Critique : La Saveur des Ramen

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Japon, Singapour, 2018
Titre original : Ramen Teh
Réalisateur :

Acteurs : , Jeanette Aw, Mark Lee, Beatrice Chien
Distribution : Kmbo / Art House
Durée : 1h30
Genre : Drame culinaire
Date de sortie : 3 octobre 2018

Note : 3/5

Depuis longtemps, la nourriture et le cinéma font bon ménage. Difficile à croire en effet qu’il existe une façon de mal filmer les aliments, puisque les festins dégoûtants et dégoulinants de La Grande bouffe de Marco Ferreri n’ont visiblement pas fait école. Au contraire, il y a tout un courant d’hommages cinématographiques à la gastronomie, qui se retrouve une fois par an dans la sélection parallèle du Festival de Berlin Kulinarisches Kino. y était présenté plus tôt cette année, son réalisateur faisant déjà escale pour la deuxième fois dans la capitale allemande dans ce contexte. En bonne voie de devenir un spécialiste en la matière, s’inscrit en fait dans une tradition de la passion des bons mets exotiques, au moins aussi vieille que Tampopo de Juzo Itami et Salé sucré de Ang Lee, sortis respectivement en 1985 et 1994. Comme ces œuvres succulentes, ce film-ci nous met avec aisance l’eau à la bouche. La recette s’avère par contre moins concluante, lorsqu’il s’agit de remplir ce beau cadre avec un contenu dramatique à la hauteur du menu délicieux. Tandis que ce dernier fait ouvertement la promotion d’une cuisine traditionnelle et donc de bonne qualité, les enjeux narratifs du récit lorgnent davantage vers le mélodrame convenu et dépassent même parfois la ligne rouge de la manipulation sentimentale, censée provoquer sur commande l’effusion de larmes.

Synopsis : Masato assiste avec dévouement son père dans son restaurant de Ramen au Japon. En privé, il tente avec persévérance de retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère d’origine singapourienne quand il était enfant, par le biais de ses échanges avec une bloggeuse japonaise installée dans la cité-État. A la mort de son père, il décide de partir à Singapour, à la fois pour enfin rencontrer sa correspondante et surtout afin de renouer avec ses propres origines et retrouver les membres de sa famille restés sur place.

La cuisine est la vie

Les bons petits plats mijotent sans modération dans , en quelque sorte un film de propagande fort astucieux de la cuisine asiatique, dont l’attrait principal est qu’il préfère la qualité à la quantité. Le parfum délicat et recherché, consommé en petites doses appétissantes, y prévaut par conséquent sur une gourmandise effrénée, le tout sur fond d’une rivalité plus ou moins ancrée dans les mentalités entre le Japon et le Singapour. Interprété par le jeune sur le ton de l’innocence touchante, le protagoniste y fait figure de force fédératrice entre les peuples et les cultures culinaires, sans que cette entreprise ambitieuse n’apparaisse trop forcée, en tout cas tant qu’elle reste concentrée sur la vapeur émanant presque poétiquement des casseroles. Car l’ensemble des personnages se définit avant tout par leur rapport à la nourriture. Cette philosophie de vie les unit en dépit de quelque autre considération existentielle que ce soit, lui conférant alors une importance primordiale, en mesure de rattraper les maladresses narratives plus récurrentes, qui ont tendance à survenir du côté du volet familial de l’histoire.

L’amour passe par les papilles

En effet, c’est dommage que n’ait pas jugé son incursion éclairée dans le monde des initiés de la cuisine japonaise et singapourienne suffisante pour soutenir à elle seule le récit de son onzième long-métrage. Plutôt que de se concentrer sur le processus d’apprentissage et de découverte de Masato, que celui-ci accomplit avec un enthousiasme jamais pris en défaut, le scénario lui adjoint plusieurs actions annexes, qui n’apportent en fin de compte pas grand-chose à l’impression générale transmise par le film. Notamment son parcours du combattant pour aspirer à un peu d’harmonie au sein du cercle familial, là où ses parents avaient jadis échoué assez tristement, est ponctué de séquences sous le signe des clichés mélodramatiques les plus éculés. Le baume au cœur nostalgique y est administré à outrance, même si cette confrontation avec les aspects pas toujours plaisants du passé individuel et collectif amène le fil narratif vers une trop brève parenthèse sur les vestiges historiques d’un héritage du temps de la guerre pas encore entièrement achevé. Cette visite instructive dans le musée dédié à l’occupation japonaise en dit alors plus long sur l’effort nécessaire pour chasser définitivement les démons du passé, que la rencontre aussi explosive qu’expéditive avec la génération des grands-parents, pacifiée comme par miracle et au-delà des barrières linguistiques, grâce au potentiel rassembleur du savoir-faire gastronomique transmis de père en fils.

Conclusion

Comme pour la plupart de films qui célèbrent la bonne bouffe, il vous est déconseillé de regarder le ventre creux. Le défilé de festins pour les yeux et pour l’imagination du palais vous donnera certainement faim, quitte à devoir ensuite vous déplacer à des milliers de kilomètres pour pouvoir goûter aux recettes authentiques. En tant que leçon ludique en gastronomie asiatique, le film de atteint donc amplement son objectif. C’est juste son côté plus ou moins discrètement larmoyant qui risque par intermittence de détourner inutilement l’attention de ces délicieuses nouilles au bouillon et autres soupes de porc.

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