Critique : Or noir

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Or Noir de Jean-Jacques Annaud photo du film Antonio Banderas

Or Noir de Jean-Jacques Annaud l'affiche du filmOr noir

Quatar, France : 2011
Titre original : Black Gold
Réalisateur : Jean-Jacques Annaud
Scénario : Hans Ruesch
Acteurs : Tahar Rahim, Mark Strong, Antonio Banderas
Distribution : Warner Bros. France
Durée : 2h09
Genre : Aventure, Drame
Date de sortie : 23 novembre 2011

1,5/5

Banderas fait boire à Rahim Tahar l’eau rance d’Arabie en l’envoyant jouer les prophètes dans son pays. Las, Annaud s’enlise, nous ennuie avec son histoire de méchant pétrole qui va semer la zizanie chez les peuples du Sahara. Tout ça part en eau de bédouin et on a vraiment le droit, face à un menu aussi pauvre, de se priver de désert. Sauve qui peut !

Synopsis : Deux peuplades ennemies quelque part en Arabie. En échange d’une paix durable, l’un des rois proposent à son rival de lui prendre ses deux fils. Marché conclu mais pas pour très longtemps, les Américains arrivant en fanfare pour trouver du pétrole dans la zone de no man’s land décrétée par les deux monarques. Le premier va accepter la manne que lui apporte l’or noir, le second la refuser. La hache de guerre est désensablée et l’un des deux fils est envoyé pour négocier la paix avec son père qu’il n’a donc plus revu depuis quinze ans…

Or Noir de Jean-Jacques Annaud photo du film Antonio Banderas

DU PETROLE MAIS PAS BEAUCOUP D’IDEES…

La seule chose dont on saura gré à Jean-Jacques Annaud est de ne pas nous avoir soumis à une épreuve de trois heures. Son adoration visible pour l’imposteur David Lean, grand spécialiste des productions au kilomètre de pellicule, n’est pas allée jusque là. Mais deux heures dix d’un tel supplice, c’est quand même bien long.

David Lean et son inséparable Maurice Jarre, le mélodiste sirupeux des Jivago and co, semblent en effet ne pas avoir quitté l’esprit d’Annaud dans l’élaboration de son film. Un effet grotesque de briquet refusant de s’allumer mais qui finit toutefois par mettre le feu à la traînée d’essence qui fera péter le derrick en est l’illustration, rappelant les pirouettes de danseuse d’Alec Guinness qui meurt en s’affalant sur le détonateur, réduisant le Pont de la rivière Kwai en mikado. Quant à la musique, grandes envolées de James-« Titanic »-Horner, dégoulinantes de sentimentalisme pseudo épique, elle ne risque pas de ramener tout cela à un réalisme même latent.

Or Noir de Jean-Jacques Annaud photos du film Antonio Banderas

N’est pas « PTA » qui veut…

Évidemment, difficile aussi de ne pas songer à Lawrence d’Arabie. Ou encore à There will be blood, l’épopée pétrolière magistrale de Paul Thomas Anderson. Plus dure est la comparaison, forcément. Pourtant le sujet est richissime et aurait pu prendre une coloration d’actualité, que ce soit en référence à la propension des Américains à aller foutre le bordel là où on ne leur a rien demandé ou au roi pétrole qui fait s’affoler les marchés et régit le monde depuis plus d’un siècle.

Hélas l’aspect sociologique a déserté l’écran. A force de filmer des hommes de Cro-Magnon, des tigres et des ours, Annaud en a quelque peu perdu sa finesse psychologique qui hissait Coup de tête très au-dessus de la mêlée des films à caractère sportif. Nous sommes loin aussi, malheureusement, de la maestria avec laquelle Annaud filma l’affrontement westernien entre Jude Law et Ed Harris dans le vertigineux Stalingrad.

Rien ne nous sera épargné cette fois. D’un scénario qui ne lésine pas sur les effets à deux balles (troussage au fond d’une bagnole en trente seconde chrono, naissance, morts et même résurrection : alléluia !), Annaud ne s’est guère embarrassé, alors que Dieu est convoqué de manière itérative dans le propos, de l’une des pires infamies qu’il ait commise à l’endroit des hommes : la tour de Babel, bien sûr. Car ça jacte english pendant tout le film ! Faire jouer en anglais un personnage arabe à un comédien arabe, quitte à le coacher pour cela, il fallait quand même oser !

Eh oui, le propos a beau tenter de dénoncer l’impérialisme US en devenir, Annaud et sa clique de producteurs n’ont pas résisté, quitte à ridiculiser leurs comédiens, à l’appel du billet vert. On se doute donc que ce  Or noir va inonder le marché nord américain. Au risque de mazouter les quelques milliers de pigeons qui s’y hasarderont…

Résumé

Annaud semble ne même pas croire à son projet et accumule les poncifs et effets grotesques de narration. Son « Or noir » s’enlise dans des sables même pas émouvants et le souffle épique a déserté l’écran. Voyage au bout de l’ennui…

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=tJzjsJwIlbQ[/youtube]

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