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La Roche-sur-Yon 2017 : England is mine


Royaume-Uni, 2017
Titre original : England is mine
Réalisateur :
Scénario : Mark Gill et William Thacker
Acteurs : , Jessica Brown Findlay, Katherine Pearce, Adam Lawrence
Distribution : Bodega Films
Durée : 1h34
Genre : Biographie filmique
Date de sortie : 7 février 2018

Note : 3/5

Ce n’est pas dans beaucoup de domaines que l’on peut admirer la classe de nos voisins britanniques. Le genre plutôt pointu des biographies filmiques sur les chanteurs en fait cependant partie. Tandis que le cinéma français n’a d’yeux – et d’oreilles – que pour le haut du panier populaire, comme Claude François et Dalida, son pendant américain paraît seulement connaître deux styles musicaux, le rap et la soul, avec tout ce que cela implique de recours répétitif à la violence et à la drogue. En Angleterre, les choses se passent un peu différemment, puisque l’accent y est mis sur l’aspect social de futures carrières planétaires, qui ne sont encore qu’au stade de balbutiements de mélomanes mal dans leur peau. Sept ans après Nowhere boy de Sam Taylor-Wood sur les débuts de John Lennon, nous voici face à une histoire comparable dans ses grandes lignes sur le démarrage laborieux du parcours en fin de compte couronné de succès de Morrissey. Or, l’intrigue de England is mine s’arrête justement quand le sort du compositeur-interprète change pour le mieux, nous laissant par conséquent avec une histoire aux résonances plus universelles. Comme le réalisateur Mark Gill l’avait dit lors de la présentation de son premier long-métrage au , nul besoin d’être familier de la discographie du chanteur de The Smiths pour comprendre la résistance féroce du personnage principal contre les diverses tentatives d’uniformisation auxquelles il était exposé au début de sa vie d’adulte.

Synopsis : Au milieu des années 1970, le jeune Steven Patrick Morrissey est un fin connaisseur autoproclamé de la musique rock indépendante, dont les groupes les plus emblématiques ne font jamais escale dans sa ville natale de Manchester. Il exprime son désarroi musical dans des lettres de lecteurs virulentes, publiées sans aucun retentissement dans le journal local. Alors que ses amies et confidentes Anji et Linder le poussent à franchir le pas et à se jeter à l’eau d’une création personnelle, Steven hésite longuement avant de s’engager dans un groupe aux côtés du guitariste Billy.

Pris en étau entre deux écluses

Le tourbillon de la vie se manifeste d’une manière particulièrement saisissante dans le premier plan de England is mine : on y voit les flots sombres d’une rivière s’agiter sans autre finalité que d’exercer un pouvoir hypnotique sur le spectateur. Cette métaphore, peut-être pas très originale mais diablement efficace, sied parfaitement aux luttes turbulentes du protagoniste avant qu’il ne trouve sa voie de chanteur accompli. Elle sert aussi en tant que signe annonciateur du style de la mise en scène, qui soigne parfois jusqu’à l’excès l’esthétique visuelle du film. Les belles images ne manquent ainsi pas pour ponctuer le récit de la quête difficile de soi-même, créant alors un contrepoids plastique éclatant à la noirceur existentielle qui aurait facilement pu monopoliser le propos du film. La dualité manifeste entre la forme et le fond exerce en même temps une étrange influence oppressante sur l’aspect global de cette biographie filmique partielle, comme si ses origines petites-bourgeoises n’étaient pas le seul et unique élément susceptible d’apprivoiser, voire d’étouffer, les ambitions artistiques de Steven. En somme, ce décalage sans doute volontaire entre la photo léchée d’une caméra qui sait toujours exactement où se placer – aussi grâce au travail expérimenté du chef opérateur – et un protagoniste en panne préjudiciable de projets professionnels a une tendance presque fâcheuse à aplatir les zones d’ombre au lieu de les rendre plus rugueuses.

Éviter de vivre

Car s’il ne fallait retenir qu’un message de l’histoire de England is mine, c’est qu’il suffit d’insister et de tirer profit de chaque rencontre pour parvenir tôt ou tard à ses fins. Tout sauf un manipulateur au calcul implacable, le personnage principal doit toutefois se battre avec un nombre important de démons intérieurs et d’adversaires extérieurs, avant de trouver réellement sa voix. Son côté introverti et prématurément aigri ne le rend certes pas plus sympathique, mais la fonction séduisante est de toute façon déjà remplie par l’élégance de la narration précitée. Il reste donc amplement le temps d’être confronté aux imperfections de cet homme aux errements multiples. Plutôt que d’ériger son état d’indécision constante en obstacle insurmontable, le réalisateur Mark Gill, avec l’aide précieuse de l’acteur Jack Lowden, l’étudie dans le contexte des premières années de la vie d’adulte, intimement connu par tous ceux qui l’ont traversé ou qui – pire encore – y sont pris au piège dans une horrible boucle sans issue. La nonchalance apparente de Steven, dans la plus pure tradition du spleen britannique, cache alors au mieux partiellement les poussées de panique, propres à tous ceux qui s’interrogent en toute honnêteté sur la direction que prend leur vie à ce moment décisif, ainsi qu’ultérieurement, à chaque fois que les options de réussite ou de satisfaction personnelle semblent compromises.

Conclusion

Notre séjour en Vendée s’est terminé, hélas toujours trop tôt, par ce film britannique solide, qui arrache les débuts du parcours artistique de Morrissey à quelque considération sectaire que ce soit, afin d’en faire l’exemple doucement édifiant de l’entêtement en fin de compte bénéfique pour ce musicien né. England is mine est un film dont la beauté souvent subjuguante entretient un jeu d’échange propice à la réflexion avec son histoire, répétée maintes fois jusqu’à aujourd’hui, sur le désespoir de jeunes qui ignorent comment s’épanouir en province.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles