Critique : Une année difficile

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Une année difficile

France, 2023
Titre original : –
Réalisateurs : Eric Toledano et Olivier Nakache
Scénario : Eric Toledano et Olivier Nakache
Acteurs : Pio Marmaï, Noémie Merlant, Jonathan Cohen et Mathieu Amalric
Distributeur : Gaumont
Genre : Comédie sociale
Durée : 2h00
Date de sortie : 18 octobre 2023

2,5/5

Avec chaque jour qui passe et chaque décision politique qui va totalement dans la direction opposée, agir contre le dérèglement climatique relève plus que jamais de l’urgence et de l’évidence. Le cinéma peut jouer un rôle important dans la prise de conscience du public, ainsi que dans la suggestion de pistes pour se rendre utile dans ce combat primordial du XXIème siècle. Hélas, ce n’est pas grâce à des films comme Une année difficile que les choses vont sérieusement évoluer. Bancale, indécise et globalement maladroite, cette histoire de deux militants malgré eux ne trouve à aucun moment le ton juste pour soit nous les rendre vaguement sympathiques, soit conférer une véritable ferveur activiste aux opérations écologistes qu’ils mènent d’emblée sans conviction.

A moins que la finalité du huitième long-métrage des réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache n’ait été de souligner au contraire la futilité de ce genre d’engagement, tout en tirant le portrait d’une France dévorée par des questions d’argent. Ce qui constituerait tout de même un gros effort pour un résultat final plutôt médiocre … Car dans l’état, les deux petits crevards, campés avec plus ou moins de charme par Jonathan Cohen et Pio Marmaï, nous ont inspiré plus du dépit qu’une forme de solidarité moins antagoniste. Or, ils s’en tirent encore légèrement mieux que les fanatiques écolos, de véritables névrotiques illuminés, disponibles au choix en mode naïveté asexuelle pour Noémie Merlant ou jalousie ringarde pour Grégoire Leprince-Ringuet.

Quant à Mathieu Amalric, alors que son rôle aurait pu établir un lien entre les deux mondes incompatibles que le récit cherche à réconcilier, en vain, il est un père confesseur peu crédible, puisque condamné à courir après sa propre dépendance aux jeux à longueur de film.

© 2023 Carole Bethuel / Ten Cinéma / Quad Films / TF1 Studio / Gaumont Tous droits réservés

Synopsis : Le jour du Black Friday, Albert souhaite avant tout faire de bonnes affaires au centre commercial. C’était compter sans les activistes écolos menés par la charismatique Cactus qui en bloquent l’accès, afin de dénoncer la course effrénée aux marchandises au détriment de la planète. Albert réussit malgré tout à acheter un téléviseur haute définition, qu’il cherche de suite à revendre sur internet. Il trouve un repreneur en la personne de Bruno, lui aussi au bout du rouleau parce que lourdement endetté et sur le point de perdre sa maison. Ensemble, ils participent aux ateliers d’entraide de Henri Tomasi. A la sortie, ils se laissent séduire par l’offre d’une bière gratuite au local de l’association de Cactus. D’abord peu réceptifs au discours de la fin du monde pour cause climatique, ils finissent néanmoins par participer aux actions pour des raisons moins nobles que celles des autres activistes.

© 2023 Carole Bethuel / Ten Cinéma / Quad Films / TF1 Studio / Gaumont Tous droits réservés

Un pont entre deux mondes

Parfois, le mélange de problèmes sociaux donne des ailes aux univers filmiques imaginés par Eric Toledano et Olivier Nakache. Parfois, il s’écrase misérablement. Très loin du cocktail détonnant entre handicap et immigration à l’œuvre il y a douze ans dans Intouchables, Une année difficile hésite sans cesse entre ses deux repères sociaux : le surendettement et l’engagement pour la cause climatique. Pendant que le premier garde les deux personnages principaux prisonniers de leur jungle inextricable de crédits, les termes filmiques par lesquels transite le deuxième s’avèrent encore plus creux. Entre le tribunal financier ou le poste de police comme destination finale, l’embarras du choix n’existe guère pour ces deux hommes à l’esprit de débrouillardise dépourvu de la moindre intelligence.

Les deux perdants nés Albert et Bruno sont tellement obnubilés par leurs problèmes d’argent que rien d’autre ne compte pour eux, au fil des étapes successives de leur parcours laborieux. Cela leur arrive d’avoir des idées, soit. Mais invariablement, elles tombent à plat par la faute partagée entre un scénario à la limite de la condescendance à leur égard et leur goût prononcé pour l’échec sous toutes ses formes. Or, le regard que la mise en scène porte sur eux reste étrangement neutre, incapable de rendre palpable et concrète leur misère respective – en fait, nous n’avons pas souvenir qu’il soit fait mention ne serait-ce qu’une seule fois du métier de Bruno ! – et de leur conférer la force dramatique pour vouloir s’en sortir.

Le cercle vicieux de la galère en boucle se reflète dans l’existence périphérique et au demeurant complètement superflue de Tomasi. Ce personnage est l’hypocrisie faite homme, puisqu’il prêche la frugalité matérielle tout en se cassant régulièrement le nez au moment du contrôle d’identité à l’entrée du casino.

© 2023 Carole Bethuel / Ten Cinéma / Quad Films / TF1 Studio / Gaumont Tous droits réservés

Les pousses du cactus

En comparaison avec ces irresponsables de premier ordre, le milieu écologiste s’en sort encore moins bien. Visiblement autosatisfaite de dresser l’inventaire de toutes les actions ou presque d’Extinction Rebellion ayant alimenté un cycle médiatique en France ces dernières années, l’intrigue ne va point chercher plus loin afin d’interroger le bien-fondé ou l’absurdité d’un tel engagement. L’enchaînement des actions coup-de-poing ne donne lieu à aucune réflexion, en dehors du constat que ces hommes et ces femmes idéalistes sont des pigeons prêts à être piégés par le duo de petits voyous. Ainsi que par des discours et des modes d’action malheureusement très révélateurs de l’impuissance de ces activistes, face au rouleau compresseur des institutions républicaines. Celles-ci sont personnifiées ici, entre autres, par le juge, qui n’en peut plus de l’autoflagellation publique de Bruno, lors de son audition pour savoir s’il a su tirer les leçons nécessaires de sa débâcle financière.

Parmi toutes ces forces hétéroclites, il était sans doute impossible de parvenir à une conclusion tant soit peu raisonnable. Néanmoins, le dénouement que le tandem de scénaristes-réalisateurs nous a pondu risque de décourager même les spectateurs disposant encore de la meilleure des volontés, si tard dans un récit de plus en plus exsangue. Ce n’est pas tant le coup artificiel du deus ex machina une dizaine de minutes avant la fin que nous reprochons alors à Toledano et Nakache que la pirouette finale, bifurcant sans crier gare du côté d’une drôle de nostalgie des mois sombres du confinement pour cause de pandémie du coronavirus. En tout cas, c’est de la sorte que nous avons compris cette capitulation improbable envers un romantisme à l’eau de rose indigeste, certes latent tout au long du film, mais jusque là jamais en mesure de tirer la couverture narrative à lui.

© 2023 Carole Bethuel / Ten Cinéma / Quad Films / TF1 Studio / Gaumont Tous droits réservés

Conclusion

Quelle occasion fâcheusement ratée que cette comédie sociale qui n’attaque jamais des sujets brûlants par le bon bout ! Une année difficile, ce sont – à l’image des allocutions de quasiment tous les présidents de la Vème République, à l’exclusion de De Gaulle, placées au tout début et à la fin du film – des formules vidées de leur substance, sans impact notable sur le spectateur. Alors qu’il y aurait été amplement de quoi faire avec la seule lutte des activistes écologistes, le film de Eric Toledano et Olivier Nakache s’éparpille très tôt et en fin de compte irrémédiablement. L’agitation hystérique des comédiens y prévaut dès lors, à l’exception sans trop de mérite non plus de Jonathan Cohen, suffisamment détaché de ce bourbier idéologique pour nous divertir un tout petit peu avec ses pitreries habituelles.

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