Les voisins de dieu

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, France : 2012
Titre original : Ha-Mashgihim
Réalisateur :
Scénario : Meni Yaesh
Acteurs : , Gal Friedman, Itzik Golan, Rotem Ziesman-Cohen
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 1 h 34
Genre : Drame
Date de sortie : 27 mars 2013

Globale : [rating:3.5][five-star-rating]

L’amour du cinéma peut nous conduire parfois à adopter presque simultanément des opinions parfaitement contradictoires. Prenez le conflit israélo-palestinien : d’un côté, vous souhaitez qu’un jour, les juifs et les arabes finissent par s’apercevoir que la seule issue est la coexistence pacifique de 2 pays ; de l’autre, à la vision de la palanquée de films traitant du sujet, vous avez du mal à vous résoudre à un monde de bisounours qui éliminerait d’un coup de gomme un certain nombre des scénarios susceptibles de vous intéresser dans l’avenir. Certes, il resterait la couverture des conflits du passé et, pour ceux que ça intéresse, les conflits avec des monstres surgissant des profondeurs ou avec des êtres mal intentionnés venant d’une autre planète mais on perdrait des sujets forts et les informations documentées et précieuses qu’on découvre avec bonheur dans des films comme Les voisins de dieu.

SynopsisBat Yam, Israël. Avi, Kobi et Yaniv, la vingtaine bagarreuse, se sont autoproclamés gardiens de leur quartier et se conduisent à ce titre comme les garants de leur vision du Talmud. Ils font respecter de façon musclée le shabbat, surveillent les tenues des filles et s’assurent que les jeunes de Jaffa, la voisine arabe, n’entrent pas dans le quartier avec leurs voitures, toute musique hurlante. L’équilibre de la bande vacille le jour où Avi, le chef du groupe, rencontre Miri, une jeune israélienne non pratiquante.

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Une milice auto-proclammée

Bat Yam, une ville de la banlieue sud de Tel Aviv dans laquelle vivent de nombreux juifs originaires de Turquie. Limitrophe de Bat Yam, Jaffa, quartier de Tel Aviv dans lequel la population arabe est très importante. Un soir de Shabbat, un groupe de jeunes débarque en voiture dans Bat Yam, sono à fond. Provocation de jeunes arabes en provenance de Jaffa ? Toujours est-il qu’ils se font sévèrement corriger par une milice auto-proclamée du quartier à laquelle appartiennent 3 israéliens d’une bonne vingtaine d’années dont on va suivre l’existence quotidienne et l’évolution pendant tout le film. Ils s’appellent Kobi, Yaniv et Avi, leur chef. Les buts qu’ils se sont assignés : surveiller la tenue des filles, veiller au respect du shabbat, protéger le quartier contre les intrusions des jeunes arabes de Jaffa. Sommes nous en présence d’intégristes purs et durs ? Oui et non. En effet, tout en pratiquant ces actions montrant une conception très stricte de la religion, ces jeunes hommes sont loin de se priver question alcool et fumette. Que va-t-il se passer lorsque Avi va petit à petit tomber amoureux de Miri, une jeune femme du quartier, peu portée sur la pratique religieuse et que lui et ses copains n’arrêtent pas de harceler afin qu’elle cesse de porter sa tenue préférée : short et T-shirt ?

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Le courant de

Réalisateur de ce premier long métrage, lauréat du prix SACD lors de la du , Meni Yaesh est un israélien dont la famille faisait partie de la communauté juive de Turquie et est venu s’établir établie dans la ville de Bat Yam, ville dans laquelle Meni est né et dans laquelle il a toujours vécu. Autant dire qu’il connaît bien ses habitants, en particulier les adeptes du courant religieux de Breslev dont se réclament les héros du film et qui sont nombreux à Bat Yam. Pour eux, la religion peut, et même doit se pratiquer dans la joie, sans privation et en vivant aussi intensément que possible. D’où l’alcool, la drogue, la musique de transe électronique que compose Avi pour son « gang ». Par contre, l’intolérance et la violence dont font preuve nos 3 comparses ne sont en rien des obligations pour les membres de ce courant religieux. Pour le réalisateur, elles se manifestent tout simplement parce que Kobi, Yaniv et Avi étaient au départ des rebelles un peu perdus que le côté décontracté du « courant breslevien » a conquis. Pour lui, ils n’en sont qu’au début d’un long chemin et ils n’ont qu’une approche superficielle du judaïsme. Le spectateur, lui, ne peut s’empêcher de remarquer, une fois de plus, qu’une grande partie des problèmes que connaît notre planète provient du fait que trop de fidèles ont une approche superficielle de leur religion, quelle qu’elle soit ! Par ailleurs, on ne peut s’empêcher de sourire en constatant que nos 3 compères casseurs d’arabes passent leur temps à jouer au backgammon, jeu d’origine arabe, à boire de l’arak, alcool arabe et à composer et écouter des musiques aux consonances fort arabisantes.

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Un metteur en scène sous influence

Meni Yaesh est le premier à reconnaître l’influence qu’ont pu avoir sur lui un certain nombre de réalisateurs américains tels que Coppola, Scorcese et Tarantino. Il ne faut donc pas s’étonner d’être confronté à une mise en scène percutante, en particulier dans la scène d’ouverture. Bien qu’il n’ait pas encore la maîtrise de ses modèles, Meni Yaesh nous délivre tout du long une réalisation solide. Cependant, l’intérêt du film réside, plus encore que dans la réalisation, dans son côté documentaire et dans le traitement des personnages en général et de Avi et Meri en particulier. Un couple qui se crée, dans lequel chacun fait un pas vers l’autre, comme quoi l’amour peut permettre à certains individus de s’améliorer. On remarquera que le rôle d’Avi est tenu par Roy Assaf, qu’on avait déjà vu excellent il y a 4 ans, dans Jaffa, film dans lequel il interprétait le rôle de Meir, un jeune israélien raciste et paresseux.

Résumé

Bien servi par une mise en scène percutante, ce premier film d’un jeune réalisateur israélien s’avère très intéressant d’un point de vue documentaire en nous permettant de faire connaissance avec un courant religieux bien implanté en Israël mais peu connu dans notre pays. Il permet aussi de constater les dérives qu’engendre, malheureusement trop souvent, une foi mal digérée.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles