Albi 2016 : Cessez-le-feu


France, Belgique, 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Emmanuel Courcol
Acteurs : , ,
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h43
Genre : Guerre
Date de sortie : 19 avril 2017

Note : 3/5

La 20ème édition du s’est ouverte en beauté hier soir avec la présentation du premier long-métrage de Emmanuel Courcol, jusque là surtout connu en tant que scénariste attitré du réalisateur Philippe Lioret. L’action de Cessez-le-feu ne se déroule que très partiellement pendant la Première Guerre mondiale. Il s’agit néanmoins d’un film de guerre poignant, qui montre que l’état de guerre ne cesse plus jamais dans la tête des hommes ayant combattu dans les tranchées meurtrières. Ses personnages ont ainsi beau aspirer à un retour à la normalité, tôt ou tard le traumatisme dans la chair ou dans l’âme remonte à la surface pour mieux miner l’insouciance trompeuse des années 1920. Ce cercle infernal, la mise en scène l’agence avec une certaine fluidité, approfondie par le jeu sans faille des acteurs et régulièrement mise en doute par un ton empreint d’une mélancolie étouffante. Cette dernière nous paraît entièrement en accord avec le vague à l’âme très répandu à l’époque, qui allait donner lieu, paradoxalement, à d’autres conflits encore plus sanglants devant les yeux ébahis d’une génération perdue.

Synopsis : Bien que la guerre soit terminée depuis cinq ans, Marcel en porte toujours les séquelles. Il est sourd et muet, suite à un traumatisme. Tandis que sa mère a réussi à trouver Hélène, qui lui enseigne la langue des signes, le vétéran compte sur le retour de son frère Georges, parti vivre en Afrique, et plus hypothétiquement sur celui de son autre frère Jean, porté disparu sur le champ de bataille. Après avoir parcouru le continent africain comme conteur ambulant des horreurs de la guerre européenne, Georges décide de rentrer en France, même s’il sait pertinemment la difficulté d’y trouver à nouveau sa place.

Récupération de la guerre

L’entrée en la matière de Cessez-le-feu n’aurait pas pu être plus assourdissante. Ce n’est pas seulement la chair à canons qui est déchiquetée à chaque nouvel impact d’obus, mais aussi l’humanité, en tant que manifestation la plus noble de la santé mentale, qui y prend coup sur coup jusqu’à ne laisser que des tics maladifs, en guise de signes extérieurs d’un grave choc psychologique. La première séquence du film, brève et cruelle, aurait en effet suffi pour instaurer un climat de terreur, dont personne ne sortira indemne. Les rares retours à ce moment décisif, plus tard au fil du récit, doivent donc presque paraître redondants, puisque le propos principal du film est justement que le souvenir douloureux ramené de ce no man’s land entre la vie et la mort ne s’estompera jamais. Chacun des personnages s’accommode selon ses moyens des vestiges de cette période sombre : Marcel en l’enfouissant au fin fond de sa sensibilité secrète, Georges en adoptant désormais le rôle d’observateur, voire de gardien de la recréation du spectacle guerrier par le biais de son acolyte africain, les femmes à travers différents rituels propres au deuil et puis tous ces autres cadavres ambulants, parsemés adroitement sur le chemin de l’intrigue, qui constituent un arrière-plan historique aussi crédible que néfaste.

Être à la hauteur d’une indicible tristesse

Peu importe, en effet, les tentatives diverses et variées de reconstruire la vie d’après, la route vers l’oubli salutaire est incessamment barrée par des piqûres de rappel impitoyables. La dose considérable de bonheur soit romantique, soit bucolique, qui aurait pu tirer le moral des personnages vers le haut, ne s’épanouit jamais tout à fait. Elle est muselée par ce pénible vague à l’âme que les comédiens principaux, Romain Duris, Grégory Gadebois, Céline Sallette et , expriment tous magistralement, quoique chacun selon les critères spécifiques à leurs rôles respectifs. L’insouciance d’ordinaire si charmante de Duris semble ainsi volontairement factice ici, tel un masque à deux faces, alternant entre espoir et désarroi. Et la carrure imposante de Gadebois devient soudainement toute petite, dès que Marcel doit sortir de sa coquille de protection contre un monde extérieur qui l’avait profondément blessé. Enfin, les personnages féminins sont, eux aussi, investis d’une très appréciable ambiguïté, à l’image de cette féministe en herbe qui cherche le contact avec la crasse de la guerre tout en voulant recommencer à zéro et de cette veuve discrète qui sert pourtant de béquille précieuse à la convalescence éphémère de son fiancé.

Conclusion

Démarrage réussi pour l’édition 2016 du Festival du Film Francophone d’Albi, grâce à ce premier film formellement plutôt élégant et surtout d’une passionnante richesse de contenu ! Cessez-le-feu nous rappelle avec insistance, mais sans jamais devenir pesant, que la guerre ne s’arrête point avec la signature de l’armistice. Les démons de tout conflit armé perdurent hélas longtemps après que la dernière bombe a été lâchée, au grand dam de ces valeureux vétérans qui méritent plus que jamais la reconnaissance inconditionnelle de leur pays.

Articles semblables

Partage

Auteur

Avatar
Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

(0) Readers Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *