Oscars 2023 : les 5 demi-finalistes français du Film international

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Les Misérables © 2019 Srab Films / Rectangle Productions / Lyly Films / Le Pacte Tous droits réservés

Après des rumeurs de copinage, le processus de sélection du candidat officiel de la France à l’Oscar du Meilleur Film international a été renouvelé en profondeur cet été. Ce sont donc cinq films qui poursuivent, l’espace de quelques jours, leur route vers Hollywood. Leur liste a été annoncée jeudi dernier, le 15 septembre. Vendredi prochain, le 23 septembre, aura lieu au CNC à Paris l’audition finale, avec convocation du producteur, du vendeur international et, le cas échéant, du distributeur américain. A sa suite, la commission de sélection désignera le candidat français qui succédera à Titane de Julia Ducournau, malheureux l’année dernière. Trente-trois films sortis entre le 1er janvier et le 30 novembre 2022 dans les cinémas français ont fait acte de candidature cette année.

Au mois de juillet, la nouvelle ministre de la culture Rima Abdul-Malak avait tenu à réformer la commission, accusée d’accorder une place trop importante aux films français sélectionnés au Festival de Cannes. Désormais, les représentants de l’Académie des César et du Festival de Cannes n’y siègent plus. Ceux du Centre National du Cinéma et de l’image animée et d’Unifrance ne peuvent y participer qu’en tant qu’observateurs, dépourvus de voix délibérative. Cette commission nouvelle formule a été constituée cette année des exportateurs Hengameh Panahi et Grégoire Melin, des producteurs Philippe Rousselet – fraîchement récompensé de l’Oscar du Meilleur Film pour CODA de Siân Heder – et Didar Domehi (Petite fleur), des réalisateurs Jacques Audiard (Les Olympiades) et Michel Gondry (Microbe et gasoil), ainsi que de Ariane Toscan du Plantier, directrice de la communication et du patrimoine chez Gaumont, comme personnalité qualifiée.

Pour rappel, le cinéma français attend encore et toujours un digne successeur à Indochine de Régis Wargnier, le dernier lauréat tricolore en date, il y a trente ans, en 1993 ! Et même la dernière nomination française aux Oscars dans cette catégorie anciennement du Meilleur Film étranger remonte à bientôt trois ans avec Les Misérables de Ladj Ly. La 95ème cérémonie des Oscars aura lieu le dimanche 12 mars 2023. Par ailleurs, ses producteurs viennent d’être nommés en la personne de Glenn Weiss et Ricky Kirshner.

A plein temps © 2022 Novoprod / Haut et court Tous droits réservés

A plein temps de Eric Gravel, en salles depuis le 16 mars

Parmi les films distribués ces derniers mois par Haut et court, on aurait plutôt parié sur La Nuit du 12 de Dominik Moll, l’un des succès sur la durée de cet été, pour tenter de défendre les couleurs de la France aux États-Unis. Le choix du comité de sélection s’est finalement porté sur un thriller moins sombre et peut-être plus accessible. Car A plein temps de Eric Gravel, le seul film réalisé par un homme dans cette présélection décidément très féminine, retrace le quotidien usant d’une mère de famille qui court pendant une heure et demie après ses différents boulots alimentaires.

Le succès public était à peu près au rendez-vous pour A plein temps lors de sa sortie au printemps dernier. Et il jouit d’un certain prestige international, grâce à ses deux prix glanés au Festival de Venise en 2021 dans la section Orizzonti, du Meilleur réalisateur et de la Meilleure actrice. Très appréciée en France, où elle enchaîne les nominations aux César, y compris le trophée de la Meilleure actrice en 2021 pour Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal, Laure Calamy est a priori une inconnue pour le public américain, faute de rôles dans des productions internationales.


Les Pires © 2022 Eric Dumont / Les Films Velvet / Pyramide Distribution Tous droits réservés

Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret, sortie le 30 novembre

Est-ce que le dispositif du film dans le film aura de quoi séduire les membres de l’Académie du cinéma américain ? On le saura bien assez tôt, soit en fin de semaine, soit le mercredi 21 décembre quand les listes des présélections seront annoncées, soit, enfin, le mardi 24 janvier 2023, le jour des nominations. D’ici là, ce premier film autour du tournage dans une cité à Boulogne-Sur-Mer aura rencontré son public, espérons-le. Ce qui confirmera tout le bien que les différents jurys de festivals ont pensé jusqu’à présent de Les Pires, dont celui de la section Un certain regard à Cannes où il a remporté le Grand prix et celui du Film francophone d’Angoulême qui lui a remis le Valois de diamant du Meilleur Film.

Les histoires d’enfants ne trouvent pas toujours les faveurs des votants aux Oscars. En effet, il faudra remonter une dizaine d’années, jusqu’à Revenge de Susanne Bier en 2011, pour trouver le dernier lauréat du Meilleur Film étranger / international ayant de jeunes personnages pour protagonistes. Avant celui-là, il y a eu, entre autres, Mon nom est Tsotsi de Gavin Hood, Kolya de Jan Sverak et Soleil trompeur de Nikita Mikhalkov dans ce même registre doucement sentimental. Sinon, la présence d’un acteur passablement reconnaissable peut aussi aider à sortir du lot des près de cent films soumis chaque année par les pays du monde entier. Comme dans le cas de Les Pires l’acteur Johan Heldenbergh, déjà à l’affiche de Alabama Monroe de Felix van Groeningen, nommé en 2014 comme candidat belge.


Revoir Paris © 2022 Dharamsala / Darius Films / France 3 Cinéma / Pathé Tous droits réservés

Revoir Paris de Alice Winocour, en salles depuis le 7 septembre

Pour l’instant, tout va bien pour Revoir Paris. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, le quatrième long-métrage de Alice Winocour a réussi son démarrage en salles en France, grâce à sa troisième place au box-office national la semaine dernière. De même, sa réalisatrice n’est guère une inconnue sur la scène internationale, puisque elle avait collaboré sur son film précédent Proxima avec des vedettes anglophones comme Eva Green et Matt Dillon. On peut affirmer la même chose pour sa vedette Virginie Efira, omniprésente sur les écrans français, quoique parfois aussi à l’étranger, grâce notamment au dernier film de Paul Verhoeven Benedetta, présenté en ouverture du Festival de Cannes en 2021.

Ceci dit, on peut s’interroger sur la pertinence du sujet traité, certes avec beaucoup de délicatesse, dans Revoir Paris pour des spectateurs pas touchés de près ou même de loin par les événements traumatisants autour des attentats au milieu des années 2010. Toute la valeur universelle du cinéma devrait par conséquent se manifester pour qu’un public américain accroche réellement à cette histoire intrinsèquement française, voire parisienne.


Saint Omer © 2022 Srab Films / arte France Cinéma / Les Films du Losange Tous droits réservés

Saint Omer de Alice Diop, sortie le 23 novembre

Le premier long-métrage de fiction de Alice Diop n’est pas encore sorti dans les cinémas français. Pourtant, Saint Omer nous paraît comme le film à battre pour le moment. Son prestige international n’est plus à prouver, depuis qu’il a décroché il y a une dizaine de jours deux prix importants au Festival de Venise. Et sa réalisatrice appartient aux nouvelles voix prometteuses d’un cinéma français à la fois décomplexé et ouvert aux sujets en dehors des sentiers battus.

Tandis que les votants de l’Académie du cinéma américain aiment bien, en général, les drames de procès, tels que Les Sept de Chicago de Aaron Sorkin, nommé dans la catégorie du Meilleur Film en 2021, du côté du film international, ce genre toujours un peu académique n’est pas nécessairement le plus sollicité. Ainsi, sans aucune prétention d’exhaustivité, il faudrait remonter jusqu’en 2018 pour en trouver un : le candidat libanais L’Insulte de Ziad Doueiri. Ce dernier avait dû s’incliner face à Une femme fantastique de Sebastian Lelio.


Un beau matin © 2022 Les Films Pelléas / Razor Film Produktion / arte France Cinéma / Les Films du Losange Tous droits réservés

Un beau matin de Mia Hansen-Løve, sortie le 5 octobre

Et si Un beau matin était le candidat discret que personne ou presque n’a vu venir, mais qui finirait par se rapprocher le plus du Dolby Theatre ? Les ingrédients semblent en effet réunis pour lui permettre, éventuellement, de s’imposer face à Saint Omer : une réalisatrice dont la réputation n’est plus à faire, aussi grâce à son film précédent en langue anglaise, Bergman Island avec Vicky Krieps et Tim Roth ; une vedette largement connue au delà de nos frontières, depuis que Léa Seydoux a joué un rôle essentiel dans la Palme d’or de La Vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche en 2013 et qu’elle a été la partenaire de James Bond dans deux films. Sans oublier ce qui pourrait s’avérer être l’atout principal de cette sortie majeure du mois d’octobre prochain : la thématique de la perte de la mémoire et de l’autonomie chez nos concitoyens âgés.

Le dernier Oscar du Film étranger en langue française s’y était d’ores et déjà investi corps et âme. Ce qui avait porté chance en 2013 à Amour de Michael Haneke avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, alors le candidat officiel de l’Autriche. La seule possible ombre au tableau serait alors l’action annexe de la liaison du personnage de Seydoux avec celui de Melvil Poupaud, un écart romantique certes très français, quoique susceptible de détourner l’attention du public américain de la déchéance mentale vécue par le père interprété par Pascal Greggory.

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