Critique : La Loi de la jungle

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la loi de la jungle afficheFrance : 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Antonin Peretjatko, ,
Acteurs : , , ,
Distribution :
Durée : 1h39
Genre : Comédie
Date de sortie : 15 juin 2016


Note : 4/5

Le film déjanté, loufoque, complètement barré : un genre très délicat à pratiquer et qui, en général, réussit plutôt mal au cinéma français. Le plus souvent, la frilosité du réalisateur donne un résultat inabouti : pas assez déjanté pour quitter une fois pour toute le monde du réel et atterrir pour de bon dans le non-sens pur et dur, mais trop déjanté pour être crédible. De plus, les limites acceptables dans la loufoquerie varient d’un spectateur à l’autre et le réalisateur doit sans cesse se demander : jusqu’où est-il possible d’aller sans m’aliéner une partie importante du public. En 6 mois, l’année 2016 aura donné l’occasion à 3 réalisateurs français de montrer leur savoir faire dans ce domaine auprès du public, mais le genre est tellement délicat que les jugements des spectateurs ont toutes les chances, très souvent, de se croiser : untel n’aura pas cessé de rire devant un de ces 3 films et se sera ennuyé devant un autre, son voisin ayant vécu le contraire de son côté. Seules certitudes à l’instant présent : Gaz de France, de Benoît Forgeard, a reçu globalement un jugement mitigé de la part des critiques et de la part des spectateurs ; Ma Loute, de Bruno Dumont, a reçu un accueil plutôt enthousiaste de la part des critiques, enthousiasme loin d’être partagé par la plus grande partie du public. Et si c’était le petit dernier de ce trio, La Loi de la jungle, d’Antonin Peretjatko, qui arrivait à réunir (presque) tous les suffrages !

 

Synopsis : Marc Châtaigne, stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en pour la mise aux normes européennes du chantier GUYANEIGE : première piste de ski indoor d’Amazonie destinée à relancer le tourisme en . De mésaventure en mésaventure, on lui affuble un coéquipier. Pas de chance c’est une pin-up. Pire : elle a du caractère.

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Happés par la jungle

A la recherche d’un stage, Marc Châtaigne arrive en retard à une convocation au Ministère de la Norme et il se voit refiler le stage le plus pourri, celui dont personne n’avait voulu : partir en Guyane, la grosse « bible » du Ministère de la Norme sous le bras, afin de vérifier que le projet Guyaneige respecte bien l’ensemble des normes européennes. A son arrivée à Cayenne, il va rencontrer le bureaucrate Galgaric et Duplex, l’homme à tout faire, qui, tous les deux, travaillent sur le projet. Comme il n’a pas le permis de conduire, il va se voir adjoindre un chauffeur qui n’en est pas un, Tarzan. Comme son nom l’indique, Tarzan est une biologiste stagiaire, chargée d’implanter en Guyane des jardins à la française, une femme très jolie mais plutôt virile dans son comportement. Dans le coin, rode aussi Damien, venu pour définir le tracé d’un TGV entre Cayenne et Manaus. Par ailleurs, Marc Châtaigne est poursuivi par Friquelin, un huissier de justice, pour une sombre histoire d’homonyme et d’impôts impayés. Tout ce petit monde va se retrouver happé par la jungle amazonienne, avec ses lianes, ses cloaques, ses insectes, ses serpents et ses mygales, mais aussi ses barjots hallucinés et dangereux. Et l’amour, dans tout ça, me direz vous ?

 

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Burlesque et sérieux à la fois

Inénarrable : étymologiquement, qui ne peut pas se raconter en détail. La Loi de la jungle est un film au comique extravagant, un film inénarrable, un film, donc, qui ne se raconte pas. Un film au rythme le plus souvent échevelé dans lequel les gags les plus fous, le plus souvent visuels, se succèdent à grande vitesse. D’autant plus vite que certaines scènes du film ont été tournées à 22 images par seconde, ce qui, par ailleurs, produit une légère déformation de la voix des comédiens. Il arrive même qu’un gag reste plus ou moins inachevé quand commence le suivant. D’autres gags font appel au comique de répétition et arrivent à faire de plus en plus rire à chaque apparition. Bien entendu, il est beaucoup fait appel à tout ce que la jungle peut offrir en matière de gag, et, depuis les débuts du cinéma, depuis Harold Lloyd, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, on sait que rien n’est plus drôle qu’une situation périlleuse utilisée dans le cadre du burlesque. Cela étant, même si, en apparence, le film ne se prend pas au sérieux, ce qu’il montre, ce que, à sa façon, il dénonce, est très sérieux. Pour Antonin Peretjatko, beaucoup de choses dans le monde d’aujourd’hui sont totalement absurdes : absurde, le pont de l’Oyapock, entre la Guyane et le Brésil, terminé depuis 5 ans mais qui, pour diverses raisons, s’avère inutilisable ; absurde, la construction d’une piste de ski aux Emirats Arabes Unis. Vous combinez les deux et vous obtenez le projet Guyaneige, une piste de ski artificielle en pleine jungle, construite pour relancer le tourisme en Guyane. Absurde, ce monde où les stages ont remplacé les CDI. Absurde, la prolifération des normes, et d’autant plus absurde lorsque, la Guyane étant la France et la France étant dans l’Europe, on s’acharne à faire respecter les normes européennes dans un environnement inadéquat. Encore plus sérieuse, une réplique très politique qui lie une absence d’entretien dans un endroit reculé de la Guyane à une privatisation récente. la loi de la jungle 6

La distribution et la musique

Pour son deuxième long métrage, Antonin Peretjatko a reconduit une partie de la distribution de La Fille du 14 juillet, sorti il y a trois ans. On retrouve donc l’excellent Vincent Macaigne dans le rôle de Marc Châtaigne et la remarquable Vimala Pons dans celui de Tarzan. Des rôles très exigeants qui demandent de l’abnégation et du courage (serpent autour du cou, repas à base de larves, descente en barque de rapides dangereux, etc.), mais aussi beaucoup de qualités physiques et une palette de jeux très étendue. Il est certain que l’expérience que Vimala Pons a du cirque lui a beaucoup servi. Quant à Vincent Macaigne, son petit embonpoint ne l’a jamais empêché de montrer son aptitude à jouer des rôles physiques. Dans des seconds rôles, on retrouve avec plaisir des comédiens qui ne déçoivent jamais : Mathieu Amalric qui joue Galgaric, Pascal Légitimus qui joue Duplex et qui joue Rosio, l’homme qui, au Ministère de la Norme, s’occupe des stages et des stagiaires. Moins connu, campe parfaitement un Damien à la fois sûr de lui et pathétique. Reste la révélation du film : celui qui interprète le rôle de l’huissier, , un grand hurluberlu digne du meilleur John Cleese.

La musique étant un élément très important pour le réalisateur, on se doit d’en parler. D’une très grande variété, elle a sans conteste son mot à dire : rien de fortuit dans le choix du prélude du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, générique de l’Eurovision, alors qu’on parle de l’Europe ; la musique intervient de manière très forte dans certains gags (à titre d’exemples, la chenille-accordéon ou la séquence de punching ball sur des êtres vivants menée par Vimila Pons) et elle participe au mélange des genres et au montage.

 

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Conclusion

Après La Fille du 14 juillet, un premier film sympathique mais inégal, Antonin Peretjatko enclenche la surmultipliée avec La Loi de la jungle, un film jouissif, complètement déjanté, un film qui fonce à bride abattue mais que son réalisateur arrive à maîtriser du début jusqu’à la fin. Certes, il est certain que ce film laissera quelques spectateurs sur le bord de la route mais on peut espérer que, face à la morosité actuelle, nombreux seront celles et ceux qui viendront se soigner avec ce tourbillon tout à la fois loufoque et sérieux.

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