Critique : La Terre penche (court-métrage)

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France, 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , Thomas Blanchard, Damien Bonnard
Distribution : –
Durée : 0h53
Genre : Comédie, Fantastique

Note : 3,5/5

Grand Prix à Pantin en 2012 avec La Maladie blanche, revenue en 2014 avec , la réalisatrice remet son titre en jeu avec ce nouveau moyen-métrage, plus narratif que les précédents tout en conservant un goût certain pour le mystère.

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Synopsis : Dans une petite station balnéaire, Thomas revient après une longue absence hésitant entre louer ou revendre la demeure familiale. Il rencontre ainsi Adèle, agente immobilière et une histoire d’amour débute alors sous des influences étranges qui se manifestent petit à petit.

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Une passerelle entre les vivants et les fantômes

Avant sa rencontre avec Apichatpong Weerasethakul, le travail de était ancré dans l’art contemporain. Elle a suivi une formation en Arts Plastiques, intégrant les Beaux-Arts puis le Fresnoy, Studio National d’Art Contemporain, qui participe à de nombreux courts-métrages, expérimentaux comme de fiction traditionnelle. Son travail avec le futur palmé d’or a fait évoluer leur parcours, lui découvrant la pratique des installations de galeries et elle celle du cinéma. Leur affinité élective d’artistes les a réuni dans l’envie de créer des formes nouvelles, réalisant ensemble deux films courts, dédiés principalement à des installations vidéo. Second love in Hong Kong en 2002 (30 minutes) a eu de multiples versions dans diverses expos et biennales en Europe et en Asie, Ghost of Asia en 2005 fut lui aussi présenté dans plusieurs biennales avant d’être acheté par le Centre Pompidou. Sans être une pâle copie de son aîné (plus dans l’expérience dans le milieu du cinéma que par l’âge), son cinéma s’inscrit dans la même sillon avec l’idée de passerelle entre le monde des vivants et celui des morts ou des fantômes qui, comme chez les japonais (Séance, Vers l’autre rive) et dans une moindre mesure (Hanezu), vivent aux côtés des vivants communiquant avec eux comme si de rien n’était, ou presque. Ce nouveau film de s’inscrit ainsi dans le même sillon qu’Oncle Boonmee mais surtout dans celui de son moyen-métrage en mêlant cet ancrage très humain dans le réel et un décalage fantastique très éloigné du naturalisme à la française ou même de l’étrange à l’anglaise.

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Glissement progressif vers l’étrange

Les codes du cinéma de genre étant différents d’un pays à l’autre, le résultat n’est pas du sous-Boonmee mais possède son style propre. Loin de La Maladie blanche, un essai là encore porté par un glissement progressif vers l’étrange, ce nouveau moyen-métrage est plus directement accessible grâce à son humour poétique et la façon dont le fantastique s’invite en douceur, de façon presque invisible. Le bizarre démarre avec les fantasmes de Thomas sur la plage, se poursuit avec un rêve dans un restaurant chinois sorti de nulle part (avec serveur thaïlandais, comme par hasard) et se poursuit avec la réalisation que les retrouvailles de Thomas avec Lucas, un ami d’enfance sont bien étranges, Lucas n’étant pas qui, quand et où il semble être. Cet ami commun du passé au présent incertain reflète la propre incertitude de ce couple. Thomas ne sait pas où il en est de sa vie et semble vivre des choses qu’il ne vit pas réellement, Adèle, elle, s’endort comme ça, sans raison. Ce duo n’aurait pas dépareillé dans une comédie romantique classique, ce que n’est pas tout à fait, s’en éloignant par son approche originale de ce genre sans pourtant en rejeter les éléments.

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Des méduses empruntées au cinéma d’ (On connaît la chanson) apparaissent à l’écran pour refléter leur crise existentielle, flottant à l’écran sans savoir où elles vont comme la dépressive Agnès Jaoui qui s’ignorait et comme ce couple qui navigue sans objectif, lui ayant fait le tour du monde pour « passer le temps », elle perdant son travail mais s’inquiétant surtout du sens de la vie… qui n’en a pas, de sens, à ses yeux, sinon de «passer le temps» justement et d’inviter la génération suivante à reproduire ce schéma sans fin. Voilà qui n’est pas gai. Une apparition fantômatique, un passé lointain qui s’invite dans un rêve (une belle séquence dans un train d’époque, un joli moment de reconstitution d’époque avec des chinois interdits de mémoire), du registre existentiel caché dans une comédie tendre font de ce moyen-métrage un film plus original que ses prémices, le cadre faussement idyllique révélant sa condition de ville fantôme, comme sous l’emprise d’un cimetière chinois secret façon sans le gore.

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Thomas Blanchard (l’un des deux Thomas de Inupiluk) et (révélée par Olivier Assayas avec , revue récemment dans de Philippe Garrel) forment ce joli couple étrangement assorti réuni par le hasard d’un retour vers le passé. Dans le rôle de Lucas on retrouve Damien Bonnard, nouvel acteur récurrent du format court (vu en cowboy dans Billy The Kid de Rodolphe Pauly) qui sera encore plus présent à Pantin qu’à Brive car en plus de Petit lapin de Hubert Viel où il a un tout petit rôle et Mon héros de Sylvain Desclous dont il est l’un des deux acteurs principaux, il apparaît aussi dans Les Filles d’Alice Douard. Le format court aime les stackhanovistes…

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Conclusion

est le résultat d’un long processus créatif et de production lié au Festival de Brive, l’idée de cette (fausse) comédie romantique ayant été dans un premier temps présentée lors de l’édition 2013 de l’atelier Workshop Pitch où des auteurs-réalisateurs présentent un projet pour améliorer leur projet et trouver des partenaires créatifs et/ou (surtout) des producteurs ou compléments de productions. En 2014, pour le même film, elle obtenait le prix du scénario. Après sa présentation à Brive en avril dernier, sera présenté à trois reprises au Festival Côté Court de Pantin, le samedi 13 juin à 20h30 en présence de l’équipe ainsi que les mardi 16 juin à 19h00 et vendredi 19 juin à 20h00.

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