Critique : Rester Vertical


rester vertical affiche 1France : 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Alain Guiraudie
Acteurs : , , ,
Distribution :
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie : 24 août 2016

3/5

C’est petit à petit que le réalisateur aveyronnais Alain Guiraudie gravit les marches du Palais : Le Roi de l’évasion, 2009, Quinzaine des Réalisateurs ; L’Inconnu du lac, 2013, Un Certain Regard ; 2016, Rester Vertical, en compétition au 2016. Nous voici loin des sorties confidentielles de Du Soleil pour les gueux et de Ce Vieux rêve qui bouge au début des années 2000.

Synopsis : Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

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En parcourant le causse

Un scénariste parcourt les petites routes qui serpentent au milieu des causses de l’Aveyron et de la Lozère. Un objectif pour Léo : trouver l’inspiration pour le scénario qu’exige de lui son producteur et qu’il n’a même pas encore commencé à écrire. Et puis, pourquoi pas, trouver un interprète, comme ce Yoan hébergé par un vieil homme fan des Pink Floyd et qui se tient sur le bord de la route. Léo le trouve très cinégénique mais Yoan refuse la proposition qui lui est faite de participer à un casting. Qu’importe, après tout : le hasard lui propose de croiser Marie, une bergère qui vit chez son père avec ses deux enfants. Une bergère qui va lui ouvrir son lit, car si, s’agissant de son troupeau, elle vit dans la hantise des loups, s’agissant des hommes, elle ne craint pas d’aller le voir, ce loup. Si le scénariste n’arrive pas à accoucher de son scénario, Marie, elle, va accoucher d’un bébé, fruit de cette union avec Léo. Un bébé qu’elle va laisser à Léo, pas mécontent du tout de cette monoparentalité.

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Un scénario fourre-tout

On peut voir Rester Vertical comme un conte regorgeant de références religieuses : Marie, les loups, une bergère et ses brebis, l’enfantement. Dans ce récit presque biblique, on retrouve la plupart des marottes d’Alain Guiraudie : l’homosexualité, l’amour de la nature, de ces paysages si particuliers des causses, qu’ils soient Larzac ou Méjean, la difficulté de vivre seul dans le monde rural, le goût pour les images d’une crudité assumée, gros plan sur le sexe d’une femme, façon « L’Origine du monde », accouchement vécu quasiment dans son intégralité, caresses féminines censées donner de la vigueur à un sexe d’homme paresseux (recherche de la verticalité !), sodomisation d’un vieillard sur le point de passer l’arme à gauche. Le film se penche aussi sur le désir de paternité chez les homosexuels, s’interroge sur le bien-fondé de la préservation de certaines espèces animales, nous fait rencontrer une sorte de thérapeute vivant dans une cabane et relate les réflexions particulièrement machistes d’un vieux veuf qui, manifestement, regrette surtout de ne plus avoir auprès de lui une femme pour s’occuper du ménage et de la cuisine. En résumé, un film fourre-tout qu’un spectateur bien luné pourra trouver très riche, tandis qu’un spectateur grognon n’appréciera pas de passer sans arrêt, sans crier gare, d’un thème à l’autre et des causses aveyronnais à la ville de Brest. Le scénariste Guiraudie a-t-il si peur de la page blanche, ce drame vécu par Léo, qu’il en arrive à surcharger la barque quand il s’agit de son propre travail ? Et le titre, me direz vous ? Rester vertical, ne pas même se pencher, rester debout, c’est le comportement qu’il faut adopter face au loup, afin de ne pas donner l’impression d’avoir peur de lui. Alain Guiraudie serait-il le précurseur du mouvement « Nuit debout » ?

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Un cinéma sans star

Ne vous attendez pas à retrouver des stars du cinéma au générique de Rester Vertical, ce n’est pas le genre de la maison Guiraudie. Que ce soit Damien Bonnard, l’interprète de Léon, India Hair, qui joue Marie, Raphaël Thiéry, le père de Marie, Christian Bouillette, dans le rôle du vieil homme ou , dans celui de Yoan, ce sont soit des comédiens interprétant le plus souvent des seconds rôles, soit des débutants au cinéma. Finalement, la comédienne la plus connue n’interprète qu’un second rôle : , dans le rôle de Mirande, la thérapeute.

Pour l’accompagnement musical du film, Alain Guiraudie a pas fait appel, non pas à un compositeur, mais au superviseur musical Thibaut Bordelaise qui a choisi quelques belles pépites sortant des sentiers battus : Wooden Shjips, Wishbone Ash, Joe Walsh, Wall Of Death, Julian Cope.

Conclusion

Les films d’Alain Guiraudie ont longtemps fait penser au cinéma de Mocky par leur côté foutraque et iconoclaste. Maintenant qu’il a son rond de serviette dans la compétition officielle de Cannes, on aurait pu craindre qu’il en arrive à proposer un cinéma plus fade, moins choquant. Heureusement, il n’en est rien. La différence qu’on peut observer entre Rester Vertical et ses premiers films réside d’un côté dans les progrès enregistrés par le réalisateur en ce qui concerne les techniques du cinéma, de l’autre dans la perte d’une certaine naïveté, naïveté pour laquelle on avait facilement une grande sympathie.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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