à la question de Desproges « Peut-on rire avec tout le monde ? » on serait tentés de répondre que les seules personnes avec qui l’on ne peut finalement pas rire sont ceux dont la morale et/ou susceptibilité confine au sentiment de persécution sempiternel – les tristes sires dénués du moindre sens de l’humour.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Côté Blu-ray, M6 Vidéo nous offre une galette de haute volée, avec une image à la définition irréprochable, respectant parfaitement la jolie photographie de Philippe Guilbert (Le goût des merveilles). Les scènes nocturnes affichent des noirs bien tranchés, contrastes et couleurs sont au taquet. Le mixage audio en DTS-HD Master Audio 5.1 propose une parfaite immersion au cœur du film : les effets dynamiques rendent parfaitement l’ambiance acoustique de « joyeux bordel » voulue par Philippe de Chauveron.

Dans la section suppléments, on trouvera, outre la traditionnelle bande-annonce, un making of d’une quarantaine de minutes respirant la bonne humeur : on retiendra surtout l’énergie déployée par Ary Abitan sur le tournage, qui assure le show avec de désopilantes impros devant l’équipe du film hilare. Les acteurs y vont également de leurs impressions sur le tournage et la thématique du film ; on appréciera tout particulièrement les propos sans langue de bois des membres de la communauté rom présents sur le tournage, devant et derrière la caméra.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici