Festivals News — 12 septembre 2016
Lav Diaz, Lion d’or à Venise !

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Le jury de la 73ème édition du mené l’an dernier par Alfonso Cuaron avait récompensé un film venu du Venezuela, Les Amants de Caracas (Desde alla) de Lorenzo Vigas (d’ailleurs présent dans le jury 2016). Cette année, Sam Mendes et son jury ont fait un choix non moins original en remettant le Lion d’or à The Woman Who Left de Lav Diaz, premier film philippin ainsi honoré dans le cadre de la Mostra.

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Le seul autre grand festival à avoir remis son principal trophée à un film venu de cette contrée était Locarno pour le même cinéaste, Léopard d’or en 2014 avec From What is Before. Belle année donc pour celui qui avait reçu le Prix Alfred-Bauer à la Berlinale en février dernier pour A Lullaby to the Sorrowful Mystery, odyssée d’une durée égale au trajet Berlin-Paris en train (je sais, j’ai essayé), soit environ huit heures. Difficile à caser dans une après-midi, encore plus en soirée. Il avait déjà reçu une mention spéciale de la section Horizons/Orizzonti à Venise pour en 2007, sorti en France pour quelques séances l’hiver dernier, encore plus avec ses quelques neuf heures. Habitué des films aux durées impressionnantes, son nouveau film, tourné en noir et blanc, relève quasiment du court-métrage pour lui avec une durée de 3h45 environ. Il suit les pas d’une femme condamnée à 30 ans de prison qui se bat pour prouver son innocence.

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«Je n’arrive pas à croire que j’ai reçu ce prix. C’est très beau. Il va au peuple philippin, à notre lutte, à la lutte de l’humanité» a-t-il lancé sur la scène. Le réalisateur a ainsi expliqué le choix du jury : «Nous avons débattu sur le film de Lav Diaz, de la même façon que nous avons débattu sur tous les films, et on peut dire qu’il a suscité beaucoup d’enthousiasme».

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Le reste du palmarès fait la part belle au cinéma américain. Tous les films en compétition ne sont pas destinés à participer à la prochaine édition des Oscars mais certains ont été très remarqués et devraient tirer leur épingle du jeu si l’on en croit le pedigree de leurs auteurs. Après Whiplash, Damien Chazelle revient avec La La Land qui a pris des allures de favori et il n’est pas absurde d’imaginer qu’il est un candidat crédible pour le quintuplé film/réalisateur/scénario/acteur/actrice. a d’ailleurs reçu le prix d’interprétation féminine pour son rôle d’actrice débutante qui tombe amoureuse d’un pianiste de jazz un peu prétentieux joué par Ryan Gosling. Elle est la première américaine à remporter ce prix depuis Julianne Moore en 2002 pour Loin du Paradis de Todd Haynes. Cate Blanchett, australienne, a elle-même a été honorée pour I’m not there du même cinéaste en 2007.

Avec son précédent film, A Single Man, avait permis à Colin Firth de remporter sa première citation aux Oscars, un an seulement avant de le remporter pour Le Discours d’un roi. Avec son deuxième long-métrage, Nocturnal Animals, le couturier anglais remporte le Grand prix du jury pour ce film qui mêle deux histoires, celle d’une femme dont la vie est bouleversée lorsqu’elle lit le manuscrit d’un thriller envoyé par son ancien mari et celle d’un homme dont les vacances en famille tournent mal. La distribution réunit Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Isla Fisher, Armie Hammer, Aaron Taylor-Johnson, Michael Shannon et Laura Linney.

Tom Ford

Tom Ford

Le nouveau film du chilien Pablo Larrain consacré à Kennedy après l’assassinat de JFK reçoit le prix du scénario et pourrait permettre à Natalie Portman d’être à nouveau nommée à l’Oscar de la meilleure actrice six ans après l’avoir remporté pour Black Swan de Darren Aronofsky. Cinéma venu d’outre-Atlantique encore, mais avec zéro chance d’attirer l’oeil des votants avec l’étonnante Ana Lily Amirpour, prix du jury pour , son film de cannibales inspiré notamment par Mad Max 2, comme elle nous le disait lors d’un entretien accordé en septembre 2014 dans le cadre du Festival de Strasbourg à l’occasion de la présentation de son film de vampires tourné en farsi et en noir et blanc.

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Le cinéma français est représenté par Frantz de François Ozon, avec le Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir remis à promise au César du meilleur espoir (ce serait un tout premier César pour un film d’Ozon malgré plus de 30 citations réparties sur ses diverses oeuvres) et de Stéphane Brizé, prix FIPRESCI de la critique internationale.

Paula Beer ci-dessus, Amat Escalante et Andreï Konchalovsky ci-dessous

Paula Beer ci-dessus, Amat Escalante et Andreï Konchalovsky ci-dessous

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Prix de la mise en scène en 2013 pour le rude Heli, le mexicain Amat Escalante reçoit ici ce même prix ex-aequo avec Andreï Konchalovsky, né en 1937. Le palmarès du frère de Nikita Mikhalkov, qui a fait son premier passage à la Mostra voici pile cinquante ans avec Le Premier Maître, est honnête à défaut d’être exceptionnel, l’Italie ayant été particulièrement généreuse avec lui. Déjà primé à Venise en 2014 dans la même catégorie pour Les nuits blanches du facteur après un Grand Prix du jury en 2002 pour La maison de fous, il a également reçu dans son parcours en festivals et cérémonies le Grand Prix du jury à Cannes pour Siberiade en 1979, la Coquille d’or du meilleur film pour Voyageurs sans permis en 1989 (quand on a vu le film, c’est quand même bizarre) et la Coquille d’or pour Oncle Vania en 1971 à San Sebastian et un Emmy Award du réalisateur de télévision pour sa version de L’Odyssée en 1997.

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Le palmarès du jury officiel

Lion d’or : The Woman Who Left (Ang Babaeng Humayo) de Lav Diaz (Philippines)

Lion d’argent (Grand prix du jury) : Nocturnal Animals de Tom Ford (États-Unis)

Lion d’argent du meilleur réalisateur ex-aequo : Andreï Konchalovsky pour Paradise (Russie) et Amat Escalante pour La Región Salvaje (Mexique)

Coupe Volpi du meilleur acteur : pour El ciudadano ilustre (Argentine)

Coupe Volpi de la meilleure actrice : Emma Stone pour La La Land de Damien Chazelle (États-Unis)

Prix du meilleur scénario : (Jackie de Pablo Larrain) (Chili / États-Unis)

Prix spécial du jury : The Bad Batch d’Ana Lily Amirpour (États-Unis)

Prix Marcello Mastroianni du jeune espoir : Paula Beer (Frantz) (France / Allemagne)

Lav Diaz et Wang Bing

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Les autres prix

Les prix de la Section Orizzonti (président du jury : Robert Guédiguian)

Meilleur film : Liberami de Federica di Giacomo (Italie)

Prix du réalisateur : Fien Troch (Home) (Belgique)

Prix spécial du jury : Big Big World de Reha Erdam (Turquie)

Prix du meilleur acteur : Nuno Lopes (Sao Jorge de Marco Martins) (Portugal)

Prix de la meilleure actrice : Ruth Diaz (Tarde para la ira de Raúl Arévalo) (Espagne)

Prix du scénario : Wang Bing (Bitter Money) (Chine)

Prix du court-métrage : La Voz Perdida de Marcelo Martinessi (Paraguay, Venezuela, Cuba)

Nuno Lopes et Ruth Diaz

Nuno Lopes et Ruth Diaz

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Prix Luigi de Laurentis de la première œuvre (président du jury : Kim Rossi Stuart, notamment accompagné de Brady Corbet, lauréat de ce prix en 2015) : The Last of Us d’Ala Eddine Slim (Tunisie)

Prix du meilleur court-métrage de la sélection officielle : La Voz Perdida de Marcelo Mantinessi

Gian Luca Farinelli (à droite) pour le prix Venise Classics

Gian Luca Farinelli (à droite) pour le prix Venise Classics

Les prix Venise Classiques :

Meilleur film restauré : Break-up (L’uomo dei cinque palloni) de Marco Ferreri (Italie)

Meilleur documentaire sur le cinéma : Le Concours de Claire Simon (France)

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Une flopée d’autres prix ont été remis pendant cette nouvelle Mostra, notamment les suivants :

Une Vie

Une Vie

Prix FIPRESCI de la critique internationale :

► Compétition : Une vie de Stéphane Brizé (France)

► Orizzonti : Kékszakállú de Gastón Solnicki (Argentine)

Venice Days Award : The War Show de Andreas Dalsgaard et Obaidah Zytoon (Danemark)

Queer Lion : Hjartasteinn (Heartstone) de Guðmundur Arnar Guðmundsson (Islande)

Prix Future Film Festival Digital : Premier contact (Arrival) de Denis Villeneuve (États-Unis), avec une mention spéciale pour Voyage of Time: Life’s Journey de Terrence Malick (États-Unis)

Soundtrack Stars Award (musique de film) : L’estate addosso par Jovanotti (Italie)

Lion d’or pour leur carrière : Jean-Paul Belmondo et

Jean-Paul Belmondo aux côtés de Sophie Marceau, sa partenaire de Joyeuses Pâques

Jean-Paul Belmondo aux côtés de Sophie Marceau, sa partenaire de Joyeuses Pâques

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Prix Jaeger-Lecoultre pour un cinéaste : le réalisateur iranien Amir Naderi

Prix hommage pour un talent visionnaire : l’acteur américain Liev Schreiber

Enfin, Amalimbo de Juan Pablo Libossart (Suède/Estonie, Estonia) est le représentant du Festival de Venise pour la prochaine édition des European Film Awards.

d’Antoine Fuqua avec Denzel Washington et Chris Pratt (entre autres) a été présenté en clôture, en présence de l’équipe du film.

Copyright des photos : La Biennale di Venezia

Denzel Washington et Chris Pratt

Denzel Washington et Chris Pratt

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles