Critiques de films Drame — 28 août 2019
Critique : Viendra le feu


Espagne, France, Luxembourg : 2019
Titre original : O que arde
Réalisation :
Scénario : , Oliver Laxe
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h25
Genre : Drame
Date de sortie : 4 septembre  2019

3.5/5

Né à Paris en 1982, Oliver Laxe a grandi entre la France, l’Espagne et le Maroc. Viendra le feu est son 3ème long métrage. Le premier, Vous êtes tous des capitaines, avait été sélectionné à Cannes par la Quinzaine des Réalisateurs en 2010 et il avait reçu le prix FIPRESCI de cette sélection. Le deuxième, Mimosas, avait obtenu le Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2016. C’est, cette fois-ci, dans la sélection Un Certain Regard que Viendra le feu a été montré à Cannes cette année et il a obtenu le Prix du Jury de cette sélection.

Synopsis : Amador Coro a été condamné pour avoir provoqué un incendie. Lorsqu’il sort de prison, personne ne l’attend. Il retourne dans son village niché dans les montagnes de la Galice où vivent sa mère, Benedicta, et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent, au rythme apaisé de la nature. Jusqu’au jour où un feu vient à dévaster la région.

Une vie austère dans une région mystérieusement belle

Amador Coro a été condamné pour avoir provoqué un incendie de forêt dans la région de la Galice dans laquelle il vit avec sa mère, Benedicta, et sa chienne, Luna. Ce départ de feu venait-il d’un acte volontaire ? Amador était-il coupable, était-il innocent ? On ne le saura jamais. Toujours est-il qu’il a passé plusieurs mois en prison et que, à sa libération, la vie reprend comme avant auprès de sa mère, les premiers mots de cette dernière à son retour étant : « Tu as faim ? ». Quant au voisinage, il se partage entre incompréhension face à cette sortie de prison et blagues sur les allumettes. Dans cette région austère, très souvent ravagée par des incendies, les gens sont du genre taiseux et Amador et Benedicta encore plus, peut-être, que la moyenne. Entre la mère et son fils, les échanges verbaux se limitent au quotidien, les grandes effusions et les contacts physiques sont inexistants. Leur vie est dictée par la nature, par la pluie, souvent présente, par les animaux dont ils doivent s’occuper. Pour eux, la visite d’une vétérinaire fait figue d’évènement exceptionnel.

Malgré la pluie, les incendies de forêt sont très fréquents dans cette région du nord-ouest de l’Espagne, en particulier du fait de la présence importante de l’eucalyptus, un arbre hautement inflammable. Viendra le feu s’intéresse à un monde rural dont le modèle économique, fait de toutes petites exploitations, est en train de s’écrouler et qui cherche à se diversifier au travers du tourisme. C’est ainsi que des voisins d’Amador réparent des ruines pour en faire des gites susceptibles d’accueillir des touristes. Amador ne sera-t-il pas le suspect idéal lorsqu’un nouvel incendie viendra s’attaquer aux fruits de leur travail ?

Des images magnifiques

C’est dans le village de ses grands-parents, avec des villageois qu’il connait très bien, que Oliver Laxe a tourné Viendra le feu. En collaboration avec Mauro Herce, le Directeur de la photographie, il a su mettre en valeur ces paysages de montagnes très souvent enveloppées de brume, cette vie pastorale rude et tranquille. Le film commence par une scène grandiose qui voit la destruction d’eucalyptus par d’énormes engins jusqu’à ce qu’un arbre centenaire et immense arrive à modérer les ardeurs humaines. La fin du film est tout aussi splendide, avec ces images, à la fois terrifiantes et magnifiques, d’un gigantesque incendie de forêt. Peu de dialogues dans ce film, mais on retient forcément des phrases telles que « Si les eucalyptus font souffrir les autres plantes, c’est qu’ils souffrent eux-mêmes ».

Aucun acteur professionnel

On ne trouve aucun acteur professionnel  dans la distribution de Viendra le feu. Les deux interprètes principaux débutaient devant une caméra : Amador Arias, l’interprète d’Amador, a été garde forestier et il s’occupe aujourd’hui des animaux malades de la forêt. Benedicta Sánchez, l’interprète de Benedicta, est une femme de 83 ans dont il a fallu arriver à brider la grande énergie naturelle pour qu’elle se fonde parfaitement dans son rôle. Viendra le feu est construit sur des plans fixes, avec une utilisation parcimonieuse de musiques additionnelles, particulièrement bien choisies : l’inquiétant Konzert für Posaune und orchester de George Friedrich Haas,  l’élégiaque Cum Dederit extrait du Nisi Dominus d’Antonio Vivaldi et la poétique chanson Suzanne de Leonard Cohen.

Conclusion

Beaucoup moins mystique que Mimosas, le film précédent d’Oliver Laxe, Viendra le feu est ce qu’on appelle un beau film. Cela signifie, entre autre, que celles et ceux qui ont besoin de beaucoup d’action, de nombreux retournements de situation, n’y trouveront pas leur compte.  Par contre, celles et ceux qui se plaisent à contempler la nature, celle faite de forêts, de prairies et d’animaux, mais aussi la nature humaine, sauront se laisser séduire et trouveront en plus dans ce film matière à réflexion.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles