Critique : Les Suffragettes

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Les Suffragettes

Royaume-Uni, 2015
Titre original : Suffragette
Réalisateur : Sarah Gavron
Scénario : Abi Morgan
Acteurs : Carey Mulligan, Helena Bonham Carter, Brendan Gleeson
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 1h46
Genre : Drame historique
Date de sortie : 18 novembre 2015

Note : 2,5/5

Nous sommes de tout cœur solidaires avec la lutte des opprimés pour obtenir les mêmes droits que tout le monde. Selon les époques, ce combat valeureux peut être mené par les femmes, les homosexuels ou les victimes du racisme sous toutes ses formes pour ne citer que ces quelques exemples. Et heureusement, dans la plupart des cas, la civilisation humaine progresse vers une évolution bénéfique pour la tolérance et le respect d’autrui, aussi différent soit-il. Nous sommes aussi généralement réceptifs aux films qui portent ostentatoirement le drapeau de cet engagement citoyen, tout en gardant en tête que le message positif à transmettre peut faire pardonner un certain ton tendancieux et un degré relatif de manipulation sentimentale. De toute manière, le but principal de ces pamphlets filmiques n’est point de convaincre les récalcitrants à l’ouverture d’esprit, mais de réconforter ceux et celles qui y croient déjà. L’enjeu réel de ces prêches sur grand écran est ainsi réduit, puisqu’ils s’adressent principalement aux convertis à la cause qu’ils défendent et que leur principal intérêt pédagogique est par conséquent au mieux d’éveiller la conscience d’une jeunesse guère familière des inégalités du passé. Dommage alors que Les Suffragettes fasse preuve d’une telle superficialité que les événements historiques qu’il évoque – et qui remontent à un siècle à peine – ne provoquent chez nous aucune indignation palpable.

Synopsis : Maud Watts travaille depuis son enfance dans une laverie. La paie est modeste et les tâches sont dures, mais cette jeune femme mariée et mère d’un enfant ne peut s’imaginer que sa situation changera prochainement. Elle est néanmoins intriguée par les actions de plus en plus violentes des suffragettes, des femmes qui se battent pour le droit de vote dans l’Angleterre des années 1910. Maud finit par se joindre à elles, au grand dam de son mari Sonny. Elle vivra alors de près les bouleversements majeurs que la société britannique traversera à ce moment-là de son Histoire.

Laideur et tremblement

Le principal souci que nous avons avec le deuxième film de Sarah Gavron, c’est qu’il s’agit d’un film dépourvu d’un point de vue. Cette opinion ne se base pas sur l’absence éventuelle d’une prise de position idéologique. Celle-ci est bel et bien présente, puisque Les Suffragettes défend sans faille la cause des femmes, traitées à l’époque comme des humains de seconde classe. En dépit de ce propos sans équivoque, le récit ne mobilise à aucun moment notre sympathie à l’égard de ces révolutionnaires en jupons. La faute à une mise en scène excessivement approximative, qui ne maîtrise ni le volet narratif du film, ni son aspect visuel. Malgré les hauts et les bas dans le parcours de Maud, qui met autant en question sa propre existence que le bien-fondé de la lutte armée, l’intrigue reste ainsi affreusement plate. Elle traverse les sursauts révolutionnaires avec un stoïcisme qui nous paraît moins intentionnel, que le fruit d’une mise en scène incapable de conférer une quelconque énergie dramatique à l’engrenage de la violence. Le constat est encore plus navrant du côté du vocabulaire formel employé par la réalisatrice, qui agite sa caméra sans exception de la façon la moins probante imaginable. En raison de cette laideur plastique flagrante, toutes les bonnes intentions réunies dans ce film engagé nous laissent forcément de marbre.

Les actrices

Ce qui serait presque regrettable, parce que les actrices et les rares acteurs font de leur mieux pour conférer un soupçon d’authenticité à cette épopée historique à l’ambition transparente. Les interprétations de Carey Mulligan, de Helena Bonham Carter et de Ben Whishaw, dans le rôle ingrat du mari qui cherche en vain à museler son épouse émancipée, affichent le genre de noblesse sobre qui fait sinon cruellement défaut au récit sans rugosité notable. Elles réussissent alors de rendre leurs personnages moins prévisibles que ne le sont les adversaires caricaturaux joués par Meryl Streep du côté des femmes et par Brendan Gleeson en tant que chef de police, trop obnubilé par son devoir de maintenir l’ordre à tout prix pour se rendre compte qu’une évolution majeure est en marche. Quoiqu’il en soit, cet ensemble d’acteurs en fin de compte trop disparate pour sauver le film ne fait qu’accentuer encore notre impression de gâchis, face à cette propagande sans doute bien intentionnée, mais plutôt mal ficelée.

Conclusion

Il reste encore beaucoup à faire avant d’arriver un jour à l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes dans notre société occidentale. Le chemin parcouru jusqu’à présent est néanmoins immense comme le rappelle d’une façon assez maladroite ce film britannique. Si seulement Sarah Gavron s’était montrée moins éparpillée dans la forme et le fond, Les Suffragettes aurait pu être un monument cinématographique d’envergure, en l’honneur de ces femmes courageuses qui étaient prêtes à tous les sacrifices pour faire avancer leur cause profondément juste.

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