Prometheus

Prometheus, l'affiche française du film

Américain : 2012
Titre original : Prometheus
Réalisateur :
Scénario : , , Ridley Scott
Acteurs : , Charlize Theron, ,
Distribution : Twentieth Century Fox France
Durée : 2h03
Genre : Science fiction, Epouvante-horreur
Date de sortie : 30 mai 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

C’est en 2009 que Ridley Scott annonça son intention de réaliser une prequelle d’, son film culte de 1979. Cela faisait trente ans que le réalisateur n’avait pas touché à la science-fiction, depuis , genre qui lui avait pourtant réussi et dont il avait imposé certains codes, précurseur de la SF d’anticipation. Aussi l’attente était fébrile, à tel point que chaque info sur le film était guettée avec impatience, d’autant plus que le mystère sur le scénario restait entier.

Festival de Cannes oblige, la projection de presse n’a eu lieu que deux jours avant la sortie du métrage et nous mettons aujourd’hui fin au suspens, alors que vous pourrez vous-même découvrir le film en salles dés demain: est-il à la hauteur de nos attentes?

Synopsis : Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

Prometheus, photo du film

Une genèse mythique

Difficile de succéder à un chef d’œuvre. Si Prometheus marque les débuts de la saga, il est métaphoriquement une forme de genèse retraçant les origines de l’homme: l’intervention du titan Prométhée n’est pas anodine tant dans la thématique du Deus ex machina que dans les questions d’eugénisme soulevées par le film, où l’homme représenterait au mieux la forme parfaite de l’évolution, au pire une expérience ratée. Tout un programme!

Saviez-vous que pour Alien, Ridley Scott avait prévu une fin beaucoup plus sombre? La créature était censée tuer sauvagement Ripley dans la navette et imiter sa voix en envoyant un message de retour sur Terre. Cette fin fut abandonnée face à la frilosité des producteurs pour un épilogue jugé trop sombre. Mais si Sir Ridley Scott avait obtenu gain de cause et imposé cette conclusion, la saga n’aurait probablement pas connu trois autres suites (le musclé , l’incompris Alien 3, et le moyen ), deux spin-off (Alien vs. Predator et AVP: Requiem), et un certain nombre d’imitations plus ou moins réussies (, Un cri dans l’océan…).

D’ailleurs dans notre introduction nous avons suggéré que Prometheus était une prequelle d’Alien, ce qui n’est pas totalement vrai comme l’a dit le réalisateur à plusieurs reprises et comme vous vous en apercevrez rapidement. Ce qui au départ devait conter la genèse des Xénomorphes est en réalité une histoire centrée sur le Space Jockey, fameux géant aperçu dans Alien qui avait été victime d’un chestburster (la fameuse « araignée » pondeuse). Mais rassurez-vous on ne va pas tout vous dire, une grande partie de Prometheus résidant dans l’expérience que vous en ferez.

 Prometheus, photo du film

Une narration entre deux chaises

N’y allons pas par quatre chemins: si on peut considérer Prometheus comme plus qu’une prequelle à Alien, le scénario n’étant pas centré sur le Xénomorphe, il est paradoxal sur plusieurs points. Le premier, le plus évident, est lié au mystère de la créature. La saga culte n’a jamais levé le voile sur son fameux monstre et l’angoisse naissait quelque part du mystère, et surtout la question qu’on pouvait se poser après le quatrième film c’était de savoir s’il y avait réellement un intérêt à lui trouver une origine. Premier paradoxe donc, le fait que Prometheus lève le voile sur cette partie: oui vous saurez comment née la franchise. Le deuxième paradoxe est plus frustrant car il apporte un nouveau lot de questions sans réponses et de mystères qu’Hollywood pourra exploiter dans trente ans en sortant le prequelle de la prequelle ! Le scénario exploite un concept très intéressant d’eugénisme: en cela le film est plus complexe et quelque part plus mature que ses aînés en utilisant des problématiques résolument actuelles sur la recherche de ses propres origines. Il est même empreint d’un certain mysticisme car après tout, si Dieu a créé l’homme à son image, qui a créé Dieu? Un dieu n+1? Il y a effectivement une poésie lyrique enchaînant des thèmes universels de science, de mythologie, de philosophie et de théologie.

Le long métrage est en cela profondément intéressant, alternant scènes de pure angoisse véritable hommage au Huitième Passager, et réflexions pertinentes bien qu’inabouties. Mais il a, pardonnez l’expression, le cul entre deux chaises. Nous ayant vendu de l’inédit, Ridley Scott et son équipe ont tenté tout au long du film de brouiller les pistes. Il en sort une impression bizarre car oui on peut le dire sans trop spoiler, Prometheus EST une prequelle à Alien, le reste n’est que de la poudre aux yeux, jusqu’au final inéluctable et tant attendu mais déjà culte. La fin ouverte très télévisuelle « to be continued » (merci à Damon Lindelof) demeure très frustrante tout en étant un appel à la découverte.

Concernant les personnages, un point important, il n’y a déjà pas de faute de goût dans le casting. Mais seuls deux personnages ont un intérêt fort: Elizabeth Shaw (Noomi Rapace qui vampirise l’écran) et David (le génial Michael Fassbender). Il n’est pas aisé de « succéder » à Ripley et Sigourney Weaver en femme forte, Noomi Rapace y parvient sans problèmes, créant un personne de femme au début un peu candide et rempli d’illusions, devenant viscéralement un personnage mythologique dans la saga et nous offrant un jeu incroyablement dense. Pour définitivement rendre culte son héroïne, Ridley Scott lui offre son lot de scènes dantesques. Quant à Fassbender il incarne David, ce répliquant voulant ressembler à son créateur et se cherchant une figure de père -offrant la perspective d’une mise en abyme par rapport aux autres protagonistes. Sa manière d’évoluer et de penser est fascinante. Pourtant son personnage est moins lisse que suggéré, car sous ses airs de gendre idéal gominé, il est un enfant en apprentissage qui va faire ses propres expériences, peu importe le poids moral qu’elles supposent. Le reste du casting est plus caricatural à l’image de Charlize Theron qui est trop superficielle, ainsi que Idris Elba, apportant la sympathie nécessaire pour contrebalancer la froideur de la belle.

Prometheus, photo du film

 Magnificence de la mise en scène

Ridley Scott est un réalisateur de talent, difficile de ne pas le constater en zieutant son impressionnante filmographie. Difficile également de ne pas constater que sa carrière a connu des hauts et des bas. Si on lui doit des chefs-d’œuvres devenus cultes (Gladiator), on lui doit aussi des films mineurs (Robin des Bois) et d’autres sans intérêt (GI Jane). Pourtant ce qui marque à chaque fois c’est son sens de l’esthétisme qui fait que les plans sont travaillés à l’extrême et proches de l’art pictural (on pense notamment à Hannibal). Prometheus n’échappe pas à la règle et nous offre une direction artistique de haute volée. Le vaisseau scientifique est très stylisé, alternant beauté froide et kitsch mesuré, comme dans les appartements de Meredith. Les plans de la planète ont quant à eux quelque chose de très « Jacksonien » devant l’immensité des paysages filmés par hélicoptère, spectacle du gigantisme de la nature dans toute sa splendeur. Enfin la base extraterrestre très organique, qui ne surprendra personne étant dans le plus pur style Alien.

La 3D est subtile et vient imprégner de grandeur l’histoire, sans être un fardeau lors des scènes plus intimistes, elle se fait oublier et n’est pas gênante, la technologie fait partie intégrante de l’histoire qui nous est racontée. Pourtant, et encore une fois, la saga est présente en permanence, elle suinte de chaque plan. Les décors certes, mais également la mise en scène. Si on a perdu le style cloisonné et sombre du Huitième Passager qui nous plongeait dans un huis-clos tendu, on gagne en revanche en côté épique -dès la scène d’introduction- et on multiplie les lieux de l’intrigue. Ridley Scott garde cette manière très viscérale de tourner, qui après trente ans prend encore aux tripes dans des scènes de divertissement tant spectaculaires que d’horreur pure, offrant un grand film aux amateurs avertis, à défaut de nous offrir un chef-d’œuvre.

Résumé

Prometheus est un grand film. Cependant il se montre un poil décevant dans la mesure où l’on s’attendait à quelque chose de prodigieux et novateur. En réalité, il constitue une vrai prequelle de Alien, ultra référencée et obéissant à un cahier des charges très précis, allant des concepts métaphysiques à de l’horreur pure, tout en assurant le « fan service ». À part cette déconvenue, on peut dire que Prometheus est une bombe.

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Nicolas B

Cet article a été rédigé par Nicolas Balazard, Responsable adjoint de Critique Film. Twitter : @NicoBalazard