Nécrologie News — 29 octobre 2019
Décès du producteur Robert Evans
Love Story © 1970 Paramount Pictures Tous droits réservés

Le producteur américain est décédé le 26 octobre à Beverly Hills. Il était âgé de 89 ans. En tant que directeur du studio Paramount pendant une dizaine d’années, de 1966 à 1975, Evans était une des figures majeures du Nouvel Hollywood, permettant à des réalisateurs tels que Roman Polanski et Francis Ford Coppola de créer des chefs-d’œuvre du cinéma comme Rosemary’s Baby et Le Parrain. Le bilan de son activité de producteur était par contre plus contrasté, puisque après des succès initiaux avec de Polanski et de John Schlesinger, il devenait progressivement une persona non grata à Hollywood. Sa vie haute en couleur avait fait l’objet d’un documentaire en 2002, .

Le Parrain © 1972 Paramount Pictures Tous droits réservés

Robert Evans avait très tôt fréquenté le monde du spectacle, puisqu’il avait commencé sa carrière dans les années 1940 en tant qu’acteur à la radio. Il avait fait ses premiers pas devant la caméra à la fin des années ’50 dans L’Homme aux mille visages de Joseph Pevney, dans lequel il interprétait – quel drôle de présage – le rôle du jeune prodige Irving G. Thalberg. C’est la veuve du producteur légendaire, l’actrice Norma Shearer, qui avait découvert Evans. Pourtant, sa carrière d’acteur n’allait être que de courte durée, puisque elle ne comprendra que trois films supplémentaires : de Henry King, Le Tueur au visage d’ange de Gordon Douglas et Rien n’est trop beau de Jean Negulesco. Lors du tournage du premier, une adaptation de Ernest Hemingway dans laquelle Evans tenait le rôle improbable d’un torero, le producteur Darryl F. Zanuck avait soutenu le jeune acteur contre l’opposition de l’écrivain et des autres membres de la distribution en insistant que « le gamin reste dans le film », une citation qui allait à la fois donner son nom à l’autobiographie du futur producteur et l’inciter à changer de casquette.

Chinatown © 1974 Paramount Pictures Tous droits réservés

Au milieu des années 1960, il s’apprêtait donc à produire ses trois premiers films chez la Fox, dont le policier Le Détective avec Frank Sinatra, quand le sort en a décidé autrement. Le studio Paramount venait tout juste d’être racheté par l’entrepreneur Charlie Bluhdorn, qui avait l’ambition d’en faire à nouveau un des meneurs de l’industrie hollywoodienne. Après avoir lu un article élogieux sur le producteur débutant Evans, il allait le charger d’abord de superviser la production européenne du studio, puis, quelques mois plus tard, de prendre les rênes de la Paramount. Alors que toute la communauté du cinéma américain et la presse spécialisée attendaient malicieusement l’échec inévitable de Robert Evans, chef de studio jeune et inexpérimenté – ce qui aurait pu arriver après une première salve de films sans succès au box-office, tels que La Kermesse de l’ouest de Joshua Logan et Darling Lili de Blake Edwards – , l’instinct du dirigeant allait bientôt établir des recettes gagnantes. A commencer par le succès mondial de Love Story de Arthur Hiller, qui arrangeait à lui seul la situation financière du studio en 1970, précédé de Rosemary’s Baby de Roman Polanski et de Drôle de couple de Gene Saks, puis suivi du Parrain de Francis Ford Coppola – Oscar du Meilleur Film en 1973 – et de Harold et Maude de Hal Ashby.

The Kid stays in the Picture © 2002 Warner Bros. / Focus Features / Mars Distribution
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Dès lors, Robert Evans était tellement habitué du succès qu’il a su imposer sa volonté de produire un film par an à titre personnel, tout en gardant le poste prestigieux de chef de studio. Cet accord ambigu allait trop rapidement porter ses fruits, puisque le succès de Chinatown de Roman Polanski allait obliger Evans d’abandonner son fauteuil au sommet de la Paramount, afin de devenir un producteur à part entière. La transition était d’abord couronnée de succès, avec des films comme Marathon Man de John Schlesinger, de John Frankenheimer, Smash de Anthony Harvey et de James Bridges. Mais l’échec de de Robert Altman et surtout le tournage houleux de de Francis Ford Coppola, accompagnés de déboires dans sa vie privée, allaient mettre un terme précoce à sa carrière. Ce n’est que son amitié avec Jack Nicholson qui allait permettre à Evans de remonter la pente une dizaine d’années plus tard, en retrouvant son contrat avec la Paramount, chez laquelle il allait produire à partir des années 1990 et jusqu’en 2003 des films comme The Two Jakes de Jack Nicholson, et de Phillip Noyce, Jade de William Friedkin, de Simon Wincer, Escapade à New York de Sam Weisman et de Donald Petrie. En 2002 était sorti le documentaire The Kid stays in the Picture de Nanette Burstein et Brett Morgen sur la vie mouvementée du producteur, racontée par lui-même.

Comment se faire larguer en 10 leçons © 2003 John Clifford / Paramount Pictures
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Robert Evans a été nommé à l’Oscar du Meilleur Film en 1975 pour Chinatown. Il a reçu le prix honorifique de la Producers Guild of America en 2003. En parfait accord avec son style de vie flamboyant, il a été marié à sept reprises, entre autres avec les actrices Ali MacGraw, pendant près de quatre ans, et Catherine Oxenberg, pour même pas dix jours, leur mariage ayant été annulé en 1998. Son influence au sein de la communauté hollywoodienne a été telle, que l’acteur Dustin Hoffman s’était largement inspiré de Evans pour son interprétation du producteur fictif Stanley Motss dans Des hommes d’influence de Barry Levinson pour laquelle il avait reçu sa septième et à ce jour dernière nomination à l’Oscar du Meilleur acteur en 1998.

Des hommes d’influence © 1997 New Line Pictures Tous droits réservés

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles