Critique : Brooklyn village

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Etats-Unis, 2016
Titre original : Little men
Réalisateur :
Scénario : Mauricio Zacharias et Ira Sachs
Acteurs : , ,
Distribution : Version Originale / Condor
Durée : 1h25
Genre : Drame
Date de sortie : 21 septembre 2016

Note : 3/5

Par la thématique de ses deux films précédents, Keep the lights on et Love is strange, on aurait pu croire que le réalisateur Ira Sachs devienne le porte-parole d’un certain courant homosexuel du cinéma indépendant américain. En dépit d’une suggestion très discrète en ce sens dans son nouveau film, Brooklyn village rectifie cette impression partiellement trompeuse pour mieux asseoir le savoir-faire de Sachs dans un domaine assez différent : les petits tracas de la vie quotidienne, vécus par des gens ordinaires qui tentent en toute humilité de joindre les deux bouts, à la fois financièrement et affectivement. Il en résulte un film simple et touchant, qui – grâce à sa structure narrative presque chorale – dépasse le cadre d’un drame de passage à l’adolescence banal pour suggérer que la vie ne sera guère plus facile à appréhender à l’âge adulte, bien au contraire !

Synopsis : Après la mort de son grand-père, Jake Jardine et ses parents Brian et Kathy emménagent dans son appartement à Brooklyn, laissé en héritage. Ils deviennent également les propriétaires d’un local commercial au rez-de-chaussée, occupé par la Chilienne Leonor Calvelli et sa boutique de vêtements. Jake, un pré-adolescent plutôt renfermé qui excelle dans le dessin de créatures fantastiques, se lie rapidement d’amitié avec Tony, le fils de Leonor, qui rêve, lui, de devenir un jour acteur. La question épineuse du renouvellement du bail de la boutique mettra sérieusement à l’épreuve cette complicité récente.

Rollers et trottinette

Aucune autre période de la vie n’est plus propice aux grandes tragédies passagères que l’adolescence. Les films qui en parlent s’emploient souvent à forcer le trait, à traduire le déséquilibre des hormones par une sorte de radicalité des actes et des sentiments sans lendemain. A moins qu’ils ne tombent dans les écueils des choix extrêmes, tels la drogue, les premiers amours ou l’affirmation de l’identité sexuelle. Brooklyn village sait adroitement contourner ces pièges trop prévisibles, pour mieux se concentrer sur le sort nullement exemplaire de ses deux jeunes protagonistes. Jake et Tony, interprétés avec un goût touchant pour l’outrance par Theo Taplitz et Michael Barbieri, sont des garçons qui sortent du lot, par des critères généralement peu sollicités de la part du cinéma américain. Ils n’ont aucun attrait physique particulier, si ce n’est une tendance à mal se tenir, et leur comportement n’est jamais très loin de certains troubles psychiques plus ou moins courants. La mise en scène traite néanmoins leur bref chemin commun avec un calme et une intensité douce, qui sont tout à l’honneur d’Ira Sachs, un réalisateur qui n’a nullement besoin d’employer les grands moyens formels et dramatiques pour nous émouvoir avec sincérité.

Mes franches condoléances

Le récit met en effet un peu de temps, avant de trouver un enjeu concret en guise de prétexte pour la poursuite de ces tranches de vie joliment authentiques. Le différent matériel qui oppose la génération des parents est alors évoqué avec la même retenue que l’amitié naissante entre leurs enfants. Et là aussi, le ton du film ne dévisse à aucun moment vers une exagération quelconque, susceptible de faire de cette histoire banale de sous et de parents plus ou moins indignes autre chose qu’un de ces événements rétrospectivement anodins qui ponctuent la vie de chacun. C’est au contraire un ressort aussi peu original que le défaut de communication et de capacité de chercher, voire de trouver un compris, qui séduit particulièrement du côté d’une intrigue pleine de vérité et pauvre en névroses. Face à l’impossibilité de maintenir le statu quo de tout le monde, des choix devront donc être opérés, une tâche dont la narration s’acquitte sans états d’âme, mais sans passer sous silence la détresse des uns et des autres non plus. L’interprétation très sobre des personnages adultes par , Greg Kinnear et garantit ainsi une absence totale de moments qui arracheraient le film de son atmosphère plutôt réaliste ou en tout cas fort réticent à quelque subterfuge fictif que ce soit.

Conclusion

Nous peinons à voir le lien de familiarité cinématographique entre ce film et l’univers de Woody Allen, suggéré par la citation du magazine Time Out qui trône sur l’affiche française de Brooklyn village. Pour nous, Ira Sachs serait davantage un maître conteur de plus en plus aguerri de la banalité de la vie à New York, dans les quartiers de la ville peuplés par des personnages qui courent à intervalles réguliers le risque de la dégringolade sociale. La qualité entièrement appréciable de ce film est alors qu’il n’en fait pas tout un drame, mais qu’il préfère l’inscrire dans le contexte d’une adolescence quasiment vierge et par conséquent encore riche en choix de vie potentiels.

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