Critique : Mariana (Los Perros)

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: 2017
Titre original : Los Perros
Réalisation :
Scénario : Marcela Said
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 13 décembre 2017

2.5/5

La réalisatrice chilienne Marcela Said semble avoir une passion : ausculter la société contemporaine de son pays. C’était déjà vrai dans les court-métrages qu’elle avait tournés avant de se tourner vers la fiction. C’était vrai, de nouveau, dans L’été des poissons volants, son premier long métrage de fiction, présenté il y a 4 ans à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. Dans ce film, elle introduisait les spectateurs dans une famille de la bonne bourgeoisie chilienne, s’intéressant avant tout à leurs rapports (ou plutôt leur absence de rapport !) avec les indiens Mapuche vivant dans leur voisinage ainsi qu’à la relation entre un père et sa fille. C’est de nouveau vrai dans Mariana (Los Perros), film de la Semaine de la Critique de Cannes 2017, dans lequel elle s’intéresse de nouveau aux rapports entre un père et sa fille, mais, surtout, aux liens qui se créent entre cette jeune femme et un ancien colonel poursuivi par la justice pour des exactions commises du temps de la dictature de Pinochet.

Synopsis : Mariana, une quadragénaire issue de la haute bourgeoisie chilienne s’efforce d’échapper au rôle que son père, puis son mari, ont toujours défini pour elle. Elle éprouve une étrange attirance pour Juan, son professeur d’équitation de 60 ans, ex-colonel suspecté d’exactions pendant la dictature. Mais cette liaison ébranle les murs invisibles qui protègent sa famille du passé. Jusqu’où Mariana, curieuse, insolente et imprévisible sera-t-elle capable d’aller ?

Une femme instable

Mariana est une femme au comportement instable, tout aussi  capable de se montrer très exubérante que particulièrement apathique. Il y a sans doute une bonne explication à ces sautes d’humeur : à 40 et quelques années, Mariana a toujours vécu sous la coupe d’un homme, son père d’abord, son mari ensuite et, toute sa vie, il lui a fallu alterner phases de résistance aux desiterata masculins et phases de relâchement.

Dans ces conditions, faut-il s’étonner de la voir s’enticher de Juan, son professeur d’équitation ? Peut-être pas, sauf qu’il s’avère que le fringant sexagénaire Juan est un ancien colonel soupçonné par la justice d’avoir commis des exactions du temps de Pinochet et que le policier Javier, qui enquête sur lui, traîne dans le coin. Une situation difficile pour Mariana et qui ne manque pas de la faire passer par de multiples interrogations et de lui faire prendre des décisions parfois inattendues.

A partir de sa propre histoire

C’est dans sa propre histoire que Marcela Said a trouvé ce qui est le cœur de Mariana (Los Perros) : la relation d’une femme avec un militaire sur le point d’être condamné du fait de ses actions durant la dictature de Pinochet. En effet, en 2009, le tournage de son documentaire El Mocito l’avait amenée à rencontrer l’ex-colonel Juan Morales Salgado, ancien chef du centre de répression Simon Bolivar et reconverti en maître d’équitation dans un centre équestre. Devant son refus de parler du passé et désirant nouer une relation qui lui permettrait, espérait-elle, de lui tirer les vers du nez, elle lui avait demandé, malgré la réprobation de son entourage, de lui donner des cours d’équitation, ce qu’il fit jusqu’à sa condamnation en 2011.

Dans Mariana (Los Perros) va plus loin que dans sa propre vie, puisque, entre Mariana et le colonel, il ne se passe pas que des leçons d’équitation ! Passant de deux hommes à quatre qui interfèrent sur son existence, il n’est pas certain que Mariana se soit facilitée la vie. En fait, on sent chez elle une évidente dose de masochisme et, tout à la fois, le désir de sortir de la prison psychologique et parfois physique dans laquelle les hommes la maintiennent et le désir de s’en évader. Des hommes que Marcela Said tient à montrer avec une face sombre et une face claire, la frontière entre le mal et le bien étant pour elle, le plus souvent, très ténue. Ce qu’elle nous dit de l’entourage de Marina renforce sa démonstration : un entourage de grands bourgeois qui désapprouvent sa liaison avec un homme poursuivi par la justice mais qui font semblant d’oublier les bénéfices économiques qu’ils ont tirés de la dictature. C’est le père de Mariana qui en donne le plus bel exemple, lui qui se retrouve engagé dans un procès face à un journaliste qui l’accuse d’avoir prêté des camions à l’armée à l’époque de Pinochet.

Une interprétation très discutable

On retrouve dans Mariana (Los Perros) deux comédiens et une comédienne qui faisaient partie de la distribution de El Club de Pablo Larrain. Malheureusement, deux d’entre eux arrivent à plomber le film par une interprétation loin d’être convaincante. S’agissant de Antonia Zegers, il s’agit tout simplement de l’interprète de Mariana et elle est pratiquement de tous les plans ! Etant donné ses bonnes prestations dans plusieurs films de Pablo Larrain, il n’est pas interdit de penser que la responsabilité du côté bancal de son interprétation incombe à la réalisatrice, à sa direction d’acteurs, à ce qu’elle a demandé à la comédienne. L’autre interprète qui apparait d’une grande faiblesse, peut-être pour les mêmes raisons, c’est qui joue le rôle de Francisco, le père de Mariana. Par contre, Alfredo Castro, un des piliers du cinéma chilien, est vu sous son meilleur jour dans son interprétation de l’ex-colonel Juan.

Le sous-titrage de la copie diffusée dans les salles sera-t-il rigoureusement identique à celui qu’on a pu lire durant le Festival de Cannes ? Toujours est-il qu’il y avait un problème de traduction qui s’est trouvé mal résolu : au Chili, on tutoie beaucoup plus facilement que chez nous et, à plusieurs reprises, la traduction écrite donnait l’impression d’une familiarité surprenante en utilisant des tutoiements qui n’avaient pas lieu d’être. A suivre !

Conclusion

Alors qu’elle disposait d’un sujet en or, Marcela Said ne réussit pas vraiment à confirmer les espérances qu’avait fait naître L’été des poissons volants, son beau premier long métrage de fiction. La faute, pour beaucoup, à Antonia Zegers, interprète  peu convaincante du rôle principal et que la caméra ne quitte presque jamais.

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