Cannes 2017 : Okja

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Corée du Sud, Etats-Unis, 2017
Titre original : –
Réalisateur : Bong Joon Ho
Scénario : Bong Joon Ho, Jon Ronson
Acteurs : Seo-Hyun Ahn, , Jake Gyllenhaal
Distribution : Netflix France
Durée : 1h58
Genre : Action, Comédie
Date de sortie : 28 juin 2017 (uniquement sur Netflix)

4/5

Sélection officielle – En compétition

Okja est un des films dont on a le plus parlé depuis l’annonce de sa sélection à , début avril. Non pas car il s’agit du nouveau film de , à qui l’on doit, entres autres, les excellents Memories of Muder, Mother, ou encore The Host mais car à l’instar du nouveau film de Noah Baumbach (Meyerowitz Stories) le long-métrage ne sortira par en salles. Un choix du producteur principal et distributeur, le géant Netflix, qui refuse une sortie sur grand écran de la majorité des films qu’il produit, préférant les distribuer sur sa plateforme de streaming. Une décision qui n’est pas du goût de tous, comme on a pu l’entendre lorsque le logo du géant américain s’est affiché sur l’écran du Théâtre Lumière, hué et sifflé par une partie de la salle. Une projection d’autant plus mouvementée qu’un problème de projection a nécessité de redémarrer le film au bout de quelques minutes : avouez qu’un film à l’image rognée, que cette image soit signée Darius Kondji ou qui que ce soit d’autres, ce n’est pas très agréable … Mais trêve de débats sur la distribution ou sur le petit incident (vite réparé) de projection : que vaut Okja ?

Synopsis officiel : Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Satire sociale sous fond d’OGM

Les films coréens, ou du moins beaucoup de ceux qui sont distribués en France, nous ont habitué à mettre en scène des satires sociales, surtout concernant la société coréenne elle-même. Pour rester chez Bong Joon-ho, on peut ainsi se rappeler des policiers violents de Memories of murder ou du gouvernement réprimant les manifestations à la fin de The Host ; plus récemment, Tunnel de Kim Seong-hoon (blockbuster de l’été 2016 au pays du matin calme) nous montrait à quel point la (sur)vie d’un homme pouvait se retrouver liée à l’image que voulait se donner un gouvernement et aux intérêts d’entreprises privées. Dans Okja, il est aussi question de dénoncer le malfonctionnement d’une société, ici l’américaine, et le pouvoir que peuvent détenir des multinationales. En effet, plus de la moitié de film se déroule à New-York (rappelons qu’il s’agit d’une coproduction américano-coréenne), mais loin des lieux emblématiques de la big appleOkja raconte en effet comment une multinationale, sous couvert d’une fausse identité écologique et philanthropique, veut imposer sa nourriture, ici des cochons mutants, qui, de par leur taille, produisent beaucoup plus de viande qu’un cochon ordinaire. Du nom même de la société, on comprend vite qu’il s’agit d’une critique acerbe de Monsanto, de la production de masse et de la maltraitance animale, mais aussi des méthodes musclées des multinationales faisant appel à des policiers / paramilitaires privés … Une intention on ne peut plus louable, mais peut être trop répétée, explicitée tout au long du film. Petite réserve aussi quand à une impression de redite chez le réalisateur, qui tenait un discours similaire il y a dix ans avec The Host, lui qui nous avait habitué à faire des films extrêmement variés.

Mon voisin Okja : une fable écolo 

Tout comme dans The Host, on retrouve d’ailleurs l’idée d’un lien entre une jeune fille et un monstre, certes beaucoup plus mignon ici ! Bong Joon-ho propose cependant un spectacle beaucoup coloré que ses films précédents. Des couleurs magnifiées par la photographie de Darius Khondji, qui signe son deuxième tournage en numérique (le précédent étant le Amour de Michael Haneke, palme d’or il y a 5 ans), lui qui a plus de soixante films au compteur. Une obligation de Netflix ? On aurait aimé lui posé la question. Le cinéaste quand à lui nous propose plusieurs moments marquants : des moments de tranquillité et de tendresse dans la campagne coréenne, une course-poursuite au cœur Séoul, ou encore une scène de torture animale qui vient briser la relative bonne humeur ambiante. Le film, est en effet avant tout une histoire d’amitié, une fable écologique, saupoudrée de musique jazzy et de grandes doses d’humour. Les adultes eux en font des caisses, et apparaissent plus immatures, et de loin, que Mija, l’héroïne. Il faut dire que Tilda Swinton et Jake Gyllenhaal frôlent parfois le cabotinage tant leur jeu est excessif afin de coller à leurs personnages. Dans des rôles secondaires, on retrouve aussi le très bon Paul Dano, chef de militants du « Front de Libération Animale » (qui se définissent eux-mêmes comme « terroristes non-violents »), et Giancarlo Esposito, aussi calme et posé que dans son rôle de Gustavo Fringe, personnage marquant des séries Breaking bad / Better call Saul). Malgré ces éléments qui font de Okja un film souvent enjoué, la fin est elle beaucoup plus amère, comme un retour à la réalité, ce qui n’empêche pas qu’une note d’espoir vient couronner un film qui aura beaucoup fait parler de lui.

Conclusion

Okja est donc une fable écologique aux personnages (un peu trop ?) colorés. Souvent sympathique, plutôt maîtrisée, cette histoire de cochon mutant est cependant un peu décevante à la vue du pédigrée de son auteur. Un film avec lequel Netflix ne remportera sûrement pas une Palme d’or dont on imagine déjà les débats qu’elle susciterait !

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