Critique : Le Dernier chasseur de sorcières

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Etats-Unis, 2015
Titre original : The Last Witch Hunter
Réalisateur :
Scénario : Cory Goodman, Matt Sazama & Burk Sharpless
Acteurs : , , Elijah Wood,
Distribution : SND
Durée : 1h46
Genre : Fantastique
Date de sortie : 28 octobre 2015

Note : 3/5

Le visage de Vin Diesel ne semble réellement à sa place que dans des films dont l’action se déroule dans le présent ou le futur. Le voir apparaître barbu lors du prologue médiéval de ce film-ci nous laisse en effet craindre le pire, tant l’acteur, habitué aux rôles de guerriers fantastiques ou de conducteurs endiablés, y dénote. C’est pourtant un autre aspect distinctif de ses traits qui sera ultérieurement mis à profit, puisque le personnage qu’il interprète dans Le Dernier chasseur de sorcières est condamné à être immortel. Car sur la durée assez conséquente de sa carrière, qui a réellement commencé au début du siècle, Vin Diesel n’a subi aucune évolution notable de son physique. Cet immobilisme temporel se retourne indirectement contre le personnage, prisonnier d’une vie sans but, bien qu’elle soit ponctuée d’aventures éphémères. La tâche ingrate de maintenir le statu quo entre les hommes et les sorcières, il l’effectue avec le même stoïcisme désabusé avec lequel Diesel traverse jusqu’à présent sa filmographie. Autant dire que ce film de genre ne convertira pas de nouveaux fans à l’appréciation du talent du comédien, mais qu’il réserve un spectacle étonnamment maîtrisé à ceux qui ne s’attendent qu’à de l’action sur fond d’une histoire abracadabrante.

Synopsis : Au XIIIème siècle, le guerrier Kaulder et ses hommes combattent la peste, amenée par la reine des sorcières et ses disciples. Le fléau peut être écarté grâce à la force et au courage de Kaulder, mais ce dernier est frappé d’un sort d’immortalité au moment de tuer la reine. Dès lors, il sera chargé de chasser les sorcières et de les empêcher d’utiliser leur magie contre les hommes. De nos jours, Kaulder se prépare à un énième changement de Dolan, le prêtre détaché par l’église catholique pour l’assister dans sa mission de maintien de l’ordre. Mais son dernier acolyte en date, le 36ème de la lignée des Dolan, meurt dans des circonstances mystérieuses. En compagnie de son successeur, Kaulder remonte la trace des sorcières maléfiques, qui cherchent à rompre la trêve conclue des siècles plus tôt entre l’homme et le monde des ténèbres.

Quoi de neuf chez les sorcières ?

Après deux ou trois décennies d’une exploration accrue par toutes les formes de fiction, au cinéma, à la télévision et dans une littérature spécialisée abondante, il ne reste plus aucune histoire originale à raconter autour des sorcières en particulier et sur l’affrontement entre le monde des vivants et celui des morts en général. Le cadre de ce pan du fantastique ne recèle plus aucun potentiel d’innovation, alors que la soif du public pour ce genre d’histoire paraît sans fin. Il serait par conséquent illusoire de s’attendre encore à une quelconque révélation dans ce domaine, d’autant moins probable que le progrès constant des capacités techniques incite hélas les producteurs à privilégier la surenchère des effets à la préservation de l’enchantement par voie de suggestion habile. Dans le contexte d’une telle morosité du fond et de la forme, le cinquième film de Breck Eisner s’en sort contre toute attente avec les honneurs, aussi parce qu’il emploie un ton sérieux qui ne laisse guère de marge de manœuvre à la parodie ou à l’exagération manichéenne. Ce serait certes peine perdue de relever toutes les incohérences du scénario, ainsi que les libertés manifestes prises avec la réalité, de toute façon très abstraite dans ce genre de film. Mais en tant que divertissement solide et relativement sobre, Le Dernier chasseur de sorcières remplit amplement son contrat.

Pas de chichis, pas de manières

La qualité de l’exécution technique, entre autres du côté de la photographie de et de celui d’effets spéciaux employés à bon escient et presque satisfaisants d’un point de vue esthétique, et la narration maîtrisée évitent au récit de sombrer dans le chaos qui a déjà accablé fatalement bon nombre de films semblables. Même les revirements les plus incongrus s’intègrent naturellement dans un flux dramatique, qui tient à distance les exagérations les plus flagrantes. Ainsi, les variations dans la nature invincible du héros ne donnent pas lieu à des sursauts pleins de pathos, tout comme le caractère surnaturel de l’histoire ne déclenche pas non plus une litanie de charabia religieux. Un certain pragmatisme est au contraire la valeur maîtresse dans cette aventure aux ingrédients largement éprouvés. L’exploit consiste alors à y faire croire le spectateur, qui n’est évidemment pas dupe des ficelles employées, mais qui se laisse prendre néanmoins au jeu, grâce à la conviction avec laquelle tous les participants lui soumettent leur œuvre passablement grandiloquente. En somme, il s’agit d’un film de genre qui aurait pu échouer lamentablement pour de multiples raisons, mais qui a su garder la tête haute, surtout grâce à l’application exempte de la moindre tendance à la fanfaronnade de la part de Breck Eisner.

Conclusion

Vin Diesel et l’image qu’il reflète à travers ses rôles ne se renouvelleront sans doute jamais. Le mieux à quoi l’on peut s’attendre alors, ce sont des films aussi solides que celui-ci, très pauvres en véritable ingéniosité cinématographique, soit, mais pas non plus une honte au sein de la filmographie d’acteurs plus prestigieux que l’on croise ici avec plaisir, comme Michael Caine et , ou que nous découvrons, comme Rose Leslie, jusqu’à présent une vedette du petit écran.

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