Interview de Merida – Les dessous de Rebelle

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Lors de la première projection française de , le réalisateur Mark Andrews et la productrice Katherine Sarafian se sont prêtés au jeu des questions-réponses avec le public. Vous serez prévenus, mieux vaut avoir vu le film avant de lire le compte-rendu ci-dessous au risque de vous faire « spoiler » une partie de l’histoire. Allez voir le film, lire la critique et revenez connaître les dessous de l’aventure ici même !

Tout d’abord, à l’issue de la projection, les questions du public ont rapidement tournées autour de la genèse du projet. Pourquoi l’Ecosse? Pourquoi une princesse rousse? Pourquoi cette légende?…

Voilà leurs réponses en vrac:

« Les recherches pour Brave ont commencées en 2006. Faire un dessin animé est un procédé de créativité très long et l’histoire a eu le temps de beaucoup changer en tant d’années. Mais c’est Brenda (Chapman, la réalisatrice) qui a imaginé l’histoire en 2004 en regardant sa petite fille de 6 ans et en se demandant ce qu’elle allait devenir à l’adolescence, car elle avait déjà beaucoup de caractère. Mark Andrews a rejoint  cette aventure il y a 1 an et demi seulement avec les bases du scénario autour duquel il devait développer le film.

Ce qu’on aimait dans l’idée de base de Brenda c’était cette dynamique parent / enfant, qui offre un côté universel où tout le monde peut s’identifier. Ainsi que le côté dualité présent dans toute l’histoire d’ailleurs: dualité dans le monde dans lequel vit, dualité dans le titre « Brave » (elle est courageuse mais aussi rebelle), dans la magie (bonne et mauvaise), et dans le fait même d’être adolescente (dualité entre enfance et monde adulte). C’est un vrai film sur le passage.

Concernant l’Écosse, Mark y avait fait son voyage de noce. Mais cela ne suffisait pas, nous avons organisé des voyages de travail pour nous imprégner du pays, car on se doit de maîtriser le sujet dont on va parler. Bien-sûr les traditions comme les kilts sont inspirées de la vraie vie écossaise, mais nous avons décidé de partir de quelque chose de nouveau. Nous avons effectué deux voyages de recherches professionnelles en Écosse avec une 20aine de personnes à chaque fois qui allaient travailler avec nous sur le projet. C’est durant le voyage dans les Highlands que l’on a vu que le temps là-bas changeait tout le temps, ainsi que les paysages selon la lumière, les saisons et la météo, et que c’est un pays très sauvage. C’était donc l’endroit parfait pour y installer une histoire sur la « transformation » quelle qu’elle soit, sur la rébellion et sur le changement!

Pour l’histoire en elle-même, on voulait qu’elle soit sur le thème du choix. On a le choix que si on a au moins deux possibilités. Et on a décidé de situer l’histoire au Moyen-Age, car c’était une époque où la tradition était très lourde, mais fondamentale à la vie de tous les jours. Les princesses en ce temps là n’avaient pas le choix elles. On les élevait pour devenir princesses et on prenait les décisions à leur place, on décidait de leur vie à venir. Ce fut la base de notre travail pour l’histoire de Merida. C’est pour ça qu’elle est fondamentalement rebelle, car elle veut avoir le choix. On a fait de ce personnage un contraste. Car un adolescent est par définition un contraste. Ce qu’on voulait c’était mettre dans la balance cette question fondamentale : est-ce que c’est la société qui décide qui vous devez être, ou bien décidez-vous de qui vous êtes et de qui vous voulez devenir ? La maturité est un choix aussi. Ce n’est pas quelque chose qui se produit seulement le jour où le gouvernement vous dit que vous avez 18 ans et que vous pouvez voter. La vie c’est toujours une question de choix…

Après tout, Merida n’a aucun pouvoir magique. Elle est douée au tir à l’arc car elle s’entraîne dur chaque jour pour y arriver. C’est une discipline qui la motive. Elle n’est pas parfaite, elle fait de grosses erreurs qui entraînent des problèmes importants qu’elles se créent elle-même. Elle a un caractère difficile, surtout avec sa mère et n’est pas très sociable. Nous voulions créer quelqu’un avec de la personnalité, loin de la perfection qui aurait été ridicule vu les circonstances autour d’elle. C’était fondamental pour nous d’en faire une vraie adolescente qui devra faire des choix importants pour décider de sa vie.»

 

Après ces sages paroles, les questions se sont rapidement tournées vers l’autre dualité de l’histoire: celle entre Disney et Pixar. Est-ce qu’on a la pression de faire mieux que ses prédécesseurs quand on travaille chez eux? Qu’est ce qui fait d’un film un Pixar ou un Disney?:

«  On ne peut pas penser à la pression et à ce qui a était fait avant lorsque l’on réalise, sinon on ne fait pas le film ! Imaginez, regarder quelque chose qui s’érige en sommet en termes de film d’animation et tenter de faire mieux c’est trop difficile et trop stressant! Le plus important c’est de repartir de zéro une nouvelle fois, tout refaire comme si rien d’autre n’était passé avant. Et on ne pense pas non plus à ce qui peut arriver après. On se concentre sur le film que l’on veut faire en se disant qu’on va faire du mieux possible en travaillant très dur et en se donnant à fond.

MAIS effectivement oui, il y a une pression, car bien entendu nous avons une « date limite ». Le film doit être terminé avant un temps donné. Ça reste un business, et vous êtes l’employé qui doit offrir le produit fini. Savoir rester artistique et créatif dans ces conditions est la chose la plus importante pour un artiste mais aussi la plus difficile.

Quant à savoir si c’est bien un film Pixar plus qu’un Disney ou l’inverse…et bien le camion Pizza Planet est bien là! (camion présent dans tous les films Pixar NDLR) Mais sinon, il n’y a pas de moment précis qui fait de ce film un Pixar plus qu’un autre. C’est tout l’esprit du film en entier. Le fait que vous ressentiez des émotions, le travail des personnages…c’est ça qui en fait un film Pixar. Et puis Pixar repousse constamment les limites de l’animation. « Rebelle » le fait également. Ce ne sont pas des films uniquement pour les enfants. Vous le comprenez bien ici en France, au Japon aussi, mais aux États-Unis, le film d’animation est toujours catégorisé comme film pour enfants. C’est idiot ! C’est pour tout le monde. C’est un média, non un genre. Cette universalité, c’est aussi ça Pixar… »

 

Viennent ensuite des questions techniques, qui surgissent spontanément quand on voit la qualité visuelle du film…Mais comment ont-ils fait?! Et la musique, et le doublage? Dîtes-nous tout!

« Notre devise était « travaillons plus intelligemment, pas plus durement ». Alors nous avons créé nos propres moyens. Par exemple, la nature écossaise était très difficile à refaire sur ordinateur car elle bouge, ondule, change de couleur, alors qu’un ordinateur aime les choses rigides et droites. Avec un logiciel normal ça nous aurait pris 20 ans pour arriver à ce résultat! Du coup, nous avons créé notre propre logiciel chargé de recouvrir automatiquement tous les décors que nous voulions avec de la végétation. Nous avons passé beaucoup de temps à créer de la technologie, puis nous avons mis peu de temps à l’utiliser. Comme cela, aucun besoin de faire une coupe de budget ni aucun compromis artistique.

Après avoir terminé le film, il nous manquait la bande son. Nous avons eu la chance de travailler avec qui avait lui-même travaillé avec les plus grands. Il est fantastique. Nous avons regardé le film en entier ensemble. A aucun moment je n’ai dis « Je veux de la musique ici, et une autre là ». Je lui ai juste expliqué durant le film les thèmes que l’on voulait faire ressortir et les motivations des personnages. Il est parti, et est revenu avec toutes les musiques du film. Il est incroyable. Et ce n’est pas parce que c’était une histoire en écosse que je voulais des cornemuses partout. Je lui ai même demandé de rester le plus loin possible des cornemuses ! Je voulais avant tout que ça sonne ancien. C’est pour ça que de nombreux autres instruments sont utilisés dans le film, venus de plusieurs pays celtiques. Et c’est ce qui sonne juste au final…

Concernant le doublage, ce qu’a fait est incroyable. Elle est retombée en adolescence aussi! Elle a complété le personnage de Merida. Nous, nous devions être authentiques. L’histoire se passe en écosse, il fallait un accent écossais. Toutefois, celui ci peut être très lourd et difficile à comprendre, donc nous l’avons allégé et maintenu au minimum pour des raisons d’universalité. Quoi qu’il en soit, un film d’animation doit faire comprendre l’histoire sans paroles, juste dans les attitudes et les mouvements des personnages à l’écran. La voix n’est que le bonus. Pareil pour les films, si l’acteur est bon, vous comprenez l’histoire sans les paroles ni les sous-titres. Donc nous n’avons pas été inquiets pour le casting du tout… »

 

Pour finir, les spectateurs sont longuement revenus sur les références présentes dans Rebelle. On y voit de nombreux thèmes abordés dans des films très connus. Pourtant, le duo semble dire que tout cela n’est que pure coïncidence…

« Moi, Marc, je m’inspire de beaucoup de choses, visuelles avant tout. Je vais sur le net et regarde beaucoup de photos. Je lis aussi beaucoup de bande-dessinées. Voilà mon inspiration et mes références. Mais il n’y a selon moi aucune référence directe et intentionnée dans le film.

Excepté pour un plan que j’ai calqué sur celui d’un film de Miyazaki, Porco Rosso. C’est la scène où le personnage regarde Porco, et il ressemble à un homme. Quand il se tourne, il ressemble de nouveau à un porc. J’ai fais la même chose dans Rebelle pour Mordu et le flashback de Merida où l’on voit l’homme et l’ours en même temps. Toutes les autres références dans le film sont des coïncidences. Nous avons évidemment tous vus des films clés. Et ces films créent des références dont on ne peut se défaire. Vous faites un film avec une héroïne guerrière dans la forêt ? Boum, on pense à Miyazaki. C’est celtique ? Boum, Astérix et Obélix ou Braveheart. Un arc et des flèches ? Boum, c’est Robin des bois. Il y a une sorcière ? Boum c’est Blanche neige, etc… C’est de l’inspiration inconsciente au final! »

 

Chacun en pensera ce qu’il voudra. En attendant et pour conclure, le public aura pu voir que le principal c’est que l’équipe soit fière de son film, ce qui semble être le cas. Mais d’ailleurs, leurs parents à eux, ont-ils vu le film?

« Katherine: Ma mère a pleurée à la fin de la projection, mais je ne sais pas si c’était parce qu’elle était fière de moi ou si c’était parce que l’histoire l’a émue…! »

« Mark : Ma mère à moi a juste bu après l’avant-première. Toute la soirée aussi d’ailleurs, répétant qu’elle était fière de moi ! Donc je pense que c’était bon signe… »

 

Tant mieux pour eux! Dans tous les cas, on espère que l’équipe se reformera vite pour repartir sur un projet comme celui ci…

 

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