Critique : Bis repetita

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Bis repetita

France, Italie, 2023
Titre original : –
Réalisatrice : Émilie Noblet
Scénario : Clémence Dargent et Émilie Noblet
Acteurs : Louise Bourgoin, Xavier Lacaille, Francesco Montanari et Noémie Lvovsky
Distributeur : Le Pacte
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h32
Date de sortie : 20 mars 2024

2,5/5

A la fois du côté des élèves et des enseignants, l’école va mal en France. Il suffit de regarder, au choix, les grèves récurrentes dans l’éducation nationale, le mal-être des enfants et des adolescents victimes de harcèlement et le délabrement physique des établissements pour s’en convaincre. Pas sûr qu’un film de la trempe de Bis repetita soit capable d’y changer quelque chose. D’ailleurs, ce n’était peut-être pas, après tout, la vocation du premier long-métrage de Émilie Noblet ? Sauf que, à force de tergiverser et de multiplier les enjeux qui n’en sont finalement guère, le récit finit par se fourvoyer sur le terrain peu engageant de la gentillesse superficielle. Si, vous savez, celle qui vous fait certes passer un moment pas désagréable, mais qui garde votre niveau d’empathie avec les personnages au strict minimum.

En effet, l’évolution du statu quo – allez, combien de termes latins réussira-t-on a glisser dans ce texte ? – s’avère peu organique au fil d’une histoire à la trame globalement prévisible. L’enseignante sans ambition, ni éthique professionnelle que Louise Bourgoin réussit malgré tout à camper avec un certain charme sortira aussi peu grandie de son aventure napolitaine que ses cinq élèves. Car le plus grand manquement de la narration consiste à négliger les traits particuliers de ces adolescents, dès lors très stéréotypés, au profit des aventures romantiques sans lendemain du personnage principal. Au moins, la bonne conscience de l’enseignement s’en sort avec des personnages types vaguement plus savoureux : Xavier Lacaille en passionné du latin au charisme barbant et Noémie Lvovsky en principale à bout de nerfs. Ce qui a au moins le mérite de relever d’un réalisme social dont le ton du film se fiche sinon éperdument.

© 2023 Stéphanie Branchu / Topshot Films / Why Not Productions / Bim Distribuzione / France 3 Cinéma / Le Pacte
Tous droits réservés

Synopsis : Dans son lycée d’Angers, la prof de lettres classiques Delphine Fiat coule des jours tranquilles. Elle a conclu un marché avec ses élèves : en échange de bonnes notes pour tout le monde, elle n’aura pas à faire cours, ni à leur apprendre une langue morte, le latin, qui ne leur servira de toute façon jamais. Tout va pour le mieux, également auprès des supérieurs crédules de Delphine, jusqu’à ce que la principale Christine prenne l’initiative d’inscrire sa classe au concours international de latin à Naples. Mise devant le fait accompli, la prof récalcitrante devra alors trouver un moyen pour mener ses cinq cancres à une victoire improbable. Et si la méthode d’immersion prônée par le neveu de Christine, l’étudiant fraîchement diplômé Rodolphe Cagnat qui se joint à eux en tant que surveillant, pouvait produire le miracle qui permettra à Delphine de garder son poste ?

© 2023 Stéphanie Branchu / Topshot Films / Why Not Productions / Bim Distribuzione / France 3 Cinéma / Le Pacte
Tous droits réservés

Tout ne tourne pas rond dans cette machine à gaz qu’est l’éducation nationale en France, soit. Mais de là à nous faire croire qu’un manège comme celui imaginé par les scénaristes de Bis repetita soit possible, il y a quand même un pas qu’on a du mal à franchir. Mieux vaut donc faire abstraction de la prémisse un peu bancale pour apprécier tant soit peu cette farce inoffensive. Malheureusement, les choses s’arrangent à peine par la suite, l’art de l’ellipse pratiquée avec plus ou moins d’adresse par la réalisatrice conduisant à un récit dépourvu d’une quelconque densité dramatique. Les premiers à en pâtir sont les élèves. Pendant l’heure et demie que dure le film, ils restent tous réduits au rôle qui leur a été attribué depuis le début.

Ainsi, aucune dynamique ne naît de la rencontre forcée entre ces jeunes visiblement blasés et d’ores et déjà dégoûtés de la vie. Tout juste sont-ils les outils à peu près consentants de la supercherie de leur prof. Cette absence d’évolution a au moins l’avantage de trancher avec le volontarisme faussement bénéfique qui s’emparerait d’eux dans la même histoire imaginée cette fois par des producteurs américains. Car ici, personne ne s’évertue réellement à se dépasser ou à apprendre ne serait-ce qu’un seul vocable latin.

Pour le meilleur et pour le pire, c’est la tromperie et la tricherie qui priment au sein d’un film, qui ne réussit pourtant pas à tirer une véritable verve irrévérencieuse de cette abdication sans appel face au moindre effort. De cette école de la vie atypique et en fin de compte frustrante, les élèves n’en tireront sans doute rien, si ce n’est la conviction douteuse que l’honnêteté et le travail ne mènent à rien et qu’il vaut mieux être roublard que bosseur.

© 2023 Stéphanie Branchu / Topshot Films / Why Not Productions / Bim Distribuzione / France 3 Cinéma / Le Pacte
Tous droits réservés

Les personnages adultes n’y sont guère mieux lotis. La crédulité rampante des uns et des autres les conduit vers une infantilisation dont personne ne sort gagnant. Au delà de la caricature assez criarde de la principale qui gobe absolument tous les mensonges que sa subordonnée lui présente et de celle nullement plus nuancée de l’organisateur du concours, un intello arrogant et obnubilé par l’élitisme, le couple vedette peine à nous faire croire que ça matche entre eux. La faute tout d’abord à cette séquence de rapprochement romantique assez bâclée, lors de la répétition de la récitation dans des ruines romaines. Elle connaît même un écho à peine plus réussi dans une gare, en général le décor par excellence pour les adieux larmoyants, qui ne produit cependant aucune étincelle notable dans ce film-ci.

Et puis, plus globalement, cette prof qui a précocement rendu les armes pour s’abandonner à un quotidien morne ou trash, selon le point de vue, devient bien trop vite le symbole d’un film qui n’a pas trop l’air de savoir où il veut en venir. Delphine a beau n’en faire qu’à sa tête, notamment en maltraitant ses élèves au moindre signe d’insubordination, elle ne devient pas pour autant l’icône sans remords de la revanche contre un système qu’elle considère comme pourri. Ce personnage qui ne sait pas sur quel pied danser – celui de la duplicité ou celui de l’idéal pédagogique perdu depuis longtemps – a le plus grand mal à porter sur ses épaules le film.

Une mission de toute façon quasiment impossible, puisque Bis repetita préfère placarder des sentiments plus ou moins nets, au lieu de creuser un peu dans le marasme de nos lycées. Alors que l’option était envisageable de crever l’abcès et d’indiquer une éventuelle voie de sortie pour ces jeunes sans perspectives et leurs encadrants tout aussi déboussolés.

© 2023 Stéphanie Branchu / Topshot Films / Why Not Productions / Bim Distribuzione / France 3 Cinéma / Le Pacte
Tous droits réservés

Conclusion

L’effort d’abstraction que Bis repetita nous demande est probablement trop important pour un film aussi superficiellement divertissant que celui-ci. Dommage, car le premier film de Émilie Noblet aurait pu jongler avec un esprit ironique plus marqué entre les aléas rocambolesques d’un voyage de classe et la lente prise de conscience d’une prof lâche et égoïste ! Dans l’état, on n’est quand même pas mécontent de retrouver Louise Bourgoin dans un rôle de prof à l’hystérie plus fourbe que celle qu’elle avait incarnée l’année dernière dans Un métier sérieux de Thomas Lilti, ni de découvrir le talent exubérant de Xavier Lacaille dans un emploi assez ingrat. Quant à Noémie Lvovsky, on lui préfère le cynisme affiché récemment dans La Fille de son père de Erwan Le Duc à la boule de nerfs craintive du film présent, qu’elle maîtrise depuis des années sur le bout des doigts.

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