Comédie Critiques de films — 21 janvier 2019
Critique : Premières vacances

France : 2018
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , Patrick Cassir
Acteurs : Camille Chamoux, ,
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h42
Genre : Comédie
Date de sortie : 2 janvier 2019
 

3/5

 

Le versant comique du cinéma français fait une fixation pas toujours heureuse sur les vacances. Il doit y avoir quelque chose dans ce moment de détente suprême, attendu parfois pendant toute une année, qui fait bon ménage avec la fonction divertissante du cinéma. Ce doublement de l’effet évasion a ainsi donné naissance à quelques uns des plus grands succès populaires sur les écrans français, avec pour référence éternelle l’univers des Bronzés dont le goût pour les séjours foireux à la montagne continue à porter ses fruits jusqu’à aujourd’hui, comme le démontre la sortie très prochaine de Les Petits flocons de Joséphine De Meaux. Quand, en plus, cette recette guère originale est associée à une bonne dose d’eau de rose, tous les ingrédients sont a priori réunis pour un désastre filmique. Or, finalement, Premières vacances, le premier film de Patrick Cassir, navigue avec une aisance pas sans charme à travers les hauts et les bas de son intrigue assez improbable. En dépit d’une prémisse passablement bancale – un premier rendez-vous réussi et hop on s’envole ensemble pour des vacances prédestinées à être catastrophiques, vraiment ?! –, le récit sait préserver une certaine malice dans l’observation des différentes options touristiques, bien entendu toutes appelées à échouer à cause de l’incompatibilité initiale du couple.

 

© The Film / Le Pacte Tous droits réservés

 

Synopsis : Ben, un commercial très attaché à l’hygiène, n’en est qu’à son premier rendez-vous Tinder. Marion, une dessinatrice davantage attirée par un style de vie bohémien, ne compte plus les siens. Pourtant, le courant passe entre cet homme et cette femme que tout aurait dû opposer en ce début du mois de juillet. Ils décident alors précipitamment de partir ensemble en vacances, en Bulgarie en guise de compromis entre leurs destinations respectives, choisies avant qu’ils ne se connaissent. Le choc des conceptions de ce que devraient être des vacances de rêve ne tarde pas à faire d’énormes dégâts dans leur relation encore à l’état embryonnaire.

 

© The Film / Le Pacte Tous droits réservés

 

Biarritz + Beyrouth = Bulgarie

On se demande bien pourquoi les Français ont mauvaise réputation lorsqu’ils se rendent à l’étranger pour y passer leurs vacances ? La longévité de ce cliché se nourrit de la perception plus ou moins vraie d’une hygiène douteuse, ainsi que du fait beaucoup moins discutable d’un tempérament de râleur incorrigible. En somme – et de nombreux détails du film s’emploient à colporter ces stéréotypes –, les Français voyagent en dehors de leur pays pour mieux se plaindre et y exacerber leurs diverses phobies bactériennes. Heureusement, l’humour de Premières vacances ne consiste pas seulement à se moquer de nos petits travers nationaux, à faire comme si les personnages vivaient en vase clos au sein d’un univers qui ne tourne qu’autour d’eux. Bien au contraire, même si ce couple mal assorti peine à grandir réellement et à rendre son coup de foudre crédible, son immersion dans trois styles de forfaits touristiques presque diamétralement opposés se distingue par le regard nuancé de la mise en scène sur les avantages et les inconvénients de ces offres de changement de décor trompeuses. La déception répétée à trois reprises ne provient alors pas nécessairement des difficultés récurrentes de la part de Ben et de Marion d’accorder leurs violons sur ce qui est beau et désirable. Elle est plutôt le fruit d’une approche sans fard de l’industrie du tourisme avec ses impératifs économiques, philosophiques et dans une moindre mesure écologiques. Le scénario l’intègre dans le flux romantique, sans prétendre pour autant au règlement de compte social, ni à la farce folklorique, évitée de justesse grâce à des personnages secondaires pas aussi caricaturaux qu’il ne paraît à première vue.

 

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Parler de caca plutôt que de la météo

Après, aussi sympathique la facture du film soit-elle dans l’ensemble, notre adhésion ne se justifie en fait que par le ton doucement malicieux sur lequel cette histoire improbable est contée. Car les deux personnages principaux sont à peine plus que les deux revers de la médaille de la culture bo-bo, l’un presque maladivement attaché à son petit confort de bourgeois propre sur lui, tandis que l’autre ose fantasmer sur une vie d’aventure, quitte à ce qu’elle se retrouve plus d’une fois dans des situations embarrassantes. Ce décalage irréconciliable est le moteur au fond un peu triste d’un enchaînement d’événements plus ou moins rocambolesques, qui peuvent certes rapprocher les deux amants à l’essai par mimétisme libidineux ou bien par une envie réciproque de découverte. Mais le plus souvent, leurs mésaventures s’attaquent à la faille de conception d’origine du film : que ce n’était pas du tout une bonne idée de griller les étapes traditionnelles d’une relation sentimentale en s’engageant dès le premier rendez-vous à passer à proximité une semaine ou deux dans des circonstances éprouvantes. Les interprétations de Camille Chamoux et de Jonathan Cohen sont plutôt à l’image de cette hésitation permanente, entre la certitude d’avoir commis une énorme bêtise et le désir de faire marcher quand même sur la durée un déclic qui aurait pu rester une simple chimère romantique. Le couple reflet, à la fois plus bordélique et plus fusionnel, formé par Camille Cottin et – toujours aussi exhibitionniste lui, même à quarante ans ! –, illustre une conception pas si différente de l’amour, ponctué au début par un coup sulfureux sur le palier pour se terminer en querelle terne sur les fâcheuses questions du quotidien.

 

© The Film / Le Pacte Tous droits réservés

Conclusion

On n’ira pas jusqu’à dire que Premières vacances constitue la première bonne surprise de l’année dans le domaine souvent problématique de la comédie française, le film incroyablement amusant contre lequel tous les suivants devraient se mesurer. Il n’en reste pas moins que Patrick Cassir y signe un premier film plutôt adroit dans le jonglage avec un nombre conséquent de clichés, dont pratiquement aucun ne tombe à plat. Car derrière tous ces poncifs étalés avec une élégance notable, il se cache le regard relativement subtil d’un réalisateur ayant parfaitement compris les contradictions plus ou moins hilarantes de son époque.

 

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles