Critique : Confident royal

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Royaume-Uni, 2017
Titre original : Victoria and Abdul
Réalisateur :
Scénario : Lee Hall , d’après un livre de Shrabani Basu
Acteurs : , Ali Fazal, Michael Gambon, Olivia Williams
Distribution : Universal Pictures International France
Durée : 1h51
Genre : Drame historique
Date de sortie : 4 octobre 2017

Note : 3/5

Tout porte à croire que ça sente la fin de cycle, voire de règne du côté du cinéma britannique. Il est évidemment encore trop tôt – délais de production toujours aussi longs obligent – pour voir apparaître sur les écrans de cinéma les répercussions du vote du Brexit, cette mise hors jeu sur la scène internationale totalement absurde et même masochiste opérée l’année dernière. Mais la recrudescence récente d’épopées historiques, qui reviennent avec prédilection sur les périodes glorieuses d’un empire assiégé, nous met d’ores et déjà la puce à l’oreille quant à la litanie de lamentations chauvines à venir. Pris en sandwich entre le faux double programme d’hagiographies sur Winston Churchill, formé par le Churchill de Jonathan Teplitzky avec Brian Cox sorti en mai dernier et Les Heures sombres de Joe Wright avec Gary Oldman qui devrait régner sur la prochaine saison des Oscars et sortira en France en janvier, le nouveau film de Stephen Frears s’intéresse de près aux dernières années de l’époque victorienne, elle aussi irrémédiablement sur le déclin. Or, en dépit de son aspect inévitablement académique et de sa charge indéniable de bonnes intentions, Confident royal réussit à être une belle leçon d’humanité et de tolérance. Cette dernière nous paraît d’autant plus précieuse, alors que ce qui reste de nos jours du Royaume-Uni et de son état d’esprit autrefois expansif est sur le point de couper tout lien avec le monde extérieur et, peut-être plus grave encore, avec la richesse de pensée qu’il pourrait lui apporter.

Synopsis : En 1887, Abdul Karim, un modeste clerc de prison en Inde, est envoyé à cause de sa grande taille à Londres, afin d’y présenter une pièce commémorative à la Reine Victoria lors des cérémonies pour fêter ses cinquante ans de règne. Intimidé par la reine, le jeune valet ne peut pourtant pas s’empêcher d’enfreindre le protocole et de regarder droit dans les yeux de la souveraine octogénaire et amplement usée par le pouvoir. Au grand désarroi de sa cour, Victoria ordonne que Abdul et son acolyte Mohammed la serviront jusqu’à la fin de la saison des festivités. Naît alors une incroyable complicité entre la vieille femme isolée et seule dans sa cage dorée et son valet, qui ne manquera pas de lui enseigner sa langue et ses convictions religieuses.

Madame Dench présente

A première vue, il n’y en a que pour la vénérable Judi Dench dans Confident royal. A 80 ans passés, elle n’est certes plus un exemple de vigueur ou de force vitale, mais en même temps, son rôle d’une reine prête à passer la main, si seulement son héritier direct était apte à lui succéder – cela vous rappelle quelqu’un ? – ne demande point des prouesses physiques de ce genre. Son interprétation se situe par conséquent d’abord dans le domaine de la réflexion nostalgique, au vu de l’usure existentielle que lui inspirent l’exercice du pouvoir et les luttes intestinales de son clan pour l’usurper. Autant dire que la couronne britannique est sur le point de mourir une douce mort par asphyxie institutionnelle, quand les affaires reprennent de façon inopinée. Le jeu de l’estimée doyenne des actrices anglaises, par ailleurs de trois semaines l’aînée de sa consœur pas moins légendaire Maggie Smith, réagit avec un certain décalage au revirement dramatique que constitue l’arrivée d’un homme venu d’ailleurs, prêt à lui ouvrir sur le tard des horizons jusque là bouchés par le faste de la cour et le rang à tenir à tout prix. Car cet éveil inattendu coïncide en quelque sorte avec un mouvement de régression à double tranchant. Positif lorsqu’il s’agit de pratiquer une ouverture d’esprit pas du tout de rigueur à l’heure d’un colonialisme forcené, il nous paraît déjà sensiblement plus discutable dans les manifestations de son entêtement qui borde à l’obstination enfantine, ne serait-ce qu’à cause d’un raccourci culturel et phonétique pour lequel nous prenons la responsabilité à un niveau tout à fait personnel, puisque chacune de ses requêtes de consulter son guide spirituel, le Munshi, nous a fait penser à notre jouet d’enfance, le Monchhichi, connu en France sous le nom de Kiki.

La noblesse du cœur contre l’ignominie de la cour

Laissons cependant cette fâcheuse digression d’associations derrière nous, pour mieux reconnaître que le récit s’emploie avec un sérieux louable à conter une relation amicale, ignorée pendant trop longtemps par l’Histoire officielle. Il tire alors sa force non pas des nombreux seconds rôles tout à fait anecdotiques et caricaturaux, mais d’une pureté du propos que ni la mise en scène serviable de Stephen Frears, ni les costumes et les décors somptueux ne peuvent corrompre par leur volonté manifeste de vouloir bien faire. Longtemps avant que les coups de théâtre successifs de l’intrigue ne ramènent le ton du film sur le terrain potentiellement traître du consensus mi-rassurant, mi-lénifiant propre à toute reconstitution historique ordinaire, il en émane une sorte de mode d’emploi sur le respect de l’autre au quotidien, plus utile que jamais dans le climat de méfiance et de communautarisme qui est hélas celui de l’époque contemporaine. Au-delà de toute considération superficielle de machine à Oscars ou de production qui vise en priorité un public âgé, Confident royal sait s’affranchir dans ce contexte épineux de toute entrave convenue, pour prêcher avec une subtilité relative, quoique avec une conviction jamais prise en défaut, en faveur du lien humain qui unit toutes les femmes et tous les hommes, d’où qu’ils viennent et peu importe la classe sociale dont ils dépendent. Ce message au service d’une tolérance suprême a beau ne pas se démarquer par son originalité et encore moins par la façon nuancée dont la narration en arrangerait le cheminement, il charge malgré tout le film d’un impact émotionnel redoutable.

Conclusion

L’honorable Judi Dench va-t-elle recevoir sa nomination finale aux Oscars pour ce film, avant de partir à la retraite parfaitement méritée ? Rien n’est moins sûr et analyser la qualité d’un film exclusivement de ce point de vue-là serait de toute façon aussi réducteur que paresseux. Toujours est-il que Confident royal compterait presque parmi les bonnes surprises de la rentrée cinématographique, grâce à sa capacité de promouvoir sans fausse pudeur l’entente cordiale entre les peuples. Celle-ci est malheureusement encore un vaste chantier, plus d’un siècle après cette anecdote touchante, contée ici avec un léger soupçon de manipulation sentimentale.

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