De retour en salles au mois de juillet 2022

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Monsieur Klein © 1976 Victor Rodrigue / Lira Films / Adel Productions / Nova Films / Studiocanal / Les Acacias
Tous droits réservés

Au mois de mars dernier, l’absence en France de quelque commémoration que ce soit du centenaire de Pier Paolo Pasolini nous avait passablement enragés. Alors que l’œuvre du trublion italien est plus que jamais d’actualité par sa dimension sociale, morale, politique et esthétique, comment justifier ce honteux passage sous silence ? Peut-être avec les préparatifs d’une rétrospective digne de ce nom pour cet été, entrepris par le distributeur infatigable Carlotta Films, mais pas uniquement par lui. Dès demain, puis à partir du troisième mercredi de ce mois de juillet et au-delà, vous aurez donc l’occasion de voir ou redécouvrir l’essentiel d’une filmographie merveilleusement iconoclaste.

Également au programme de ce début d’été : deux doubles séances de réalisateurs sérieusement négligés ces derniers temps par les distributeurs de films de répertoire, ainsi que des pépites plus ou moins confidentielles signées Djibril Diop Mambéty, Joseph Losey, Joe Dante, Stanley Donen, John Carpenter, Valerio Zurlini, Alfred Hitchcock et Zhang Yimou.

L’Évangile selon Saint Matthieu © 1964 Angelo Novi / Arco Film / Lux Compagnie Cinématographique de France /
Carlotta Films Tous droits réservés

Événement Pasolini 100 ans !

Il a beau être mort et enterré depuis près d’un demi-siècle, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975) continue d’intriguer, voire de déranger. Sa vision d’un monde à forte connotation communiste et homosexuelle n’est guère plus fréquentable aujourd’hui dans les cercles bien-pensants qu’elle ne l’a été au plus haut de sa réputation sulfureuse dans les années 1960. Mais rien que le fait que sa voix continue d’être entendue dans notre ère aseptisée par le conformisme sous toutes ses formes nous donne de l’espoir, quant à la longévité de son œuvre. Une valeur perpétuée à travers le temps de différentes façons, comme par exemple à travers la magistrale biographie filmique très partielle entreprise en 2014 par Abel Ferrara sur les derniers jours du cinéaste, interprété alors par Willem Dafoe.

Après une première ressortie début juin chez Solaris Distribution de l’ultime film de Pasolini, Salo ou les 120 jours de Sodome, Carlotta Films reprend les choses dans l’ordre, en sortant dès demain les deux premiers films du réalisateur. Et Accattone, et Mamma Roma s’inscrivent dans l’héritage du néoréalisme engagé, même si au moment de leur production, au début des années ’60, le cinéma italien commercial était d’ores et déjà passé à autre chose. Néanmoins, toute l’indignation saine, toute l’empathie de Pasolini pour les Italiens d’en bas s’y manifestent avec force et beauté.

Deux semaines plus tard, le 20 juillet, les six films suivants du réalisateur – à quelques détails chronologiques près – ressortiront également chez Carlotta Films. Avec notamment de belles raretés comme le sketch du film à épisodes RoGoPaG, dont les autres parties mises en scène par Roberto Rossellini et Jean-Luc Godard demeurent hélas toujours aussi invisibles, et le documentaire Enquête sur la sexualité, tout comme des classiques qu’on ne se lassera jamais de voir ou de revoir tels que L’Évangile selon Saint Matthieu, Des oiseaux petits et gros, Œdipe roi et Médée.

Ne manqueront plus à l’appel que Théorème que le distributeur Tamasa ressortira à la fin de l’été, le 31 août, ainsi que la célèbre trilogie érotique de la vie, composée du Décameron, des Mille et une nuits et des Contes de Canterbury, ressortie officiellement la dernière fois au début du siècle, l’été 2002.

Ce plaisir qu’on dit charnel © 1971 Mary Ellen Mark / Embassy Pictures / Lost Films Tous droits réservés

Mike Nichols sonne toujours deux fois

Les deux autres réalisateurs mis à l’honneur ce mois-ci ne bénéficient certes pas de la même exposition privilégiée et quasiment exhaustive que leur confrère italien. Cependant, on ne peut que saluer l’initiative de ces mini-rétrospectives sous forme de diptyque. Elles nous permettront de nous familiariser avec des pans peut-être moins connus de filmographies, sinon entrées dans les annales du cinéma.

C’est le réalisateur américain Mike Nichols (1931-2014) qui passera le premier, à partir du mercredi 20 juillet. Tandis que ses films les plus connus comme Le Lauréat et Qui a peur de Virginia Woolf ? sont projetés à intervalles plus ou moins réguliers dans les meilleures salles de répertoire, les deux films déterrés par Lost Films courraient sérieusement le risque de tomber dans l’oubli. Pourtant, au moins le premier, Ce plaisir qu’on dit charnel avec Jack Nicholson, Candice Bergen et Ann-Margret, avait défrayé la chronique au début des années ’70 avec son histoire d’amour libre et sans entraves bien dans l’air du temps. A voir si pareille farce de mœurs n’a pas pris une ride cinquante ans plus tard …

L’adaptation du roman de Robert Merle Le Jour du dauphin se veut sensiblement moins torride, avec son histoire d’entraînement de dauphins, menée par une distribution solide composée de George C. Scott, Trish Van Devere et Paul Sorvino. De quoi réconforter notre avis globalement positif sur la carrière de Mike Nichols, le réalisateur aux dix-huit longs-métrages dont une infime partie étaient des ratages complets à l’image de De quelle planète viens-tu ? en l’an 2000.

Passion d’amour © 1981 Massfilm / Rizzoli Films / Les Films Marceau-Cocinor / TF1 Studio / Les Acacias Tous droits réservés

Due volte Ettore Scola

Parmi les films de Ettore Scola (1931-2016), contemporain direct de Mike Nichols, c’est surtout Nous nous sommes tant aimés – César du Meilleur Film étranger en 1977 – qui tourne en boucle, dès qu’il s’agit de rendre hommage au meilleur du cinéma transalpin. Ses autres films très connus en France comme Une journée particulière – César du Meilleur Film étranger en 1978 – et Le Bal – César du Meilleur Film et du Meilleur réalisateur en 1984 – n’ont eu droit à une ressortie qu’il y a de nombreuses années. Entre ces deux piliers d’une filmographie des plus respectables, Ettore Scola avait tourné les deux films qui ressortent chez Les Acacias à la fin du mois, le 27 juillet.

La Terrasse est le genre de film dont le cinéma italien en général et ce réalisateur-ci en particulier avaient le secret, à savoir une histoire épique contée depuis le cadre intimiste d’une réunion de famille ou entre amis. Bien évidemment, la distribution y est des plus prestigieuses, puisqu’on y croise un quatuor de monstres sacrés du cinéma italien et français, de grands habitués du cinéma de Scola aux noms de Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, le regretté Jean-Louis Trintignant et Marcello Mastroianni. Par ailleurs, Trintignant avait refait équipe avec le réalisateur dès l’année suivante en 1981 pour Passion d’amour, un conte romantique d’époque porté par Bernard Giraudeau et Valeria D’Obici.

Les Enchaînés © 1946 Robert Capa / Vanguard Films / RKO Radio Pictures / Ciné Sorbonne Tous droits réservés

From Hollywood with love and terror

De l’amour et de l’horreur vous tiendront en haleine cet été, si vous êtes amateurs de films américains plus ou moins anciens. De l’amour et tout de même une dose passable de tension d’abord, avec le classique du cinéma romantique de la fin des années ’60, Voyage à deux de Stanley Donen, dans lequel Audrey Hepburn et Albert Finney forment un couple légendaire. Ressortie – deux ans après la précédente – chez Ciné Sorbonne le 13 juillet. Les choses se gâtent en termes de frictions amoureuses pour Ingrid Bergman et Cary Grant dans l’un des thrillers hitchcockiens les plus redoutables, Les Enchaînés, chez le même distributeur deux semaines plus tard.

Frissonner dans une salle de cinéma à la fois grâce à la climatisation et à l’action terrifiante à l’écran : il y a des manières infiniment moins plaisantes pour se mettre à l’abri des canicules qui nous guetteront dans les semaines à venir. Ce sera possible en hurlant à partir du 13 juillet avec les loups-garous de Joe Dante dans Hurlements, le film qu’il avait réalisé entre Piranhas en 1978 et Gremlins en 1984. Merci à Splendor Films de nous ressortir ce petit joyau du cinéma fantastique du début des années ’80 ! Puis, une semaine plus tard, en prenant place dans Christine, la voiture hantée du personnage de Keith Gordon dans l’adaptation de Stephen King par John Carpenter. Un petit merci tout de même à Ciné Sorbonne, même si la dernière ressortie du film remonte seulement à l’automne dernier …

La Petite vendeuse de soleil © 1999 Maag Daan / Waka Films / JHR Films Tous droits réservés

Le soleil brille aussi ailleurs

Le Sénégal, la France, l’Italie et la Chine : les goûts de cinéma plus exotique, moins tributaire des sentiers battus trouveront de même de quoi se rassasier en ce mois de juillet 2022. A commencer dès demain par Monsieur Klein, le chef-d’œuvre de Joseph Losey – César du Meilleur Film et du Meilleur réalisateur en 1977 – que Les Acacias ont dépoussiéré en 4K, près de huit ans après sa dernière ressortie. Puisque huit autres films de Joseph Losey étaient de nouveau distribués entre-temps, dont plus tôt cette année Le Messager et The Servant, on se plongera de nouveau avec le plus grand plaisir dans ce conte oppressant sous l’Occupation, porté par Alain Delon.

Le même jour, un programme de deux courts-métrages, regroupés par JHR Films sous le titre Histoires de petites gens, vous permettra de vous familiariser encore un peu plus avec la filmographie parcimonieuse du réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty, disparu en juillet 1998, dont le long-métrage Hyènes était ressorti déjà en janvier 2019.

Moins exposés que la plupart des réalisateurs de ce tour d’horizon des ressorties des quatre prochains mercredis, Valerio Zurlini et Zhang Yimou ont néanmoins tendance à se rappeler au bon souvenir des spectateurs nostalgiques. Pour le premier, le retour le 20 juillet chez Les Films du Camélia de Le Soldatesse Des filles pour l’armée, un film de guerre avec Anna Karina, Marie Laforêt et Léa Massari, nous permettra de faire le lien entre la première partie de l’œuvre du réalisateur, ponctuée des films majeurs que sont Été violent, La Fille à la valise et Journal intime, et ses beaux films de fin de carrière prématurée Le Professeur et Le Désert des Tartares.

Quant à Zhang Yimou, désormais acquis corps et âme à la cause officielle chinoise, il fut un temps où ce même cinéma chinois renaissait avec fracas de ses cendres. Piqûre salutaire de rappel le 27 juillet par le biais de Qiu Ju Une femme chinoise, distribué par Films sans frontières et double lauréat au Festival de Venise en 1992 du Lion d’or et de la Coupe Volpi de la Meilleure actrice à Gong Li.

Voyage à deux © 1967 Stanely Donen Films / 20th Century Fox / Ciné Sorbonne Tous droits réservés

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