Critique : Séance

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Japon, 1999
Titre original : Kôrei
Réalisateur :
Scénario : et Tetsuya Onishi, d’après un roman de Mark McShane
Acteurs : Kôji Yakusho, Jun Fubuki, Tsuyoshi Kusanagi
Distribution : Zootrope Films
Durée : 1h37
Genre : Thriller fantastique
Date de sortie : 5 mai 2004

Note : 3/5

Le fantastique selon se montre le plus redoutable, lorsqu’il accentue l’étrange à travers ses manifestations abstraites, au lieu de laisser le travail de l’imagination aux effets spéciaux. Ainsi, dans Real, qui reste encore pour quelques heures le dernier de ses films à sortir en France, le réalisateur avait hélas cédé à la facilité en représentant le monstre mythologique par le biais d’une avalanche d’effets peu convaincants. Au tournant du siècle, les prouesses du numérique n’en étaient qu’à leurs balbutiements et par conséquent à utiliser avec discrétion. Le résultat est alors d’autant plus dérangeant dans , ou comment un don surnaturel peut tourner à la malédiction. Les causes de l’épouvante y sont sensiblement plus suggérées que montrées, laissant une place de choix au malaise qui accable un couple ordinaire, en proie à une plaisanterie malsaine du destin.

Synopsis : Le médium Junko souffre plus de son don qu’elle n’en tire profit. Elle ne sort que rarement de chez elle, par peur de voir à l’extérieur des apparitions du monde des morts. Son mari Sato, un ingénieur du son, la soutient du mieux qu’il le peut. Hayasaka, un étudiant zélé en psychologie, aimerait solliciter Junko pour ses recherches, mais se heurte à l’hostilité et à l’incrédulité de ses professeurs. Quand une fillette est enlevée, il fait néanmoins appel à Junko avec l’accord de la police, afin de la retrouver. Ses visions sont d’abord peu claires, jusqu’à ce qu’elle retrouve l’enfant kidnappée dans son garage, enfermée dans une malle appartenant à son mari. La victime s’y était réfugiée sur le Mont Fuji, où Sato avait effectué des prises de son, sans se rendre compte de la présence de la fille. Le couple ignore complètement comment réagir à cette découverte compromettante.

La terrifiante coexistence des vivants et des morts

Quand ce film japonais est sorti en France avec un retard de quatre ans, ce qui fut hélas plus la règle que l’exception à l’époque, le cinéma d’horreur était en plein engouement pour l’univers du Cercle et sa fille aux cheveux noirs qui venait nous hanter par le biais de sa cassette vidéo maudite. La recette de est infiniment plus subtile que celle des quatre films réalisés des deux côtés du Pacifique soit par Hideo Nakata, soit par Gore Verbinski. Elle distille davantage une atmosphère oppressante, plus proche du monde de David Cronenberg que des sursauts viscéraux conventionnels, qui disparaissent aussi vite qu’ils ont surgi. Ce n’est nullement la dimension sensationnelle de l’intrigue qui intéresse , mais au contraire le cadre intimiste et réaliste des deux personnages principaux, dépourvus de traits particuliers mis à part l’activité quasiment involontaire de Junko en tant que médium. De nombreux détails soulignent en effet la banalité du couple, tels le plan vers le début du film, lorsque la femme se fond carrément dans le décor de la chapelle où elle attend le rendez-vous avec Hayasaka, ainsi que leurs parcours professionnels, exempts du moindre événement exceptionnel. Or, le hasard en a décidé autrement pour eux, même si l’on peut regretter ce retournement passablement tiré par les cheveux, qui veut que les chemins de la victime et des observateurs neutres se croisent d’une façon particulièrement peu crédible.

Et maintenant, on fait quoi ?

Alors que le scénario mettait jusque là l’accent sur la vie quotidienne rendue pénible pour Junko à cause de ses visions, il élabore dès lors un complot aux variables de plus en plus incontrôlables. Une fois le réflexe de prévenir les autorités passé, Junko et Sato deviennent à leur tour les pions d’une situation qui les dépasse visiblement. A l’image des kidnappeurs maladroits dans Fargo des frères Coen, ils sont toujours en retard lorsqu’il s’agit de déjouer les risques et les pièges inhérents à leur activité criminelle, ici tout à fait involontaire. Car la véritable tragédie ironique de cette histoire est que les ravisseurs ne veulent en tirer aucun bénéfice, si ce n’est une forme de célébrité pas du tout mûrement réfléchie. L’excuse bancale de leurs ambitions minables ne leur sera pourtant pas d’un grand secours, dès que la fille se met à les hanter, sans agressivité, mais avec une insistance qui rend impossible l’oubli de leurs méfaits. La caméra de enregistre cette lente descente aux enfers avec son flegme habituel. A ce sujet, l’interprétation de Kôji Yakusho, alors l’acteur attitré du réalisateur, dans le rôle du mari à la moralité pour le moins ambiguë peut être considérée comme représentative de la facture globale du film : sobre en apparence, quoique habitée d’un malaise existentiel auquel le récit n’aménage aucune porte de sortie.

Conclusion

Quelques exceptions déplaisantes mises à part, n’a jamais été un réalisateur qui cherche à épater superficiellement le spectateur. Son terrain de jeu privilégié est plutôt la création d’un malaise sournois, causé par une perte de repères irrémédiable. Comme dans ce film initialement tourné pour la télévision, où le véritable cœur de l’horreur se situe du côté des vivants, prisonniers d’une routine névrosée. Car l’aspect le plus préoccupant dans n’est pas le don du médium, ni le hasard exagéré au point crucial de l’intrigue, mais l’absence d’états d’âme chez cette femme et son mari, que l’on pourrait interpréter comme une mort affective prématurée.

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