Critiques de films Thriller — 17 mai 2019
Critique : Cold Blood Legacy La Mémoire du sang

France, Ukraine, 2018

Titre original : –

Réalisateur :

Scénario : Frédéric Petitjean

Acteurs : , Sarah Lind, Joe Anderson, David Gyasi

Distribution : Paramount Pictures France

Durée : 1h32

Genre : Thriller

Date de sortie : 15 mai 2019

2/5

Et si Luc Besson et Jean Reno faisaient une nouvelle fois équipe, un quart de siècle après avoir imposé leur marque sur le cinéma français, afin de redonner un coup de fouet à leurs carrières respectives, l’une comme l’autre atrocement en perte de vitesse ? Pendant que le premier cumule ces dernières années les déboires financiers et juridiques, au lieu de voir aboutir son projet ambitieux d’un contre-poids européen à la grosse machine hollywoodienne, le deuxième traverse en mode somnambule des films pénibles dont l’échec commercial et artistique semble couru d’avance. Comme Cold Blood Legacy La Mémoire du sang, un film dont le titre révèle à lui seul tout son potentiel d’ennui laborieux. En effet, il n’y a pas grand-chose à sauver dans cette histoire d’une fadeur affligeante sur un tueur à gages qui recueille, bien malgré lui, une jeune femme grièvement blessée suite à un accident près de sa cabane perdue quelque part au fin fond des bois ouest-américains. La mise en scène de Frédéric Petitjean est très quelconque, mais au moins pas aussi insignifiante que son scénario et largement dépourvue de tics esthétiques déroutants. L’interprétation aurait aisément sa place dans un téléfilm, y compris le jeu blasé de Reno, visiblement peu impliqué dans cette histoire riche en poncifs. Et la synergie improbable entre le scénario inepte et un montage bâclé nous réserve un lot considérable d’irrégularités logiques. Enfin si, il y a tout de même un élément de ce navet à sauver, la photographie presque trop belle pour pareille production pénible – pardon pour cette allitération aussi poussive que le ton du film – de la part de , un autre rescapé de l’univers Besson, hélas lui aussi tombé bien bas.

© Paramount Pictures France Tous droits réservés

Synopsis : Après avoir rempli avec succès le contrat sur le riche homme d’affaires Kessler, le tueur Henry se retire dans la nature dans l’état de Washington, loin du vacarme de l’activité citadine. Sa quiétude est troublée par l’arrivée de Melody, une jeune femme apparemment sans attaches, qui s’est écroulée près de sa maison après avoir eu un grave accident de moto-neige. L’ermite solitaire s’occupe tant qu’il peut de son invitée involontaire en soignant ses blessures. Il insiste par contre qu’elle devra partir, dès qu’elle aura retrouvé ses forces. En même temps, le commissaire Kappa mène l’enquête sur les circonstances de l’assassinat de Kessler et les éventuels bénéficiaires du crime.

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Netflix n’aurait pas fait pire

Par où commencer pour faire l’inventaire de tout ce qui cloche dans Cold Blood Legacy La Mémoire du sang ? Un parfum plus ou moins infect d’amateurisme plane en effet sur un récit, qui n’ose jamais forcer suffisamment le trait pour basculer dans le domaine du second degré. Ainsi, aucun plaisir coupable ou divertissement sarcastique n’est à tirer de cette histoire, qui a l’air de se prendre au sérieux, mais qui manque cruellement d’adresse pour faire disparaître les grosses ficelles par le biais desquelles elle pousse l’intrigue dans des directions de plus en plus médiocres. Strictement aucun détail du scénario ne fait preuve d’originalité, ni la prémisse qui fait au mieux penser à un très mauvais pastiche de Misery de Rob Reiner, ni l’enquête policière en parallèle dont la vocation première paraît être de masquer artificiellement et par ailleurs sans beaucoup de succès la pauvreté d’écriture et de contenu du théâtre d’action principal. Car si ce premier film bancal nous inspire autant d’indifférence – au demeurant sa bouée de sauvetage douteuse contre une notation encore plus sévère –, c’est parce qu’il ne sait pas nous convaincre, ne serait-ce qu’avec un soupçon de personnalité et de pertinence, de sa raison d’être.

© Paramount Pictures France Tous droits réservés

Le cinéma n’est pas un art

Quel intérêt en effet à nous ressortir encore et encore les mêmes clichés sur le code d’honneur des tueurs, de surcroît présentés ici sans la moindre ingéniosité narrative ? Le protagoniste laconique du film, cette loque humaine qui s’appelait peut-être autrefois Léon, en est désormais réduit à des astuces ridicules, à l’image de ses armes, cachées dans la tradition tristounette d’un Rambo vieillissant dans les endroits les plus évidents. De même, il n’y a aucune logique recevable à tirer de ses propos parcimonieux, ni de son hospitalité contrainte, qu’il offre selon un état d’esprit parfaitement paradoxal. La grandeur supposée et crépusculaire de Henry, on ne la perçoit nullement. Pire encore, on en voit surgir à intervalles réguliers un reflet, déformé, laid et vain, propre à la volonté démesurée de la part d’une mise en scène inexistante de conférer quelque poids que ce soit à son histoire, guère plus concrète. Peu nous importent donc les jeux du chat et de la souris, stériles et exsangues, auxquels se prêtent le geôlier désabusé et sa proie à peine plus vivace, les liens de filiation générationnelle fabriqués de toutes pièces qui sont censés donner un peu plus d’aplomb au travail d’une police même pas en mesure d’échapper aux coupures de courant aléatoires, et pour finir les aberrations narratives, dont la plus flagrante reste à notre humble avis ce saut acrobatique dans le temps – une donnée très mal gérée au cours d’un film criblé de problèmes de rythme –, quand le tueur paraît mettre des heures entre la défense de sa forteresse bucolique en pleine nuit et les retrouvailles avec l’intruse sous un soleil éclatant !

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Conclusion

S’il vous plaît, ne nous en voulez pas trop d’avoir perdu notre temps avec ce soi-disant thriller, horriblement pauvre en points d’attrait objectifs ! C’était juste histoire d’allier notre nouveau mode d’exploration parisienne à vélo avec une sortie cinéma, admettons-le plutôt mal choisie. Mieux vaut se rendre à l’évidence que les films dans lesquels Jean Reno daigne apparaître de façon fantomatique sont définitivement à fuir, sans le moindre espoir d’une renaissance de carrière tardive.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles