Test Blu-ray 4K Ultra HD : Drive

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Drive

États-Unis : 2011
Titre original : –
Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Hossein Amini
Acteurs : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston
Éditeur : Wild Side Vidéo
Durée : 1h40
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 5 octobre 2011
Date de sortie BR/4K : 6 septembre 2023

Un cascadeur se métamorphose dès que la nuit tombe : il devient pilote de voitures pour le compte de la mafia. La combine est bien rodée jusqu’au jour où l’un des casses tourne mal et l’entraîne dans une course-poursuite infernale. Pour sauver celle qu’il aime, il devra se venger de ceux qui l’ont trahi…

Le film

[4/5]

Que dire sur Drive que l’on n’aurait pas déjà dit cent fois sur critique-film ? Ci-dessous, on vous a compilé, pêle-mêle, quelques morceaux choisis des critiques de Drive par Julien Mathon et Julie D’Harlingue, ainsi qu’une poignée d’extraits de l’analyse des « Symboles cachés » du film que nous avait proposé Roy Pallas en 2012.

Un film d’ores et déjà culte

Au départ, tout promettait à Drive une vie très courte au cinéma et une tombée dans les abysses des DVD perdus. Scénario pas franchement aguichant, film à caractère clairement commercial, budget limité d’une bonne vieille série B pataude… Tout ceci, c’était avant que Nicolas Winding Refn ne reprenne un projet abandonné par Neil Marshall et dans lequel Hugh Jackman devait tenir le rôle principal.

Au final, dès l’entame de Drive, on en prend plein les yeux. L’univers est sombre et tendu, les personnages silencieux et énigmatiques. Le film privilégie la réflexion à l’action et c’est délicieux. Mais attention, Drive n’est pas pour autant ennuyeux et les fans d’action seront servis. Les changements de rythme sont fréquents et on passe tour à tour du suspens à l’action pure, avec des courses poursuites magistrales en passant par des scènes de romance ou des combats assez brutaux.

Un second degré de lecture

La mise en scène est toujours choisie avec minutie et aucun détail n’est laissé au hasard. Outre le mélange des genres, Nicolas Winding Refn propose un second degré de lecture de l’ensemble. On sent une douce mélancolie émaner des images, presque une poésie. De plus, Drive arpente les chemins de la réflexion sur l’honneur, la peur et la solitude. On se croirait presque dans un film de série B des années 70 et c’est bien là que le réalisateur veut nous amener. Comme quoi, on est bien loin du produit commercial auquel on s’attendait au départ.

Drive est la preuve que l’on peut encore faire de la série B de nos jours en réalisant tout de même un film artistique. Le budget n’est pas toujours un frein à la réussite. La photographie signée Newton Thomas Sigel y est certainement pour beaucoup dans l’univers sombre et enivrant de ce long-métrage.

Un prix de la mise en scène à Cannes largement mérité

Nicolas Winding Refn est fort, car il prend et tient en haleine le spectateur dès la première seconde du film. La séquence d’ouverture est très efficace. Des tic-tac qui palpitent en fond sonore, une musique pop magnifique, un filtre de couleur bleu grisé comme image et un inconnu qu’on a envie d’aimer. A la fois sombre et nette, prenante, n’importe quel spectateur (qu’il aime ou non les films d’action) entre dedans. Cette scène annonce tout de suite la couleur et les enjeux du film. L’ambiance est attirante, limite angoissante à s’en ronger les ongles. Et évidemment elle attise la curiosité de tous les spectateurs perplexes qui ont envie de voir la suite.

Drive comporte un rythme intense et rapide. Il comporte deux parties : la première est superbe grâce aux courses crédibles et valorisées de façon originale. Les sons, l’image, la musique et les décors comptent énormément. Les plans de coupe sur le building brillant en pleine nuit sont justes éblouissants, l’image et le son sont nets et subtilement travaillés. Chaque plan est original et bien pensé (des ombres lors d’un meurtre, des plongées /contre plongées), c’est agréable à regarder. De même que les flash-backs qui font surface au bon moment car ils permettent de ne pas perdre le spectateur. La bande-originale quant à elle correspond au ton et au registre dramatique du film : elle y est très essentielle, au point de dire que sans musique le film n’est absolument pas le même.

La deuxième partie du film est plus sombre, inégale et sans intérêt particulier. Le côté mafieux envahit l’histoire et fait perdre le spectateur qui jusqu’ici était ébloui. On est lassé par ces mafieux qui veulent tuer machin et machine tout ça à cause du fric… Alors on assiste à des tueries gores et horribles et c’est franchement chiant. Le seul personnage intéressant dans cette troupe reste le driver, qui se détache de ce délire et reste dans son objectif.

The Driver : l’antihéros complexe

C’était voulu par le réalisateur, on ne sait rien du personnage qu’incarne Ryan Gosling dans Drive. On ne le connaît que par son métier et par sa relation avec sa jolie voisine : Irène (Carey Mulligan). Clairement, cet homme joue un double-jeu, tantôt doux, affectueux, et protecteur avec Irène, tantôt dur, sombre violent limite psychopathe, on finit par ne plus savoir quoi penser. Le réalisateur sait faire régner le mystère : c’est prenant et vraiment plaisant.

Il faut du temps au driver avant de prendre des initiatives avec cette jeune mère mariée. C’est long, intense mais ça vaut le coup. Leur relation est à la fois très complexe et ambiguë : le driver étant tiraillé entre son métier et cette femme déjà prise. Le réalisateur parvient à nous faire ressentir leurs regards à la fois hésitants et lourds de sens. Une scène entre eux, dans le film, est fatidique : celle de l’ascenseur. C’est indescriptiblement beau. Le réalisateur sait dégager de la passion grâce au ralenti, à la lumière, à la couleur et surtout grâce à la musique.

Le dénouement de Drive (attention #Spoilers)

La chanson « Oh my love » de Riz Ortolani, que l’on entend avant le meurtre de Nino, éclaire (sans jeu de mot) sur les éléments importants et les enjeux du dénouement de Drive. Le soleil, un jour nouveau, la nature, les ombres… visionnez la dernière scène du film et vous verrez que les éléments cités sont présents au moment de l’échange de coups de couteaux entre Bernie et le Driver. Vous serez convaincu de l’importance de la musique dans ce film. Je pense ne pas pouvoir faire d’analyse objective de tous ces éléments, je vous laisse vous faire votre propre idée sur leurs significations.

Il y a aussi une opposition nuit/jour intéressante entre la scène de l’assassinat de Nino et celle du rendez-vous avec Bernie. Notez que durant le passage où le Driver porte son masque sur la plage, il s’avance et se place pile devant la lumière d’un lampadaire. Ce qui créé un contre-jour et donne une silhouette humaine noire, éclairée par quelques flashs de lumière. Une ombre parfaite en somme. Alors que dans la scène finale, après avoir tué Bernie, le Driver s’allonge sur son capot et le spectateur se retrouve avec le soleil (au couchant) au milieu de l’écran. Une lumière étrangement douce contrairement aux lampadaires de la nuit de la scène précédente, et qui recouvre tout le corps du personnage de Ryan. D’ailleurs, la musique de cette scène finale est lancinante et l’enchaînement des plans est très doux. Il n’y a qu’un instant vraiment violent (le moment où les deux personnages s’échangent des coups) et celui-ci est dilué avec de courts flash-back.

Une douceur dont sont dépourvues les autres scènes d’action où dominent plutôt la sauvagerie et les changements de rythme brusques. La dernière lutte du driver, le dénouement de l’histoire se fait sereinement et dans une atmosphère douce (une sérénité qui rappelle celle de one eye dans Valhalla Rising).

Un film à voir et à revoir

Drive est une fable cachée dans un polar. Sous la couche de kitsch qui domine le décor (générique rose, l’environnement coloré, le beau gosse à veste…), on peut sentir que Nicolas Winding Refn mène une réflexion sur la nature humaine, la violence et l’héroïsme. Ce film explore la dualité d’être un humain fatalement attaché à sa nature et le besoin de se défaire de celle-ci.

Les animaux sont des symboles de la nature de chaque personnage dont ces derniers ne peuvent pas se détacher, ils s’affrontent parce qu’ils ne peuvent pas éviter la confrontation. Comment dépasser ces instincts et dans quel but ? Les personnages sont au pied du mur dans Drive (voir le témoignage des acteurs dans le making of) et tentent de se libérer à leur manière de leur situation. Si je devais donner une définition de l’héroïsme d’après ce film, je tenterai celle-ci : aussi agressif, violent et horrible qu’il soit, c’est parce qu’il a su dépasser cette nature et l’utiliser pour sauver ceux qu’il aime que le Driver est un héros.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4/5]

Le film de Nicolas Winding Refn Drive s’offre cette année une édition Blu-ray 4K Ultra HD, toujours sous les couleurs de Wild Side Vidéo, qui soutient le cinéma de NWR depuis maintenant plus de dix ans, et ce en dépit de Only God forgives et The Neon Demon. Pour cette nouvelle édition, l’éditeur a utilisé un « nouveau » master 4K approuvé par le réalisateur en personne. Cela dit, il ne s’agit que d’un upscale soigné mais léger, puisque le film a originellement été tourné en 2K.

D’un strict point de vue visuel, Drive ne s’offre donc logiquement qu’un petit « gonflage » 4K : rien de révolutionnaire à l’horizon, mais le rendu visuel est excellent, fidèle à l’aspect original du film tel qu’on le connaît depuis une douzaine d’années. L’upgrade 4K UHD permet principalement au film de profiter de la profondeur éblouissante de l’étalonnage HDR Dolby Vision, absolument bluffant, qui permettra à la photo de Newton Thomas Sigel d’afficher des couleurs d’une intensité très supérieure à la version Blu-ray que l’on connaissait jusqu’ici. Au final, le rendu proposé ici par Wild Side est donc tout simplement parfait, et étant donné les limites intrinsèques du master 2K d’origine, on tient assurément là l’édition ultime du film. Côté son, l’explosif mixage Dolby Atmos de la VO surclasse de très loin le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 de la VF – à l’image du film en lui-même, ce nouveau mixage concentre ses plus impressionnants effets sur la première demie-heure, et s’impose au final comme l’une des pistes sonores les plus efficaces qui soient, nous proposant une expérience acoustique qui cogne dur et fin.

Du côté des suppléments, Wild Side recycle les bonus déjà disponibles sur le Blu-ray de 2012, à savoir un intéressant making of (14 minutes) ainsi qu’un entretien avec Nicolas Winding Refn (27 minutes) qui permettra au cinéaste de revenir sur les origines du projet, le montage financier du film, le casting ainsi que bien sûr la présentation du film à Cannes. Refn y soulignera également le lien avec ses deux films précédents, Drive lui permettant de boucler sa « trilogie de la transformation » commencée avec Bronson et Valhalla Rising – Le Guerrier silencieux. Pour ce qui est des suppléments inédits, on pourra se tourner vers le nouveau commentaire audio du film par Nicolas Winding Refn. On notera que ce dernier n’est pas seul sur cette piste, puisqu’il a enregistré le commentaire avec Peter Bradshaw, critique cinéma pour le journal britannique The Guardian. Par conséquent, il s’agira d’un commentaire plus basé sur l’analyse, la réflexion, voire même l’interprétation que sur les infos de tournage à proprement parler. Si vous appréciez le cinéma de Refn, cela vous paraîtra forcément intéressant.

On notera par ailleurs que le Blu-ray 4K Ultra HD de Drive édité par Wild Side Vidéo est présenté dans un superbe Steelbook aux couleurs du film.

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