Critique : Fleur de cactus

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Etats-Unis, 1969
Titre original : Cactus flower
Réalisateur :

Acteurs : , , , Jack Weston
Distribution : Columbia
Durée : 1h44
Genre : Comédie
Date de sortie : 19 décembre 1969

Note : 3,5/5

De nos jours, il existe un moyen très facile de constater à quel point cette comédie de mœurs aurait pu tourner au désastre : regarder ou plutôt subir Le Mytho Just go with it de Dennis Dugan, le remake avec Adam Sandler et Jennifer Aniston sorti il y a quatre ans. En effet, la prémisse de ne fait pas forcément preuve d’ingéniosité et sa structure dramatique emprunte bon nombre de ses dispositifs au théâtre de boulevard le plus convenu. Et pourtant, sous la direction prudente de et grâce aux interprétations magistrales de , et surtout , ce film fermement ancré dans son époque – la fin des années 1960 et l’éveil des sens au détriment des convenances sociales – se mue progressivement en un divertissement aussi jubilatoire qu’irrésistible !

Synopsis : La vendeuse Toni Simmons a décidé de mettre fin à ses jours, à cause du refus de son amant, le dentiste Julian Winston, de s’engager pleinement dans leur relation. Elle est sauvée in extremis par son voisin, l’écrivain Igor Sullivan. Pris de remords, Julian accepte de divorcer et d’épouser la nouvelle femme de son cœur. Cette solution joliment romantique de leur différent présente cependant deux problèmes majeurs : Julian n’a jamais été marié, il avait seulement prétendu l’être pour garder sa liberté, et Toni n’accepte de devenir sa femme qu’à condition d’avoir la bénédiction de son épouse actuelle. Aux abois, le dentiste sollicite alors sa fidèle secrétaire suédoise Stephanie Dickinson, qui devra se faire passer pour sa femme et de surcroît pour la mère de ses trois enfants.

Les Piquantes

Les deux films dans lesquels a joué en 1969 ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre. D’un côté, nous avons Hello Dolly de Gene Kelly, une comédie musicale longue et pesante qui véhicule un rapport de forces archaïque entre hommes et femmes. De l’autre, il y a cette comédie malicieuse dans laquelle le sexe anciennement considéré comme faible prend le pouvoir sans que les hommes osent s’y opposer, voire sans qu’ils ne s’en rendent compte. L’interprétation de l’acteur principal est parfaitement à la hauteur de ce changement de registre radical. Encore abonné aux vieux grincheux auprès de Barbra Streisand, il fait preuve d’une attitude plus désemparée, quoique jamais totalement désarmée, face au duo de tonnerre formé par Hawn et Bergman. Les personnages que ces dernières jouent avec brio s’affranchissent sans peine des attributs qui collent habituellement à la peau de leurs stéréotypes respectifs – la blonde décervelée et la vieille fille sinistre – pour mieux agencer de savoureux quiproquos. Or, leurs revendications en faveur d’une vie amoureuse moins cadenassée sonnent étonnamment modernes, surtout de la part d’un scénariste issu de la vieille école comme , qui exerce pour une fois sa maestria des répliques venimeuses sans son acolyte habituel Billy Wilder.

Rira bien qui rira le dernier

Grâce à cette fraîcheur de ton, les thèmes abordés dans s’avèrent suffisamment universels pour sonner toujours justes, près de cinquante ans après sa sortie. Contrairement à la cure de jouvence forcée dans le film de Dugan, où le dentiste devient un chirurgien esthétique, le bar branché de New York un resort luxueux à Hawaï, et où les gadgets de la communication virtuelle prennent le dessus sur des trouvailles infiniment plus charmantes ici. Ainsi, la séquence de la danse est un sommet humoristique, menant à leur paroxysme les méprises multiples qui avaient jusque là propulsé le récit, tout en permettant à de nous émerveiller par son sens insoupçonné de la comédie physique. L’actrice s’approprie complètement un rôle taillé sur mesure et pourtant sensiblement différent de celui qu’elle tenait dix ans plus tôt, dans Indiscret de Stanley Donen, où elle était une sorte de pendant docile de Toni, c’est-à-dire méchamment trompé sans broncher jusqu’à la révélation finale. Il serait certes exagéré d’interpréter ce retournement de situation comme une révolution, puisque n’est certainement pas un réalisateur investi d’une quelconque cause sociale. Mais la revanche des femmes bernées est assez nuancée pour ne pas en faire un règlement de comptes tendancieux et, par conséquent, à nouveau daté.

Conclusion

a été oscarisée pour ce film, dans le genre de rôle dont elle allait jouer essentiellement des variations plus ou moins inspirées pendant les trente années suivantes. Nous lui préférons pourtant la sublime , qui capte brillamment le dilemme de son personnage, tiraillé entre ses responsabilités d’une femme plus très jeune et les possibilités inattendues d’un épanouissement à la fois amoureux et sexuel auxquelles les mensonges embarrassants de son patron lui donnent droit.

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