Critiques de films Drame — 19 décembre 2015
Critique : A peine j’ouvre les yeux

A peine j’ouvre les yeux

A peine j'ouvre les yeux afiche France, : 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Leyla Bouzid,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h42
Genre : Drame
Date de sortie : 23 décembre 2015


Note : 2.5/5

Jeune tunisienne trentenaire, Leyla Bouzid a fait ses études de cinéma en France, à la Fémis, dans la section réalisation. A peine j’ouvre les yeux est son premier long métrage et sa présence en 2015 aux Venice Days, l’équivalent pour la Mostra de Venise de la Quinzaine des Réalisateurs cannoise, lui a permis d’obtenir le prix du Public et d’être désigné comme meilleur film européen de cette section par le Label Europa Cinémas.

 

Synopsis : Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière.
Elle chante au sein d¹un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.


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Une lionne combative

2010, début de l’été en Tunisie. La révolution tunisienne de 2010-2011 n’a pas encore eu lieu, Ben Ali est au pouvoir depuis 23 ans. A 18 ans, Farah est une élève brillante qui vient d’obtenir son bac avec la mention très bien. Son milieu : la bourgeoise tunisienne. Alors que Hayet, sa mère, souhaiterait la voir entamer des études de médecine, Farah, elle, souhaite faire des études de musicologie et, par ailleurs, elle chante des chansons engagées dans un groupe de rock tout en « fréquentant » Bohrène, un des membres du groupe. Les rapports avec les « agents » du pouvoir sont de plus en plus tendus et, au sein du groupe, tous n’apprécient pas le côté trop engagé de Farah.

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Un sujet intéressant mais …

Alors que la plupart des tunisiens, débarrassés de Ben Ali, avaient tendance à se projeter vers l’avenir en oubliant le passé, Leyla Bouzid a souhaité, pour son premier long métrage, revisiter la période qui précédait les événements de 2010-2011 : une période pendant laquelle régnaient manque de liberté, pleins pouvoirs de la police et peur du peuple tunisien conduisant le plus souvent à l’autocensure. Cela, Leyla Bouzid tenait à le filmer vite, en profitant d’un créneau de liberté qui, craignait-elle, ne serait peut-être pas éternel. Comme personnage clé de son récit, elle a choisi de mettre en scène une jeune fille de la bourgeoisie tunisienne, une jeune fille à la fois brillante et rebelle, impulsive et spontanée, partagée entre son attachement à sa famille et ses rêves d’émancipation. Une jeune fille quelque peu inconsciente qui va se confronter à des murs. Fallait-il en faire la chanteuse d’un groupe de rock ? Lorsque Leyla Bouzid explique que la culture populaire tunisienne a toujours utilisé la musique et la danse comme exutoires, on ne peut que la croire. Le problème, c’est que les oreilles des spectateurs souffrent le martyr chaque fois que Baya Medhaffar, l’actrice (bonne comédienne, par ailleurs !) qui interprète le rôle de Farah, se met à chanter : avec sa voix mal posée, la pauvre chante de façon abominable sur des musiques par ailleurs agréables. Ghalia Benali, qui interprète le rôle d’Hayet, la mère de Farah, est elle une chanteuse renommée mais … on ne l’entend pas chanter dans A Peine j’ouvre les yeux ! Quant à la musique qu’on entend dans le film, elle est l’œuvre du musicien irakien et elle est interprétée par le groupe Alif Ensemble, un groupe de 5 musiciens venant du Liban, d’Egypte, de Palestine et d’Irak.

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Conclusion

On se sent gêné de ne pas pleinement adhérer au premier long métrage d’une jeune réalisatrice tunisienne, d’autant plus que le sujet choisi était plein d’intérêt. On aurait souhaité se passionner davantage pour le sort de Farah, on aurait aimé se révolter à ses côtés, on aurait dû être ému, mais la maladresse de la réalisation, combinée à celle du scénario, rend vite le spectateur presque indifférent à ce qui se passe sur l’écran. Quant à une écoute agréable de chansons arabes, mieux vaut se tourner vers Oum Kalsoum, Fairuz ou Warda.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles