Jersey Boys

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Etats-Unis : 2014
Titre original : Jersey Boys
Réalisateur :
Scénario : et , d’après leur spectacle musical
Acteurs : , ,
Distribution : Warner
Durée : 2h14
Genre : Biopic, Drame musical
Date de sortie : 18 juin 2014

Note : 4/5

4 seasons, 4 stars… L’histoire commence à la fin des années 50. Ces années-là sont celles où Clint Eastwood allait ouvrir ses ailes avec la série Rawhide. Ce n’est pourtant pas son histoire qu’il raconte dans son 33ème long-métrage mais celle des Four Seasons, groupe pop mythique pour toute une génération grâce à une longue série de tubes inoubliables chantés par Frankie Valli et ses partenaires. Et pourtant ce nouveau projet se révèle comme l’un des films les plus personnels de ce maverick du cinéma.

Synopsis : Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe « The Four Seasons » qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale…

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Une oeuvre personnelle

En France, Frankie Valli et les Four Seasons ne disent pas grand chose à grand monde. Pourtant on connaît certains de leurs tubes, à commencer par December, 1963 (Oh, What a Night) devenu Cette année là pour Claude François et dont l’intro ouvre le film, ce qui surprendra plus d’un spectateur français. On leur doit encore Sherry, leur premier hit ou Big Girls Don’t Cry et Walk Like a Man que l’on entend respectivement dans des séquences marquantes de Dirty Dancing et Mme Doubtifire, ainsi que The Sun Ain’t Gonna Shine Anymore ou Can’t Take My Eyes Off You. Certains de ces titres sont redevenus des tubes avec d’autres, parfois plus populaires que les originaux comme ce dernier dans une version disco de Gloria Gaynor.

Lorsque Clint Eastwood fut annoncé à la tête de cette adaptation d’un succès de Broadway, certains furent surpris et pourtant il s’est approprié ce projet comme une évidence dans son parcours. Né en 1930, il a assisté aux débuts de ces artistes et sait de quoi il parle lorsqu’il évoque cette période, autant dans les décors que dans un certain état d’esprit même s’il admet ne pas avoir tant d’affinités que cela avec ce type de musique. Si ce film est si vivant, c’est aussi parce que l’on ressent que l’homme derrière la caméra a connu cette période et de façon d’autant plus marquante qu’il était déjà actif, comme le prouve l’extrait de la série qui le révéla, Rawhide. On peut voir cette auto-citation comme une simple apparition à la Hitchcock ou plus profondément comme une manière de s’approprier cette histoire comme étant indirectement la sienne, sa carrière à lui se déroule en parallèle mais hors champ. Cette image de lui à l’aube de sa carrière souligne encore un peu plus la nostalgie personnelle qui imprègne ce récit. Les meilleurs biopics sont finalement ceux où les auteurs parlent autant d’eux-mêmes que de leurs sujets, ne citons que Roman Polanski avec Le Pianiste qui en évoquant les souvenirs du pianiste Władysław Szpilman, parlait de sa douloureuse enfance. Le réalisateur d’autres films musicaux comme Bird ou Honkytonk Man ne va certes pas si loin, mais ce lien indirect participe clairement de l’émotion que l’on ressent devant cet excellent musical à l’ancienne.

Vincent Piazza (Tommy), Erich Bergen (Bob), John Llloyd Young (Frankie) et Michael Lomenda (Nicky)
Vincent Piazza (Tommy), (Bob), John Llloyd Young (Frankie) et (Nicky)

Quatre saisons dans le vent

Cette nostalgie se retrouve aussi dans le parti-pris réussi de la narration de raconter cette histoire en brisant les règles du quatrième mur. Les quatre membres du groupe prennent la parole tour à tour, une idée déjà présente dans la pièce d’origine, comme pour illustrer l’idée des quatre saisons du groupe, chaque changement de perspective correspondant à une époque charnière des Four Seasons. Le procédé pourrait n’être qu’un artifice mais il rend la narration fluide et surtout permet d’approfondir la psychologie de chacun des membres, surtout les moins flamboyants. Le premier à prendre la parole est celui que l’on peut décrire comme le fondateur du groupe, le beau parleur Tommy DeVito. C’est sa détermination qui fait vivre le groupe à travers ses premières et multiples incarnations et appellations de ses débuts jusqu’à sa formation définitive. Sa faconde, proche de la mauvaise foi, est parfois fatigante pour ses proches, surtout lorsqu’il est sur une piste descendante. Interviennent ensuite à tour de rôle Bob Gaudio le compositeur émérite du groupe et dernier arrivé mais pas le moins important, Nick Massi le plus effacé, ou comme il l’exprime avec ironie le ‘Ringo Starr’ de la formation et enfin Frankie Valli qui prend le relais lorsqu’il se retrouve seul. Ces quatre personnalités reviennent sur leur vécu avec le recul de ceux qui n’ont que tardivement compris, avec le recul nécessaire, ce qu’ils auraient pu ou du faire. Auraient-ils changé quelque chose à leur histoire en commun ? S’ils se sont posé la question, ils sont manifestement désemparés quant à la réponse à cette question impossible.

Les quatre interprètes sont excellents et d’ailleurs trois d’entre eux ont joué leurs personnages respectifs sur scène, à commencer par John Lloyd Young, qui a remporté un Tony pour sa création de Frankie Valli, ainsi que Erich Bergen (Bob Gaudio) et Michael Lomenda (Nick Massi) qui ont eux participé à des représentations ultérieures. Ainsi, contrairement aux habitudes, Clint Eastwood a pris le risque de faire confiance à des acteurs méconnus plutôt qu’à des noms rassurants pour les producteurs, à l’inverse de bien des adaptations de Broadway vers Hollywood. Vincent Piazza alias Tommy DeVito, a lui été sélectionné après une audition. Il avait surtout été remarqué pour la série Boardwalk Empire où il est le flamboyant et arrogant déjà gangster Lucky Luciano. S’ils ne sont certes pas d’un grand charisme, leur relative neutralité de jeu correspond justement à la nature de leurs personnages et de fait, leur interprétation trouve la bonne distance.

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de la musique

Si l’on doit évoquer un autre cinéaste, comme cousin plus que comme inspirateur, ce serait , d’abord avec la présence dans l’histoire d’un certain qui sera plus tard oscarisé pour ses Affranchis mais surtout dans la première partie de Jersey Boys qui évoque le premier acte de ce film, mêmes quartiers ou presque, même destin possible. Les fondateurs du groupe ont en effet failli très mal tourner, avec un enchaînement de mauvais coups et de passages en prison. Leur quartier est sous la coupe du parrain local Gyp DeCarlo, interprété avec son élégance habituelle par Christopher Walken. Il se délecte de son rôle de mafieux (c’est quoi une goutte de sang entre amis ?) protecteur de la voix cristalline de Frankie Valli et qui n’aime pas les petits savons des hôtels ou que l’on utilise mal ses toilettes. Pour mémoire, la chanson Can’t Take My Eyes Off You illustre une séquence importante de Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino, le lien n’a pas du échapper à l’acteur… Autre personnage marquant, leur producteur et parolier occasionnel Bob Crewe, sorte de Robert Redford queer à l’époque où Liberace était vu comme ‘ théâtral ‘ avec une performance folle de Mike Doyle à faire rougir d’ailleurs Michael Douglas.

Le scénario et la pièce avant ont été écrits par Rick Elice et Marshall Brickman et ce dernier est l’un des très rares coscénaristes de Woody Allen, sur Woody et les robots, Annie Hall, Manhattan et Meurtre mystérieux à Manhattan.

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Clint Eastwood et Frankie Valli sur le tournage (photo : Keith Bernstein)
Clint Eastwood et Frankie Valli sur le tournage (photo : Keith Bernstein)

Résumé

Clint Eastwood affirme une nouvelle fois son amour de la musique et son talent de cinéaste malgré ses 84 printemps. Un film dans l’ensemble plutôt harmonieux malgré les quelques clichés inhérents aux biopics (déboires sentimentaux et familiaux, disputes obligées et ruptures douloureuses). Eastwood s’offre un final magique où les protagonistes se retrouvent pour un dernier moment musical, comme s’ils accompagnaient les spectateurs vers la sortie d’un spectacle. À noter que ce jeudi 19 juin, un hommage sera rendu (en Amérique) par la Warner à Tommy DeVito pour son 86ème anniversaire en sa présence et celle de Joe Pesci entre autres, avec la projection du film. Seront-ils flattés, émus ou fâchés ?

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