Critique : Love & friendship

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Love & friendship

Irelande, France, Pays-Bas, 2016
Titre original : Love & friendship
Réalisateur : Whit Stillman
Scénario : Whit Stillman, d’après un roman de Jane Austen
Acteurs : Kate Beckinsale, Chloë Sevigny, Xavier Samuel
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 1h34
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 22 juin 2016

Note : 2,5/5

La grande époque des adaptations filmiques des œuvres de Jane Austen est définitivement derrière nous. Aussi populaire que l’univers de William Shakespeare à peu près au même moment, c’est-à-dire au milieu des années 1990, celui de la romancière anglaise n’a pas connu de mise à jour sérieuse au cinéma depuis. Ce film de Whit Stillman, un réalisateur que l’on peut considérer sans peine comme un spécialiste en matière de mondanités américaines, ne risque guère de convertir de nouveaux spectateurs ou lecteurs aux contes romantiques doux-amers, dont l’incarnation filmique la plus aboutie reste donc Raison et sentiments de Ang Lee. Dans Love & friendship, les manipulations du cœur vont certes bon train, mais la maîtrise narrative de ces frivolités ne se montre jamais plus ingénieuse que celle, par ailleurs plutôt bancale, des reprises de certaines pièces de théâtre d’Oscar Wilde au cinéma, comme par exemple Un mari idéal et L’Importance d’être constant de Oliver Parker.

Synopsis : Sans le sou depuis la mort de son mari, Lady Susan Vernon doit compter sur la générosité de sa belle-famille pour subvenir à ses besoins, ainsi qu’à ceux de sa fille adolescente Frederica. En raison de sa réputation sulfureuse, elle n’est pourtant point la bienvenue chez ses proches, à l’exception de sa meilleure amie, l’Américaine Alicia Johnson qui s’est installée à Londres. Son dernier séjour au domaine de Manwaring s’est soldé par un fiasco conjugal entre le Lord et sa délicate épouse. Lady Susan préfère alors quitter les lieux et trouver refuge chez sa belle-sœur Catherine DeCourcy Vernon. Mais là aussi, elle sème la zizanie à cause de la relation ambiguë qu’elle entretient avec Reginald, le frère cadet de son hôtesse, sensiblement plus jeune qu’elle. De surcroît, Frederica la rejoint, après avoir été renvoyée de son école privée pour une tentative de fugue.

Je vous explique …

Il n’est pas toujours facile de suivre tous les revirements dans le réseau d’allégeances et de trahisons par lequel se caractérise la société britannique selon Jane Austen. Puisque il ne s’agit point d’un microcosme où l’eau de rose coule à flots, les retournements de situation peuvent parfois y distiller un parfum malicieusement machiavélique. Bref, l’une des qualités indéniables du style littéraire de l’écrivain est qu’il s’abstient largement d’une opposition manichéenne des enjeux pour mieux élaborer la structure chorale du récit. Hélas, le dispositif formel choisi par Whit Stillman pour a priori faciliter au spectateur l’entrée en la matière s’avère avant tout encombrant et déroutant. Tous les personnages, y compris les plus secondaires qui ne joueront pratiquement aucun rôle par la suite, ont ainsi droit à une brève présentation sous forme de médaillon avec leur nom et leur rang social inscrits à l’image. Ce type d’intrusion visuelle pas forcément plaisante se répète plus tard par le biais des échanges épistolaires, en guise de mise au point sur l’avancement des stratagèmes malveillants de Lady Susan.

Les douze commandements

Nous insisterions moins sur ce genre d’artifice peu utile, si le reste du flux narratif était assez souverain pour nous faire oublier ces soucis au démarrage. Or, le ton du film alterne sans un discernement notable entre le drame romantique et la comédie moqueuse. Au moins, cette dernière se montre suffisamment acerbe pour nous arracher un sourire de temps en temps, même si son support principal est la cible trop facile du prétendant incroyablement bête. Néanmoins, cet état d’indécision constant entre la tragédie et la farce, entre un cadre d’époque et un aspect visuel qui se veut désespérément réaliste et moderne, empêche Love & friendship de rendre justice soit à la matière d’origine sans doute plus sophistiquée, soit à la volonté manifeste du réalisateur de la rendre plus accessible par voie d’une actualisation forcée. Car l’effet de dépaysement dans le temps est irrémédiablement enrayé – en dépit des costumes somptueux de Eimer Ni Mhaoldomhnaigh – face à des comédiens aux traits plutôt associés aux films contemporains, tels que Kate Beckinsale, Chloë Sevigny et Xavier Samuel, aussi séduisant ce dernier soit-il.

Conclusion

Un réalisateur américain s’en va en Irlande pour tourner une histoire d’amour au charme espiègle, imaginée par l’une des plus célèbres romancières anglaises. Une telle entreprise de mélange de cultures anglophones aurait pu donner un film riche en facettes variées. Dans le cas de Love & friendship, elle se résume à une histoire inégale de sentiments inassouvis, dont la partie la plus convenue est le dénouement, une célébration frileusement subversive du statu quo.

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