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Critique Express : Alice au pays des colons

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Alice au pays des colons  

France : 2025
Titre original :  –
Réalisation : Yanis Mhamdi
Interprètes : Alice Kisiya, Alaa Nasr
Distribution : Blast
Durée : 1h45
Genre : Documentaire
Date de sortie : 22 avril 2026

4/5

Synopsis : Alice Kisiya a 30 ans. Elle est originaire de Bethléem et possède, fait rare, la nationalité israélienne. Cela n’a pourtant pas empêché les colons de s’emparer de son terrain, là où se dressaient la maison familiale et le restaurant de ses parents. Chaque jour, Alice revient sur place pour défier cette dépossession, seule face à l’armée israélienne qui protège les colons. Sa double identité, loin de la préserver, rend son combat d’autant plus symbolique : elle incarne une forme de résistance civile, déterminée et frontale, menée au coeur même d’un système colonial. Alaa Nasr, lui, a 27 ans et vit à Madama, un petit village du nord de la Cisjordanie. Madama est encerclé par deux colonies israéliennes qui le surplombent, menaçant à tout instant de l’engloutir. Dans ce contexte d’étouffement progressif, Alaa et ses amis refusent de fuir. Malgré les attaques régulières, les tirs, les meurtres, ils choisissent de rester, de défendre leur village, leur mode de vie, leur histoire. Leur résistance est celle d’un ancrage, physique et moral, sur une terre que l’on tente de leur arracher. En suivant Alice et Alaa dans leur quotidien, le film éclaire deux trajectoires qui se croisent sans se rencontrer, deux formes de courage face à une machine d’occupation toujours plus brutale.

Comment s’informer sur ce qui se passe dans le monde à l’heure de l’IA et de l’infox, alors que nous vivons dans un pays où les médias sont de plus en plus « bollorisés » ? Le meilleur moyen ne serait-il pas de se retrouver en quelque sorte présents là où les évènements se passent grâce à des images parlantes filmées sans filtre et non accompagnées de commentaires ? C’est exactement ce qui nous est proposé avec Alice au pays des colons, le premier film de cinéma distribué par le média indépendant Blast. En effet, ce film réalisé par le journaliste Yanis Mhamdi immerge les spectateurs dans deux endroits différents de Palestine et montre, sans avoir besoin de commentaires, ce qu’est le processus de colonisation en Cisjordanie. Le premier endroit est une sorte de paradis et a pour nom  la vallée du Makhrour, un « pays d’olives et de vignes » classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014. On est à Beit Jala (ville jumelée avec Aubervilliers), ville arabe à majorité chrétienne et proche de Bethléem, à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem et c’est là que nous sommes amenés à faire une rencontre particulièrement agitée avec Alice Kisiya. De nationalité israélienne, c’est une jeune femme d’une trentaine d’années dont la réputation de courage et de pugnacité dans son combat non violent contre les colons a même fini par atteindre la chambre des Lords en Angleterre. Elle fait partie d’une famille arabe chrétienne qui se bat quotidiennement depuis des années pour, selon les périodes, ne pas perdre ou récupérer les terres qui leur appartiennent, pour construire et reconstruire à plusieurs reprises le restaurant en plein air que Michelle, franco-israélienne, et Ramzy Quasieh, les parents d’Alice, s’efforcent de faire vivre depuis 2001 et que les autorités israéliennes s’obstinent à démolir : en 2012, 2013, 2015, 2019. Un sort qu’a subi également la maison construite en 2012 à proximité du restaurant. La rencontre avec Alice intervient dans un moment de très forte tension entre palestiniens, colons juifs et armée israélienne, dont on voit bien qu’elle est là pour défendre les colons. En effet, le gouvernement d’extrême droite qui est au pouvoir en Israël a profité du fait que l’attention du monde était focalisée sur Gaza pour faciliter la colonisation de la Cisjordanie et  les expulsions de Palestiniens sont de plus en plus nombreuses. Tel que présentés par Alice à un observateur de l’ONU, les moyens utilisés sont d’une facilité … biblique : par exemple, grâce à des documents falsifiés, l’Himanuta, le bureau dépendant du Fond National Juif qui s’occupe des biens confisqués aux palestiniens, s’empare de terrains sous prétexte qu’il s’agirait de zones naturelles protégées, et ces terrains vont très vite permettre de construire des colonies. Autre moyen utilisé : décréter que des terrains se trouvent sur une zone militaire : le résultat final sera le même !

Le deuxième endroit a pour nom Adama et c’est un petit village du nord de la Cisjordanie, entouré par des colonies israéliennes qui menacent de l’absorber. On y rencontre Alaa Nasr et ses amis qui font part de leur volonté de ne pas fuir,  de ne pas quitter leurs maisons, de défendre leur village  malgré les attaques régulières et les tirs dont ils sont les objets, malgré les difficultés de plus en importantes qu’ils rencontrent pour se déplacer. Comme dit l’un d’eux : « C’est difficile de réaliser que les autres peuples peuvent facilement se déplacer ».   Même si on apprécie la combativité de Alice Kisiya dans son combat non violent, a priori inégal, contre les colons, l’armée et la police israéliennes, force est de constater que les prises de position les plus fortes viennent d’activistes juifs israéliens qui participent aux mobilisations contre la colonisation organisées par Alice, tel Ofer Cassif, membre de la Knesset, qui compare ce que vivent aujourd’hui les palestiniens à ce qu’ont vécu les membres de sa famille, en Pologne, 80 ans auparavant. Tels Eran, 23 ans, et Inbar, 21 ans, deux jeunes juifs israéliens qui parlent sans détour, Eran affirmant que l’Etat d’Israël prendra fin un jour, considérant que l’idée que son existence se prolonge sous une forme ou sous une autre implique qu’il continuera à vouloir imposer sa politique d’agression ce qui, pour lui, n’est pas réaliste.  A la vision du film, une constatation assez surprenante s’impose : alors que ce qu’on voit dans le regard et le comportement des palestiniens respire la joie de vivre, l’optimisme et une volonté affichée de « vivre ensemble », c’est plutôt la haine qu’on devine dans le regard des colons. Combat a priori inégal, avons nous écrit : sauf que début juin 2025, postérieurement à tout ce qui est montré dans le film, la Cour suprême israélienne a statué en faveur de la famille d’Alice et leurs droits sur leurs terres ont été confirmés. Les colons qui avaient investi leur terrain en juillet 2024 ont été expulsés et il n’est pas impossible que le restaurant familial soit ouvert à nouveau !

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