Les Oscars d’honneur 2022

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Lundi prochain à l’aube, heure de Paris, on connaîtra les gagnants de la 94ème cérémonie des Oscars. Il est donc grand temps de nous mettre dans l’état d’esprit adéquat pour cette grande messe hollywoodienne qui aura de nouveau lieu dans un contexte sanitaire à peu près détendu. En effet, après les festivités très intimistes de l’année dernière, l’Académie du cinéma américain a osé revoir les choses à l’ancienne, c’est-à-dire en grand, en ce printemps, malgré tout encore placé sous le signe du coronavirus. Alors que la communauté des professionnels du cinéma suit déjà depuis un certain temps la saison des prix pour l’année 2021 – notamment en votant in extremis pour les Oscars jusqu’à demain après-midi au plus tard –, les premières statuettes seront remises dès le vendredi 25 mars à la salle de bal Ray Dolby à Hollywood.

Il s’agit des quatre prix honorifiques, baptisés Governors Awards depuis 2009, dont les heureux lauréats avaient d’ores et déjà été annoncés au mois de juin de l’année dernière. Sauf que, entre-temps, la crise sanitaire aux États-Unis et ailleurs dans le monde a obligé les responsables de l’Académie du cinéma américain de revoir leur copie. Initialement prévue à la mi-janvier, la douzième cérémonie des Oscars d’honneur se tiendra donc en amont de celle des prix principaux, quoique dans un cadre plus restreint.

Trois Oscars d’honneur, ainsi qu’un prix humanitaire y seront remis. Pour les premiers, il s’agit d’honorer les filmographies exceptionnelles de la scénariste, actrice et réalisatrice américaine Elaine May, de l’actrice norvégienne Liv Ullmann et de l’acteur américain Samuel L. Jackson, tandis que l’acteur américain Danny Glover sera récompensé pour son travail humanitaire.


Elaine May dans Un nouveau départ © 1971 Jack Stager / Aries Productions / Elkins Entertainment /
Paramount Pictures France Tous droits réservés

Elaine May

La longue carrière de Elaine May (* 1932) a connu bon nombre de rebondissements. Après avoir fait partie du duo comique extrêmement populaire qu’elle avait formé avec le réalisateur Mike Nichols à la fin des années 1950, elle avait décidé de se mettre à son compte en tant que scénariste. Sous sa plume joliment acerbe, les scénarios de films comme Des amis comme les miens de Otto Preminger, Le Ciel peut attendre de Warren Beatty et Buck Henry et The Birdcage et Primary Colors de Mike Nichols ont vu le jour.

En parallèle, May avait également réalisé ses propres films au nombre de quatre : Un nouveau départ avec Walter Matthau, Le Brise cœur avec Charles Grodin et Mikey et Nicky avec Peter Falk et John Cassavetes dans les années ’70, puis l’échec commercial cuisant Ishtar avec Warren Beatty, Dustin Hoffman et Isabelle Adjani en 1987.

Devant la caméra, Elaine May avait de même tenu quelques rôles mémorables, entre autres dans Enter Laughing de Carl Reiner, Luv de Clive Donner, California Hôtel de Herbert Ross et Escrocs mais pas trop de Woody Allen.

Elle a été nommée à deux reprises à l’Oscar du Meilleur scénario adapté pour Le Ciel peut attendre et Primary Colors. Les critiques de Los Angeles avaient précédé l’Académie du cinéma américain, puisque Elaine May avait déjà reçu leur prix honorifique en 2019. En termes d’Oscars, elle est la troisième lauréate honorifique principalement connue pour son activité de scénariste, après ses confrères Ernest Lehman (La Mort aux trousses) en 2001 et Jean-Claude Carrière (Le Charme discret de la bourgeoisie) en 2015.


Liv Ullmann dans D’une vie à l’autre © 2012 Helgeland Film / Zinnober Film- und Fernsehproduktion /
Sophie Dulac Distribution Tous droits réservés

Liv Ullmann

L’actrice norvégienne Liv Ullmann (* 1938) est une véritable icône du cinéma scandinave, grâce à sa collaboration longue et fructueuse avec le réalisateur suédois Ingmar Bergman. Ensemble, ils ont travaillé sur dix films, de Persona en 1966 jusqu’à Saraband en 2003, en passant par L’Heure du loup, La Honte, Une passion, Cris et chuchotements, Scènes de la vie conjugale, Face à face, L’œuf du serpent et Sonate d’automne.

En parallèle, elle avait de même collaboré avec des réalisateurs internationalement reconnus tels que Terence Young (De la part des copains), Laslo Benedek (Le Visiteur de la nuit), Jan Troell (Les Émigrants, Le Nouveau monde et Zandy’s Bride), Michael Anderson (Jeanne Papesse du diable), Charles Jarrott (Horizons perdus), Anthony Harvey (The Abdication et Richard’s Things), Juan Luis Buñuel (Léonor), Richard Attenborough (Un pont trop loin), Richard Dembo (La Diagonale du fou – Oscar du Meilleur Film étranger en 1985), Daniel Petrie (Un printemps sous la neige), Mario Monicelli (Pourvu que ce soit une fille), Mauro Bolognini (Adieu Moscou), Luis Mandoki (Gaby), Fons Rademakers (La Roseraie) et Georg Maas (D’une vie à l’autre).

L’actrice était, elle aussi, passée derrière la caméra pour quatre longs-métrages, dont les récents Infidèle, présenté en compétition au Festival de Cannes en l’an 2000, d’après un scénario de Ingmar Bergman, et Mademoiselle Julie avec Jessica Chastain et Colin Farrell.

Liv Ullmann a été nommée deux fois à l’Oscar de la Meilleure actrice pour Les Émigrants en 1973 et Face à face en 1977. Elle est la deuxième actrice scandinave à recevoir un Oscar d’honneur, après Greta Garbo (Ninotchka) en 1955.


Samuel L. Jackson dans Hitman and Bodyguard 2 © 2021 Davis Film / Campbell Grobman Films / Summit Entertainment /
Millennium Media / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Samuel L. Jackson

L’acteur américain Samuel L. Jackson (* 1948) n’est peut-être pas de tous les combats. Il est par contre de tous les films. C’est en tout cas l’impression que sa filmographie longue d’un demi-siècle et riche de près de deux-cents rôles pourrait donner. A ce sujet, Jackson figure à intervalles réguliers tout en haut de la liste des acteurs ayant rapporté le plus d’argent cumulé au box-office américain. Ce qui ne veut pas dire que ses choix soient exclusivement d’ordre commercial, comme le montre par exemple sa collaboration soutenue avec des réalisateurs tels que Spike Lee et Quentin Tarantino.

Après des débuts modestes dans de petits rôles entre autres chez Milos Forman (Ragtime) et John Landis (Un prince à New York), Samuel L. Jackson avait fait partie de l’univers de Spike Lee dès la fin des années 1980 et School Daze. Ils avaient fait équipe par la suite sur Do the Right Thing, Mo’ Better Blues et Jungle Fever. Avant que la carrière de Jackson ne passe à la vitesse supérieure grâce à son rôle emblématique de Jules Winnfield dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino – Palme d’or au Festival de Cannes en 1994 –, l’acteur s’était fait un nom dans des films populaires tels que Mélodie pour un meurtre de Harold Becker, Les Affranchis de Martin Scorsese, Johnny Suede de Tom DiCillo, Sables mortels de Roger Donaldson, Jeux de guerre de Phillip Noyce, Menace II Society des frères Hughes, Jurassic Park de Steven Spielberg et True Romance de Tony Scott.

Dès lors, il était quasiment omniprésent sur les écrans du monde entier – et le reste encore jusqu’à ce jour, plus d’un quart de siècle plus tard. Jackson avait alors tenu des rôles plus importants entre autres chez Barbet Schroeder (Kiss of Death), John McTiernan (Une journée en enfer), Paul Thomas Anderson (Hard Eight), Joel Schumacher (Le Droit de tuer ?), Renny Harlin (Au revoir à jamais et Peur bleue), Kevin Reynolds (187 Code meurtre), Kasi Lemmons (Le Secret du bayou), Quentin Tarantino (Jackie Brown), Barry Levinson (Sphère), Steven Soderbergh (Hors d’atteinte), F. Gary Gray (Négociateur), François Girard (Le Violon rouge), George Lucas (Star Wars Épisode 1 La Menace fantôme) et William Friedkin (L’Enfer du devoir).

Même si le remake de Shaft par John Singleton en l’an 2000 n’avait pas rencontré le succès escompté, Samuel L. Jackson n’a nullement chômé depuis, comme le prouvent ses participations à Incassable de M. Night Shyamalan, Dérapages incontrôlés de Roger Michell, Sans motif apparent de Bob Rafelson, xXx de Rob Cohen, Basic de John McTiernan, SWAT Unité d’élite de Clark Johnson, In My Country de John Boorman, Instincts meurtriers de Philip Kaufman, Kill Bill Volume II de Quentin Tarantino, Coach Carter de Thomas Carter, Des serpents dans l’avion de David R. Ellis, Black Snake Moan de Craig Brewer, Les Soldats du désert de Irwin Winkler, Renaissance d’un champion de Rod Lurie, Cleaner de Renny Harlin, Jumper de Doug Liman, Harcelés de Neil LaBute et Mother and Child de Rodrigo Garcia.

Plus récemment, Samuel L. Jackson s’était fait une place au sein de l’univers Marvel, par l’intermédiaire de son rôle récurrent de Nick Fury. Quand il ne tente pas de gérer sa bande de super-héros capricieux, il continue d’enchaîner les personnages soit inquiétants, soit édifiants chez Adam McKay (Very Bad Cops), Quentin Tarantino (Django Unchained et Les Huit salopards), Spike Lee (Old Boy et Chi-Raq), José Padilha (Robocop), Matthew Vaughn (Kingsman Services secrets), David Yates (Tarzan), Tim Burton (Miss Peregrine et les enfants particuliers), Patrick Hughes (Hitman and Bodyguard), M. Night Shyamalan (Glass), Tim Story (Shaft) et Darren Lynn Bousman (Spirale L’Héritage de Saw). Le mois prochain, il tiendra le rôle principal dans la série « Les Derniers jours de Ptolemy Grey », diffusée en ligne sur Apple TV+.

Samuel L. Jackson a été nommé à l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour Pulp Fiction en 1995. Depuis, il a officié souvent, voire très souvent, en tant que présentateur au cours de la cérémonie, environ une dizaine de fois. Il en sera de même dimanche prochain. Trois autres acteurs afro-américains ont reçu un Oscar d’honneur avant lui : Sidney Poitier (Dans la chaleur de la nuit) en 2002, James Earl Jones (L’Insurgé) en 2012 et Cicely Tyson (Sounder) en 2019.


Danny Glover dans The Dead Don’t Die © 2019 Kill the Head / Focus Features / Universal Pictures International France
Tous droits réservés

Danny Glover

Sans doute, la filmographie plus que respectable de l’acteur américain Danny Glover (* 1946) mériterait-elle également un Oscar d’honneur. Car en dehors de son rôle emblématique de l’inspecteur Roger Murtaugh dans les quatre films de l’univers L’Arme fatale de Richard Donner, Glover a participé jusqu’à ce jour à plusieurs films de premier choix.

Dès son premier rôle de prisonnier dans L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel en 1979 jusqu’à l’un de ses derniers dans Jumanji Next Level de Jake Kasdan sorti juste avant la pandémie du coronavirus, Danny Glover compte en effet parmi les acteurs américains les plus fiables. Cela a pu se vérifier entre autres dans Iceman de Fred Schepisi, Les Saisons du cœur de Robert Benton, Witness Témoin sous surveillance de Peter Weir, Silverado et Grand Canyon – Ours d’or au Festival de Berlin en 1992 – de Lawrence Kasdan, La Couleur pourpre de Steven Spielberg, To Sleep with Anger de Charles Burnett, Predator 2 de Stephen Hopkins, Le Vol de l’Intruder de John Milius, L’Idéaliste de Francis Ford Coppola, Beloved de Jonathan Demme, Boesman et Lena de John Berry et La Famille Tenenbaum de Wes Anderson.

Ainsi que plus récemment dans Saw de James Wan, Manderlay de Lars von Trier, Dreamgirls de Bill Condon, Shooter Tireur d’élite de Antoine Fuqua, Soyez sympas rembobinez de Michel Gondry, Blindness de Fernando Meirelles, 2012 de Roland Emmerich, Panique aux funérailles de Neil LaBute, Sorry to Bother You de Boots Riley, The Old Man and the Gun de David Lowery et The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch.

Or, c’est en reconnaissance de son travail humanitaire que Glover recevra le prix Jean Hersholt. L’acteur a notamment officié en tant qu’ambassadeur de bonne volonté pour le Programme des Nations unies pour le développement et pour UNICEF. Danny Glover sera le cinquième lauréat afro-américain de ce prix après Quincy Jones en 1995, Oprah Winfrey en 2012, Harry Belafonte en 2015 et Tyler Perry l’année dernière.

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