Critique : Elvis & Nixon

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Etats-Unis, 2016
Titre original : Elvis & Nixon
Réalisateur :
Scénario : Joey Sagal, Hanala Sagal et Cary Elwes
Acteurs : , ,
Distribution : Warner Bros. France
Durée : 1h27
Genre : Comédie historique
Date de sortie : 20 juillet 2016

Note : 3/5

Elvis Presley et Richard Nixon, deux hommes qui ont indubitablement marqué leur époque, mais qui n’ont pas vraiment joui d’une réputation posthume flatteuse. L’héritage politique du 37ème président des Etats-Unis est pour le moins contrasté, avec cette tare indélébile de sa démission suite au scandale de Watergate qui restera plus gravé dans les manuels d’Histoire que ses tentatives d’ouverture de la politique étrangère américaine vers ses ennemis. Quant à Elvis, tout ce qui reste de lui est une armée de sosies risibles, qui se déhanchent laborieusement sur les tubes du king tombés en désuétude, quoique toujours plus mémorables que sa filmographie sans aucun intérêt pour un public international. Au sommet de leur gloire, au début des années 1970, ces deux géants aux pieds d’argile de la culture américaine se sont donnés rendez-vous, lors d’une rencontre aussi brève qu’improbable. Elvis & Nixon évoque cet événement anecdotique avec une dose considérable d’ironie, voire de dérision, comme si ses créateurs étaient parfaitement conscients que la terre ne s’était point arrêtée de tourner, juste parce que deux figures plus grandes que nature s’étaient serré la main. Grâce à ce recul lucide, le film de Liza Johnson affiche l’inclination bienfaisante de ne pas (du tout) se prendre au sérieux.

Synopsis : Dépité par la direction que prend son pays et épuisé par sa dernière tournée, le célèbre chanteur Elvis Presley décide de prendre les choses en main. Après avoir mobilisé son ancien assistant Jerry Schilling, il se rend incognito à Washington en décembre 1970 afin de s’entretenir avec le président Richard Nixon sur la marche à suivre pour redresser l’état d’esprit des Américains et pour combattre le fléau de la drogue. Il espère en effet être nommé agent fédéral indépendant, pour mieux infiltrer les cercles criminels des dealers. Or, le chef de l’état ne voit pas du tout l’intérêt d’une telle rencontre, malgré les nombreuses tentatives de la part de ses responsables des relations publiques de le convaincre de l’utilité politique d’être vu aux côtés d’une vedette à la popularité immense.

Pleins feux sur la télé

Vers le début du film, nous voyons Elvis, assis seul et dépité dans la salle de projection de sa demeure démesurée de Graceland, en train de regarder en simultané trois écrans de télévision, sur lesquels défilent les images alarmantes de l’agitation révolutionnaire qui embrase alors les Etats-Unis. Incapable d’assister à tant de désordre iconoclaste, le rocker choisit un moyen quelque peu extrême pour y mettre fin, en tirant avec son pistolet sur les téléviseurs. Pareille réaction explosive ne se reproduira pas au fil du récit, qui opte plutôt pour la position de l’observateur amusé par la folie manifeste chez les deux personnages principaux. Il ne s’agit ainsi pas tant de forcer le trait pour mieux insister sur l’importance historique des faits, mais au contraire de les prendre avec une pointe de raillerie pour ce qu’ils sont, à savoir une parenthèse incongrue qui n’a produit aucun résultat tangible en dehors de cette fameuse photo. Faute de débouchés proprement historiques, l’intrigue s’amuse alors tant qu’elle le peut, sans élargir le propos vers une réflexion plus ample sur l’impact médiatique de la rencontre, et sans alourdir non plus le ton de la narration par autre chose qu’une désinvolture passablement jubilatoire.

Général Zod contre Francis Underwood

Pour résumer, Elvis & Nixon sait séduire parce qu’il attribue au cœur de son histoire la place presque banale qui lui revient de plein droit. Formellement, le film ne se distingue pas par une reconstitution faramineuse, laissant à quelques prises au format Super 8 des monuments de la capitale le soin d’amorcer le dépaysement dans le temps. Et le dispositif du point d’accès à la mégalomanie à peine larvée de Elvis Presley et de Richard Nixon par le biais du personnage plus réfléchi interprété par Alex Pettyfer ne peut être considéré que d’académique. Néanmoins, les interprétations sans trop de retenue de Michael Shannon et de Kevin Spacey dans les rôles titres sont tout à l’honneur de ces comédiens, qui savent très bien faire la différence entre le cabotinage outrancier et un jeu plus nuancé. Tandis que le premier campe un Elvis revenu de tout, profondément blasé par l’image que ses nombreux fans lui attribuent et désireux de se réinventer de la façon la plus improbable que l’on puisse imaginer, le deuxième se complaît visiblement à passer en revue les différents tics du président si amèrement vilipendé. L’interprétation de Spacey ne vaut certes pas celle de Anthony Hopkins dans le Nixon de Oliver Stone, sensiblement plus sérieux, ni celle dans sa série à succès « House of Cards ». Mais elle reste parfaitement cohérente par rapport à un film, qui est au moins autant en quête d’un prisme moqueur que de la vérité historique.

Conclusion

Comment des idoles d’une époque révolue peuvent-elles encore avoir une influence sur notre conception du monde actuel ? Le troisième film de la réalisatrice Liza Johnson ne cherche pas vraiment à apporter une réponse catégorique à cette interrogation sans urgence existentielle aucune. Il préfère plutôt souligner le caractère à long terme insignifiant de son événement central, tout en s’adonnant à une mise en abîme légère sur la nature éphémère des icônes aux Etats-Unis, interprétées ici avec panache par Michael Shannon et Kevin Spacey.

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