Critique : Tale of tales

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Tale of tales

Italie, France, 2015
Titre original : Il racconto dei racconti
Réalisateur : Matteo Garrone
Scénario : Edoardo Albinati, Ugo Chiti, Matteo Garrone et Massimo Gaudioso
Acteurs : Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, John C. Reilly
Distribution : Le Pacte
Durée : 2h13
Genre : Fantastique
Date de sortie : 1er juillet 2015

Note : 2,5/5

« Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » : contrairement à cette citation de Blanche Neige et les sept nains, la quête de la beauté n’est pas au centre du nouveau film de Matteo Garrone, mais plutôt celle de la laideur monstrueuse. Sauf que le paradoxe y accomplit son cercle vicieux, puisque Tale of tales est malgré tout visuellement enivrant. Difficile en effet de savoir où le réalisateur veut en venir avec ce triptyque de contes médiévaux, plus cruels les uns que les autres, qui prétendent véhiculer une morale lourde de sens, mais qui restent en fin de compte horriblement creux. Cela vaut hélas pour chacun des épisodes. Un gage d’homogénéité qui évite certes au film de n’être qu’une collection d’histoires disparates, tout en l’enracinant dans une médiocrité touffue à laquelle on ne s’attendait pas forcément de la part du réalisateur du très viscéral Gomorra.

Synopsis : Trois histoires dans autant de royaumes. Dans celui de Longtrellis, la reine rêve à tout prix d’avoir un enfant. Un vieux sage prédit alors qu’elle tombera enceinte sur le champ, à condition de manger le cœur d’une bête marine, cuit par une vierge, après avoir été arraché par le roi. Dans celui de Strongcliff, le roi, blasé par ses orgies sans fin, tombe sous le charme de la voix d’une femme, qu’il entr’aperçoit au petit matin. Il fait la cour à cette belle inconnue, qui est en fait la vieille teinturière Dora, qui vit recluse avec sa sœur Imma. Enfin, à Highhills, le roi se préoccupe plus du sort d’une puce qu’il a apprivoisée que de celui de sa fille unique Violette, en âge de se marier.

Secrets et mensonges

Tout le monde cultive son petit jardin secret dans cette production aux moyens conséquents : les faux jumeaux prévoient d’échanger leurs rôles comme bon leur semble, les deux sœurs se surpassent en subterfuges pour créer l’illusion auprès du roi libidineux et l’attachement clandestin de l’autre roi à l’insecte démesuré éclatera au grand jour sous une forme particulièrement vicieuse. Malheureusement, ce fil rouge approximatif à travers les trois parties du récit se solde par aucun dénouement percutant. Bien au contraire, le cadre plus baroque que médiéval de ces contes faussement édifiants tend davantage à les faire tourner en rond dans un climat de l’étrange pas dépourvu d’attrait, voire à les asphyxier. Car la finalité narrative du film ne paraît pas être l’enchantement du spectateur. Pour cela, la monstruosité plastique est bien trop présente, par le biais de créatures fantastiques de plus en plus dégoûtantes. Or, ces bêtes légendaires jouent au mieux un rôle secondaire dans le grand dessein dramatique conçu par Garrone, qui reste fâcheusement flou. A l’image des prises sous-marines lors du combat entre la bête au cœur magique et le roi en manque de progéniture, où l’on distingue à peine les contours des adversaires. Le reste du film ne fait plus appel à l’effort d’imagination que nous demande pareil affrontement plus suggéré que montré, au détriment d’une histoire sensiblement trop exsangue pour nous passionner.

Un festin pour les yeux pendant que les autres sens sont mis au régime

La faiblesse scénaristique du film, ainsi que la difficulté de la réalisation d’insuffler une vie quelconque à ses personnages et leurs obsessions respectives, sont tant soit peu relativisées par l’excellence de certaines contributions techniques. Avec en première ligne les costumes magnifiques créés par Massimo Cantini Parrini et la photographie de Peter Suschitzky, le chef opérateur attitré de David Cronenberg. De même, la bande originale signée Alexandre Desplat renforce considérablement les tonalités inquiétantes qui feraient sinon cruellement défaut au film. Tant de bravoure partielle, pour un résultat finalement à peine engageant, qui ne cherche même pas à imiter le style si reconnaissable de Terry Gilliam, le maître des contes étranges, lui aussi en perte de vitesse et contraint de se recycler en boucle. Quant à Matteo Garrone, nous ne savons pas trop ce que l’avenir réserve à sa carrière d’ores et déjà arrivée au point mort. Suite à l’accueil très mitigé de ce film au dernier festival de Cannes, une chose est sûre cependant : que sa prochaine œuvre ne disposera pas d’un budget aussi confortable que celui-ci, peut-être employé à bon escient du côté du faste visuel indéniable de Tale of tales, quoique dilapidé en termes d’un éparpillement narratif nullement concluant.

Conclusion

Les contes de nos voisins transalpins ont la cote au cinéma cet été. Il nous sera permis de préférer largement la facture austère mais sublimement poétique des Contes italiens des frères Taviani à cette épopée aussi démesurée que désagréablement vaine.

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