Critique : Le Nouveau stagiaire

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Etats-Unis, 2015
Titre original : The Intern
Réalisateur :
Scénario : Nancy Meyers
Acteurs : , , Rene Russo, Andrew Rannells
Distribution : Warner Bros.
Durée : 2h02
Genre : Comédie
Date de sortie : 7 octobre 2015

Note : 3/5

Alors que les choses ne sont pas si simples dans la vraie vie, tout peut arriver dans un film de Nancy Meyers. Excusez le jeu de mots un peu trop évident avec quelques titres des films précédents de la réalisatrice, mais Le Nouveau stagiaire confirme amplement notre conception de l’univers édulcoré de Meyers. Aucun contretemps sérieux n’y met en danger le déroulement de l’intrigue, certes légère et charmante, quoique dépourvu d’un centre de gravité susceptible de nous faire réellement y prendre part. Le ton est constamment à deux doigts de tourner au sirupeux. Or, c’est justement cette distance presque imperceptible entre le conte de fées aéré et le conte moral lourd de sens dont la réalisatrice a fait son cœur de métier. Le divertissement est donc aussi plaisant que coupé des problèmes réels du monde, peu importe qu’ils soient ceux des personnes âgées ou de femmes ambitieuses, souhaitant réconcilier leur vie professionnelle et familiale.

Synopsis : A la retraite depuis quelques années, le veuf Ben Whittaker a fait le tour des activités à la portée des personnes de son âge. Pour combattre l’ennui et la solitude, il postule en tant que stagiaire senior dans une nouvelle entreprise de vente de vêtements sur internet. Sa candidature est retenue et il devient l’assistant de la jeune directrice Jules Ostin. Celle-ci ne voit pas trop l’intérêt du programme de recrutement de stagiaires âgés et ne fait guère appel à Ben pendant ses premiers jours dans la boîte. Toute son attention est en effet sollicitée par la demande des investisseurs d’engager à ses côtés un gérant plus expérimenté qu’elle. Grâce à son savoir-vivre et son expérience, Ben se rend néanmoins populaire auprès des autres employés, ce que sa chef ne manque pas de remarquer.

La zénitude assouplie

Le Nouveau stagiaire ne représente bien sûr pas la première incursion de Anne Hathaway dans le domaine de la mode et les rapports tendus en termes de hiérarchie professionnelle qui y règnent. Près de dix ans après Le Diable s’habille en Prada, l’actrice a changé de rôle, mais également de registre, puisque ce film-ci est en quelque sorte une reprise fortement adoucie du film de David Frankel. Le renversement de la situation y dépasse le simple décalage entre les générations. Bien que l’arrivée du nouvel assistant soit vécue comme une intrusion, cette dernière ne se transforme point au fil du récit en une relation d’apprentissage à fort caractère concurrentiel. Sa finalité narrative vise davantage à établir un climat d’entraide dont l’aspect consensuel aurait de quoi nous écœurer en des circonstances moins plaisantes. La gentillesse quasiment omniprésente a ainsi tendance à nous amadouer, face à cette histoire dont le seul enjeu à peu près consistant – l’adultère – se dissipe avec un optimisme et une insouciance carrément bluffants.

N’ayez pas peur de vieillir

Dans le pays enchanté de Nancy Meyers, comme d’habitude à la fois responsable ici de la mise en scène et du scénario, la vieillesse s’apparente presque à une formidable cure de jouvence par l’intermédiaire d’une reprise d’activité motivante. Le personnage interprété avec une bienveillance irrésistible par Robert De Niro ne paraît avoir d’autres problèmes sociaux et de santé que le rythme accru des funérailles auxquelles il doit assister et une tension artérielle nullement handicapante. De surcroît, il affiche une sagesse hautement caricaturale, ayant au moindre imprévu le comportement ou le conseil adéquat à offrir. Sa bienséance angélique nous agacerait, elle aussi, si elle ne se démarquait pas avec une telle assurance par rapport aux tragédies morbides sur la fin de vie, qui pullulent depuis quelques années sur nos écrans. En somme, Ben Whittaker est le vieux idéalisé à outrance, compréhensif et attentif, ouvert au changement, mais fier de l’héritage d’une existence jusque là bien remplie. Sa rencontre avec une femme de carrière comme Jules Ostin, qui est à son tour affublée d’une bonne dose de poncifs mi-féministes, mi-traditionnels, relève de la fiction à l’état pur. Il n’empêche que ce type d’évasion filmique fait parfois du bien à l’âme, malgré les limitations évidentes de son propos.

Conclusion

Si vous avez atteint un certain âge ou si l’arrivée prochaine de l’hiver vous pèse, cette comédie frivole est faite pour vous. Sur un ton agréablement léger, elle dessine une voie d’entente entre les générations, sur le lieu de travail et dans la sphère privée, que notre société obsédée par la jeunesse emprunte hélas trop rarement. A sa façon, Nancy Meyers s’y montre doucement progressiste, voire une optimiste indécrottable, qui préfère mettre en valeur les bonnes choses de la vie, plutôt que s’attarder sur ses aspects plus déplaisants.

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