Critiques de films Drame — 12 septembre 2012

affiche

Etats-Unis : 2012
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : So Yong Kim
Acteurs : , ,
Distribution : Memento Films Distribution
Durée : 1h33
Genre : Drame
Date de sortie : 19 septembre

Globale : [rating:5][five-star-rating]

Le génial Paul Dano livre une performance qui confine à l’excellence absolue dans le rôle d’un père paumé qui s’apprête à perdre sa fille dans la procédure de divorce que lui intente son épouse et qui ne lui laisse aucune chance. Plusieurs scènes renversantes d’émotion ponctuent ce film magistralement écrit, pensé, réfléchi. Du très beau cinéma indépendant américain.

Synopsis : Joby, rock-star en herbe s’apprête à signer les documents qui entérineront son divorce. Il découvre que cette signature le privera définitivement de sa fille Ellen, âgée de six ans. Il va tenter, malgré l’inexpugnable ténacité de son épouse à le sabrer, de gagner le cœur de la gamine.

neige

Paul Dano le magnifique

La séquence d’ouverture résume métaphoriquement tout le film, tout le désarroi du personnage principal. Une route traversant un paysage empesé de neige, au milieu de nulle part. Le genre d’endroit où l’on ne peut être que paumé. Un jeune, look gothico-romantique, effectue une mauvaise embardée avec sa guimbarde. Solitude absolue que ne viendra rompre aucun véhicule, pas même de dépannage. Cette solitude va nimber tout le propos et ce dès la séquence suivante où Joby, face à son épouse qui lui refuse tout dialogue, apprend l’intolérable conséquence du paraphe qu’il va apposer sur les documents du divorce. Séquence en flux tendu où la caméra (au poing) capte les moindres regards, hagards de Paul Dano et fuyants de son épouse. Deux avocats les accompagnent, renforçant le grotesque quasi ubuesque de la situation. 

Tout au long de ces 90 minutes, la scénariste-réalisatrice va, sans subterfuge ni artifice, filmer ce personnage en totale déréliction. Chaque protagoniste va l’isoler plus encore que lorsqu’il est seul, qu’il s’agisse de son crétin d’avocat qui va jusqu’à l’inviter chez lui pour goûter les lasagnes de sa maman-poule (séquence drolissime), sa copine ou son épouse. Dans un décor de campagne hivernale où l’ennui semble plomber et anesthésier les âmes, ce chanteur en herbe, fracassé par une existence dont on ne saura pas grand-chose, va accomplir un véritable chemin de croix, usant de ses quelques armes (mais à contre cœur) pour rencontrer la chair de sa chair. Avec une immense pudeur, sans le moindre pathos, sans s’appesantir non plus sur un discours apologétique sur la famille, elle se contente encore une fois de capter cette douleur mais aussi cette forme de rédemption qui s’opère chez Toby. 

 

Hélas absent du palmarès de Deauville

Pour filmer cette histoire de divorce du côté masculin, la cinéaste a réussi un coup magistral en confiant le rôle principal à Paul Dano. Ce comédien génial découvert dans « My little Sunshine » et dont le potentiel a scotché tous les spectateurs de « There will be blood », la fresque pétrolière de PTA, livre ici une bouleversante composition. Pas un plan, pas un instant où il n’est pas ce père d’une famille qui ne sera jamais la sienne. Tout en intériorité, loin de la performance très physique du film de Paul Thomas Anderson, il est encore plus convaincant. Même si le jury du n’y a pas été sensible dans son palmarès.

paul dano

 

Résumé

En optant pour la totale sobriété d’un jeu très intériorisé, Paul Dano offre à son personnage de père déphasé sur le point de perdre sa fille pour toujours une humanité bouleversante sans pour autant verser dans le pathos. Magistral de bout en bout, il porte ce film, au demeurant fort bien écrit et réalisé, vers des sommets du cinéma indépendant. Immanquable. 

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=EbXLEi0srLo[/youtube]

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Franck

Cet article a été rédigé par Franck Bortelle, Rédacteur de Critique Film.